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  • Le goût et l’attrait du risque mortel s’expriment aussi en consommant des aliments

    Le principe de précaution n’est pas une référence universelle. S’il a été intégré dans le droit constitutionnel français, on ne peut ignorer l’attrait que le risque extrême exerce sur certaines personnes. C’est d’ailleurs ce qui explique l’engouement pour certaines activités sportives particulièrement dangereuses. Dans ce cas, la connaissance de l’importance du risque encouru n’est pas un frein, bien au contraire, puisque son affrontement provoque la sécrétion d’une véritable drogue naturelle : l’adrénaline.

    Cette attraction mortifère peut trouver sa traduction en consommant des aliments. Pour preuve : le succès du Heart Attack Grill, un restaurant de Las Vegas qui est inscrit au Guiness des records. heart attack grill,las vegas,hamburger,calorique,fast-food,crise cardiaque,restaurantC'est le fast-food qui vend les hamburgers les plus caloriques. Son «Quadruple Bypass Burger» avec 20 tranches de bacon pèse 2 livres et fait 9.983 calories !

    Depuis son ouverture en 2005, cet établissement s’est fait le symbole des excès. Après un contrôle de leur poids sur une bascule à bovins, les consommateurs pesant plus de 350 livres peuvent manger tout leur saoul gratuitement. Sur la devanture du Heart Attack Grill, un panneau indique: "Cash Only. Vous risqueriez de mourir avant que la note ne soit réglée."  Si le tenancier n’en prend pas, le risque immédiat est réel pour le consommateur.

    risque,heart attack grill,las vegas,hamburger,calorique,fast-food,crise cardiaque,restaurantUn homme de 29 ans pesant près de 600 livres y est mort en 2011. En février dernier, un homme d’environ 40 ans a eu une crise cardiaque après avoir mangé un “Triple Bypass Burger » de 6.000 calories. Le 23 avril, c’est une femme du même âge qui s'est évanouie dans son assiette pour la même raison et a dû être évacuée par les urgences médicales. Aux questions posées, le propriétaire du restaurant rétorque « Elle a eu exactement ce qu'elle voulait… Contrairement aux cigarettes, j'affiche, depuis l'ouverture du restaurant, des messages d'avertissement pour dire aux gens combien notre nourriture est mauvaise pour eux ».

    La notoriété et le succès de ce restaurant pourraient symboliser le cadre urbain dans lequel celui-ci est installé, au milieu des casinos, et le goût du risque des Américains. Mais ceux-ci n’en ont pas le monopole. D’autres, en particulier au Japon, peut-être avec plus de raffinement, apprécient de tutoyer la mort.

    Interdit à la consommation de 1603 à 1912, le fugu est depuis cette date le mets nippon par excellence. Il était d’ailleurs servi à Tokyo par Takeshi Yasuge, chef cuisinier doublement étoilé par Michelin jusqu’au décès le 10 novembre 2011 d’une cliente japonaise. La vente de fugu est interdite en Europe du fait de la dangerosité de ce poisson. Son foie et ses ovaires contiennent de la tétrodotoxine, une molécule naturelle 275 fois plus toxique que le cyanure ! La neurotoxine du fugu agit entre 20 et 30 min après absorption. S’ensuit alors une paralysie des membres, du cœur et enfin des poumons, sans perte de conscience de la victime qui meurt asphyxiée. Aucun antidote n’existe encore à ce poison «bio». La dose létale est de 1 mg pour un homme !

    Soumise depuis 1949 à une licence délivrée aux aspirants Chefs de fugu et alors que seuls 30% des candidats obtiennent leur examen, la vente de Mikaki fugu, c’est-à-dire de fugu entier sans sa partie toxique, pourrait être libéralisée du fait de ventes incontrôlée de fugu dans plusieurs provinces japonaises … Le Fugu est en effet un marché florissant au Japon : il représente un chiffre d’affaires de 4 milliards de yens, soit 31 millions d’euros.

    précaution,risque,extrême,drogue,restaurant,fugu,takeshi yasuge,chef cuisinier,michelin,tétrodoxine,cyanure,paralysie,antidote,japon,dégustation,alimentaire,viscères,chairMalgré son aspect peu ragoûtant, ce poisson des grands fonds du Pacifique, peut se vanter d’avoir un jour sur le calendrier du Japon. Pêché au printemps, puis engraissé jusqu’à l’hiver, le fugu inspire le raffinement. Il se consomme cru. Le plaisir de sa dégustation serait d’abord de l’ordre du sensitif. L’endolorissement des lèvres, au contact de sa chair, ferait partie de la magie du fugu, exaltée, probablement, par le fait de savoir qu’une goutte mortelle s’est peut être écoulée des viscères du fugu. En quelque sorte «la roulette japonaise» version alimentaire.

     

    M.F.

  • Les consommateurs européens ne sont pas les seuls influencés par la météo

    La rigueur hivernale qui perdure a incité CLIMPACT, leader européen dela Business Intelligence  Climatique, à analyser l’impact de la météo du mois d’avril 2012 sur 305 catégories de produits de grande consommation. Par rapport aux ventes lors de la semaine 16 d’avril 2011 qui avait été doux, les écarts de volume sont très importants, en particulier en forte hausse pour les fromages à consommer chaud (jusqu’à +91%), les soupes (+66%), les légumes secs (+22%) ; en forte baisse les saucisses fraîches (-42%) et les crèmes glacées (-25%).

    Mais ces écarts de volume ont peu d’influence en Europe sur les prix de vente du fait que les entreprises des filières agroalimentaires négocient entre elles des contrats pluri-mensuels, voire annuels. Il n’en est pas de même pour les produits alimentaires de base dans les pays les moins développés.

    Les tensions liées à l’insécurité alimentaire nourrissent l’instabilité politique des pays d’Afrique sahélienne et tropicale (Guinée Bissau, Mali, Soudan/Soudan du Sud…). Le nouveau président sénégalais Macky Sall et son Premier Ministre l’ont bien compris en décrétant la semaine dernière une forte baisse des prix du riz, de l'huile et du sucre.

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    Ainsi, au Niger, la campagne agricole 2011/2012 s’est achevée par un déficit céréalier d’environ 520.000 tonnes soit 14% des besoins. Le bilan fourrager est déficitaire d’environ 10.000.000 tonnes de matières sèches. Toutes les régions du pays sont déficitaires à des degrés différents, toutefois les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Niamey sont les plus fortement touchées et 1.324.435 personnes sont en insécurité alimentaire sévère.

    Dans l’ouest du Tchad, les populations doivent une nouvelle fois se préparer à une période de soudure difficile entre la fin des précédentes récoltes et l’épuisement des stocks. A Mao, « Ça fait plus de dix ans qu’il n’y a pas de bonne pluie, explique une femme de paysan découragée. Même pour les animaux, il n'y a pas les herbes qu'ils doivent manger pour donner le lait, etc. Et des fois, ils meurent de faim ». Du fait de sa rareté, le prix du mil a triplé sur le marché depuis la récolte.

    Au Burkina Faso, la récolte céréalière de 2011-2012 est en baisse de 19,6% par rapport à la campagne agricole précédente et de 5,1% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le bilan céréalier national brut dégage un déficit de 152 462 tonnes. La tension alimentaire qui s’annonce est aggravée par la crise au nord du Mali qui a entraîné un afflux massif de réfugiés maliens et de leur cheptel qu’il faut également nourrir…

    Les Egyptiens s’inquiètent des conséquences de la sécheresse qui a frappé l’Ethiopie etla Somalieoù le Nil prend sa source. Si l’eau vient à manquer, l’irrigation sera réduite dans le delta du Nil et les conséquences seront immédiates sur le volume de production agricole. D’ores et déjà, la production du pain est subventionnée par l’État pour pérenniser la distribution de cette denrée alimentaire de base. Selon un boulanger du Caire, une « nouvelle révolution » guette l’Égypte, si le gouvernement retire sa subvention.

    Comme on le voit, le monde entier est confronté aux incertitudes météorologiques, mais avec des incidences plus ou moins graves à court terme. S’il est vrai que le genre humain est encore soumis aux contraintes climatiques, il se distingue des autres espèces animales par une dignité qui lui est propre : il peut décider volontairement de faire preuve de solidarité et de générosité. Il appartient aux responsables politiques d’avoir le courage d’en faire prendre conscience à leurs électeurs. L’Histoire démontre que les murailles aux frontières ne résistent pas aux voisins affamés… Les antiques empereurs de Rome et Pékin pourraient en témoigner...

    M.F. 

     

  • L’affichage environnemental, une attente consommateur difficile à satisfaire

    La traduction en anglais d’un article en français est souvent un indicateur de l’importance qui lui est attribuée. Ainsi en est-il de l’article d’Antonin Vergez diffusé ce mois-ci par le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement. Il fait la synthèse de la problématique de l’affichage environnemental pour les produits alimentaires.

    L’attente des consommateurs est très forte puisque 85 % des Français souhaitent une information sur les étiquettes concernant l’impact environnemental des produits ! Mais la question est extrêmement complexe, en particulier pour des produits dont les conditions de production sont très variées. Toute information simple peut rapidement est erronée. Ainsi que le souligne M. Vergez, l’évaluation environnementale des produits agricoles et alimentaires ne peut être représentative de la durabilité globale qu’à la double condition d’être à la fois multicritères et basée sur une approche « cycle de vie ».

    La majorité des 44 méthodes d’analyse d’impact recensées est consacrée à l’impact « carbone » des produits (cf. en particulier le Guide des Bonnes Pratiques X30-323 de 2008). Des expériences pilotes d’affichage sont en cours en Europe et en Asie alors même qu’il n’y a pas consensus sur la méthode d’analyse ! Or, une réponse prématurée à l’attente d’information des consommateurs risque de discréditer pour longtemps toute démarche objective.

    Certaines associations britanniques ont ainsi promu le concept des kilomètres alimentaires (food miles) pour défendre les circuits courts et proposent même un calculateur en ligne ! Abstraction faite de tout autre aspect, en particulier socio-économique, M. Vergez démontre « qu’il s’agit, en définitive, d’un indicateur peu pertinent des impacts environnementaux des chaînes alimentaires».

    Antonin Vergez a eu la précaution de soumettre son article à de nombreux experts (1). Pourtant, l’eau est toujours présentée comme "un environnement" en tant que tel et non comme un élément de base à l’image du carbone, alors qu’il serait plus exact de parler de milieu aquatique. Les termes utilisés sont le symptôme d’une erreur conceptuelle dominante à propos de "l'empreinte sur l'eau". 

    A la différence des émissions de gaz à effet de serre qui impactent le climat, il n’existe pas d’indicateur consensuel pour calculer l’impact d’un produit sur la biodiversité. Les indicateurs d'eutrophisa­tion et d'écotoxicité aquatiques pourraient, à terme, être regroupés au sein d’un seul indica­teur. 

    La mesure d’un volume d’eau est par contre aisée. Serait-ce la raison pour laquelle le volume de "consommation" d’eau est identifié par le référentiel français comme étant l’un des 5 enjeux environnementaux les plus pertinents ? Faut-il rappeler que s’il y a des stress hydriques locaux et de l’eau polluée, le « bilan quantitatif global du cycle de vie » de l’eau est constamment équilibré ? 

    Au-delà des multiples usages de l’eau la restauration éventuelle de son employabilité est finalement un problème de coûts d’usage et de gestion de l’énergie. Seule la question énergétique impacte de manière durable l'environnement. J’y reviendrai.

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    M.Foucault 

    (1) Martin Bortzmeyer, Philippe Rogier, Nadia Boeglin, Jérôme Mousset, Florence Scarsi, Gaetan Dubois, Sylvain Chevassus, Doris Nicklaus, Yvan Aujollet et Gabrielle Pollet, ainsi que les relecteurs de la revue Notes et Études Socio­Économiques).

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