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  • Des centaines de paysans français se suicident chaque année. A qui la faute ?

    Un ami m'a transmis ce soir l'interview de l'auteur du documentaire "Les fils de la terre" Edouard Bergeon et qui a été diffusé hier par Le Monde avec le titre : "Entre 400 et 800 agriculteurs se suicident chaque année". Cet ami me demande ce que j'en pense...

    Ma première réaction ne peut être évidemment que de la compassion. Mais peut-on aller plus loin et réfléchir sur les causes de ces drames ? 

    Certains utilisent l'image de l'herbe qui pousse sans bruit pour illustrer toutes les actions de solidarité dont personne ne parle. On pourrait de la même manière utiliser l'image de herbe qui fâne sans bruit sous les ardeurs du soleil d'été...

    Les statistiques publiées habituellement, y compris par les services de l'Union Européenne, se contentent de noter la diminuation du nombre d'agriculteurs comme celle d'ailleurs du nombre d'artisans (groupe social dont on parle encore moins. J'ai d'ailleurs connu le patron d'une petite entreprise du batiment qui n'a pas supporté de devoir licencier l'un de ses salariés et s'est pendu...). Elles se contentent de relever que le revenu agricole moyen est stable grâce à l'augmentation de la taille moyenne des exploitations, augmentation qui découle de la réduction du nombre de chefs d'exploitation.

    Il est vrai que l'âge moyen des agriculteurs est plus élevé que celui des actifs. Un bon indicateur du dynamisme de l'agriculture dans une région est le nombre d'installation de jeunes agriculteurs. Le syndicalisme agricole français est particulièrement vigilant sur ce sujet. Ce qui n'empêche pas que la relève est mal assurée et que la situation serait encore pire si une partie de la relève n'était pas assurée par des jeunes venus de la ville.

    Le nombre de suicides s'explique probablement par plusieurs raisons, entre autres :
    - beaucoup d'agriculteurs n'arrivent pas à trouver femme et à constituer une famille. Isolés, les déprimés ont peu de lieux où exprimer leurs difficultés d'être
    - la grande majorité sont des hommes. Or, les hommes se suicident beaucoup plus facilement que les femmes lorsqu'ils ne voient pas d'issue à leurs problèmes
    - les agriculteurs s'investissent totalement dans leur activité, au point que les difficultés sont vécues comme un échec personnel
    - la majorité des agriculteurs ne sont pas d'abord motivés par la perspective de gagner beaucoup d'argent, mais ont l'idée d'une mission à accomplir : nourrir les hommes. Peu d'entre eux acceptent la mission que voudraient leur attribuer les citadins : entretenir le paysage. Il en résulte un mal être. Si en plus ils sont confrontés à des entreprises qui veulent d'abord maximiser leur profit... ils sont complètement désemparés.

    Je pense -mais c'est à vérifier- que le taux de suicides est beaucoup plus faible parmi ceux qui participent activement dans les structures associatives locales et dans l'activité des coopératives, tout simplement parce qu'en plus de gagner en capacité de négociation et de valorisation de leur production, ils peuvent échanger leurs expériences, leurs idées... C'est sans doute le cas du producteur de lait du Lot décrit par Edouard Bergeon 

    Par contre, il ne faut pas s'arrêter au seul constat que l'agriculteur qui fait de la vente directe obtient un prix plus élevé. Compte-t-on le temps passé par lui ou un membre de sa famille dans l'activité de conditionnement et de commercialisation ? Au total, quelle est la valorisation du temps passé ? Il y a certes des réussites. Mais peut-on en faire un modèle généralisable ? Je ne le pense pas. Par contre, en testant des systèmes alternatifs innovants, ils nous incitent à nous interroger sur l'équilibre des forces le long de la chance de valeur pour s'assurer que certains n'abusent pas de leur position d'acheteur. On accuse facilement l'industriel et le commerçant. Mais, au bout de la chaine, le consommateur que nous sommes tous peut exercer aussi une pression excessive lorsqu'il se focalise sur la recherche des produits les moins chers... Ne serions pas tous un peu coupables de la situation actuelle où l'argent est devenu le seul guide ???...


    Michel Foucault 

     

  • Mardi Gras clôt la saison des carnavals, celle du partage peut commencer...

    Le carnaval de Venise est probablement le plus ancien au monde et se termine aujourd'hui. Cette fête traditionnelle italienne est apparue au Xe siècle (le carnevalo est cité dans une charte du doge Vital Faliero de Doni en 1094) et a été «codifiée» durant la Renaissance. Il se déroule tous les ans vers la fin du mois de février ou le début du mois de mars, au cours des douze jours qui précédent le Mardi Gras.

    Le mot français «carnaval» vient en effet de l'italien, plus précisément du latin formé de carne qui signifie, «chair» et levare «ôter». Pour les chrétiens, le carnaval marque en effet traditionnellement la dernière occasion de consommer des aliments gras et autres aliments riches avant le début du Carême et, ce, jusqu’à Pâques. Durant cette période de 40 jours (par référence au séjour de Jésus au désert et en excluant les dimanches), aucune fête ne doit avoir lieu; les pratiquants doivent s'abstenir de manger des aliments «riches», tels que la viande, les graisses et le sucre, pour donner la primauté à l’Esprit sur les plaisirs terrestres. 

    Anticipant sur cette perspective de restriction, les habitants des villes d’Europe occidentale prirent l’habitude au Moyen Âge de faire bombance les jours précédents, les lundi et mardi «Gras». Cette fête reprenait dans le même temps celle de l’Antiquité grecque célébrée pour faire revenir le printemps et la nouvelle année : le dieu de la mer Dionysos arrivait sur son char naval «carrus navalis» alors que les hommes se paraient de peaux de bête, ce qui explique les nombreux costumes d'animaux, de plantes, de fruits, de légumes et autres en rapport avec la nature encore présents aujourd’hui.

    La tenue masquée permettait aux nobles, sous des vêtements d'emprunt, de fraterniser avec tout le peuple. Inspirée de la Commedia dell'arte, la tenue d’Arlequin était d’ailleurs constituée au XVIe siècle d’un simple habit rapiécé pour figurer les haillons d'un mendiant. De nombreuses villes ont suivi l’exemple de Venise, les autres carnavals les plus réputés au monde étant le carnaval espagnol de Santa Cruz de Tenerife et le carnaval brésilien de Rio de Janeiro. 

    Si les 40 jours qui précèdent la fête de Pâques sont pour les chrétiens des jours de jeûne, d’abstinence, ils ne sont pas pour autant de simples exercices d’ascèse afin de mieux maîtriser les désirs corporels. C’est simultanément un temps privilégié de partage. Les chrétiens sont alors invités à faire don aux plus pauvres des économies ainsi faites avec leurs privations volontaires.

    J’en viens ici à rêver que cette saison du partage soit une véritable période de découverte par tous, chrétiens et non chrétiens, que plus on donne, plus on reçoit. On pense généralement à ce propos aux gestes d’amitié et d’amour, à la multiplication exponentielle des relations amicales virtuelles ... Mais, on peut étendre ce processus à celui de la solidarité.

    La pression faite sur l’offre de ressources alimentaires par la demande des consommateurs à fort pouvoir d’achat nourrit la hausse des prix des produits agricoles au détriment des nombreux habitants des villes des pays du Sud aux très faibles ressources. Outre la moindre tension sur les prix, chacun pourrait constater qu’une certaine réduction de notre consommation en respectant la diversité de nos besoins nutritionnels a un impact très positif sur la santé avec la réduction du surpoids, la baisse des risques cardiovasculaires, etc.

    Pourquoi ne pas se convertir à un régime alimentaire plus frugal et repousser les «maxi» tentations qui nous sollicitent? Les bénéficiaires de notre conversion seraient beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense : en premier lieu notre porte-monnaie, mais aussi notre santé, les Caisses d’Assurance Maladie, les gens aux revenus les plus faibles et, j’en suis certain, la nature de nos relations aux autres devenues plus conviviales.

  • La famine régresse en Afrique mais une solution durable reste à inventer

    La situation alimentaire en Afrique s'améliore mais reste préoccupante et une solution durable est à inventer.

    José Graziano Da Silva, nouveau directeur général de la FAO, a annoncé la fin de la famine en Somalie lors de son installation le 3 janvier 2012. Le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire d'urgence y a baissé en passant de 4 millions (dont 750 000 personnes en danger de mort) à 2,34 millions, soit encore 31% de la population...

    Quelques jours plus tard, un rapport conjoint de la FAO et du Programme Alimentaire Mondial a estimé que le niveau de sécurité alimentaire s'est fortement dégradé au Sud-Soudan, le nombre de victimes d'insécurité alimentaire étant passé de 3,3 millions en 2011 à 4,7 millions en 2012, dont 1 million en situation de grave insécurité alimentaire, contre 900.000 en 2011. « En cas de poursuite des conflits qui entraîneraient de vastes déplacements de population et de hausse des prix des aliments, que le nombre de personnes en situation de grave insécurité alimentaire pourrait doubler»

    La situation a été particulièrement dramatique en 2011 dans la Corne de l'Afrique, mais la sous-alimentation sévère est un risque permanent dans les pays du Sahel. Franck Galtier, chercheur du CIRAD, s’inquiète du niveau des prix actuels des céréales au Burkina Faso, au Mali et au Niger alors que, selon les chiffres officiels, la récolte de cet automne a été très bonne et a généré des excédents. Avec cet homme de terrain, on peut se demander si les déclarations de production n’ont pas été surestimées… A moins que ce soit l’impact de diverses décisions (achats massifs pour reconstituer des stocks nationaux, restrictions aux échanges entre pays voisins, spéculation de certains négociants…). Sans doute l’ensemble. Mais il y a plus inquiétant : les prix des céréales restent élevés sur les marchés internationaux et la soudure avant la récolte de l’automne prochain risque d’être difficile pour les plus pauvres.

    De toutes manières, comme l’a souligné M. Da Silva, "la faim demeurera une menace constante en raison des sécheresses récurrentes, à moins de prendre des mesures à long terme" visant à rétablir la sécurité alimentaire.

    Franck Galtier propose deux mesures : 

    1- pour limiter la hausse des prix sur les marchés des céréales locales (mil, sorgho et maïs) qui jouent un rôle déterminant pour la sécurité alimentaire des habitants du Sahel, Franck Galtier s’appuie sur le constat que le riz est dans cette région une alternative traditionnelle d’approvisionnement. Il suggère de détaxer, voire de subventionner temporairement les importations de riz pour ramener son prix à un niveau pertinent pour servir de plafond au prix des céréales sèches. Cette mesure aurait un coût très raisonnable (environ 90 millions d'euros pour subventionner 600.000 tonnes de riz), surtout si on prend en compte le fait qu'elle permettrait de réduire considérablement le volume d'aide d'urgence nécessaire pendant la période de soudure.

    2- pour restaurer le capital productif et la capacité de résilience des petits paysans, il propose  de mettre en place un filet de sécurité productif sur le modèle du Programme PSNP développé avec succès en Ethiopie depuis 2005 et aidé par la Banque Mondiale et à 20% par l’Union Européenne.

    Ces deux mesures sont pertinentes. Toutefois, je m’interroge sur la première proposition et sur la mobilisation des moyens financiers. En effet, les ressources propres des finances publiques des pays du Sahel sont en grande partie dépendantes des droits de douane perçus. Ne serait-ce pas entrer dans un cercle vicieux à l'image de ces économies budgétaires imposées à la Grèce qui entraînent mécaniquement une récession et une réduction des recettes fiscales et, en conséquence, un accroissement du déficit budgétaire, donc de la dette publique ? On a le même processus régressif dans ces entreprises qui font la chasse à tous les frais généraux dits non productifs jusqu'à ce qu'elles en meurent après la disparition des services d'appui (contrôle qualité, logistique, comptabilité, communication, prospective...). 

    La solution est peut être dans une affectation contractualisée des aides pour écrêter les flambées des prix des produits importés et donc, par conséquence, des produits locaux. La gouvernance d'une telle procédure mériterait une étude approfondie en impliquant toutes les grandes parties prenantes : les organisations régionales telles que la Banque africaine de développement (BAD), La Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l’East African Community (EAC) ainsi que les organisations en charge des programmes d’aide d’urgence et du développement.

    Un test pourrait être mené dans une grande région d’Afrique, puis être étendu à l’ensemble du continent s’il s’avère efficace et finalement inspirer des mesures à prendre dans d’autres régions d’Asie et d’Amérique centrale-Caraïbes où la sécurité alimentaire est également précaire.

    Michel Foucault

     

     
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