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Une organisation internationale intergouvernementale, la CIIA, disparaît en silence

CIIA,logoAlors que le secteur agroalimentaire est qualifié de stratégique par la majorité des responsables politiques, la Commission Internationale des Industries Agroalimentaires (CIIA) a officiellement disparu fin 2013.

 

Une création à l’initiative de la France

Constituée à l'initiative du Gouvernement français a l'issue du 3e Congrès international technique et chimique des Industries agricoles organisé à Paris le 30 mars 1934, la CIIA avait à ses débuts pour objet essentiel d'assurer l'organisation à intervalles réguliers de Congrès internationaux chargés de répondre aux préoccupations du moment. L'accueil et le succès de ces manifestations incitèrent la CIIA à créer à Paris en 1939 un Centre de documentation consacré aux industries agricoles et à l'étude de leurs matières premières ainsi qu'une sous-commission de l'Enseignement professionnel et de l'apprentissage.

Un accord important est intervenu le 27 septembre 1949 avec la FAO par lequel les deux institutions ont convenu de se consulter, dans le respect de leur indépendance mutuelle, sur les questions de leur compétence, de se faire représenter par des observateurs dans leurs conférences et d'échanger leurs publications. Dans le même temps, l'UNESCO a demandé  à la CIIA, d'assurer sa documentation concernant les "sciences agronomiques et chimiques comme la technique des industries biologiques". Cette activité documentaire a occupé au sein de la CIIA jusqu'à 52 salariés en 1951.

A partir du congrès de Sarrebruck en 1974, les services internes de documentation se multipliant, cette activité a lentement disparu et les grands congrès multidisciplinaires ont laissé la place à l’organisation de colloques spécialisés. Mis à part le congrès de 1964 à Abidjan et le symposium sur l’enseignement et la recherche en IAA à Mexico en 1981, les 42 autres manifestations se sont déroulées en Europe. Le dernier symposium s’est déroulé en 2002 à Bruxelles sur le thème des aliments fonctionnels.

Dans l’intervalle, la CIIA a développé depuis 1994 une activité de formation continue pour les cadres et techniciens du secteur agroalimentaire avec des séminaires sur des thématiques très variées à Paris, Lisbonne, Montpellier et Córdoba (Espagne).

Depuis son origine, 37 pays ont approuvé les statuts de la CIIA qui en faisait une institution internationale intergouvernementale. Durant deux décennies, si on excepte le prélèvement de 10% des droits d'inscription aux congrès, la France a assuré seule les charges de fonctionnement de la CIIA. La Belgique a été le premier Etat, en 1947, à apporter sa contribution financière. Outre celle d’Etats membres, une partie plus ou moins importante des dépenses a ensuite été couverte par l’activité de la CIIA (vente de documents, stages de formation continue) ainsi que par la cotisation d’organismes et d'entreprises et organismes reconnus statutairement comme membres associés depuis 1969.

Guy Dardenne a fortement développé l’activité de formation continue qu’il avait lancée. Lui succédant le 1er janvier 2006 en tant que Secrétaire Général, Michel Foucault a proposé de donner à la CIIA une envergure internationale avec le renouvellement du Comité Exécutif. Depuis le SIAL 2010, La CIIA était présidée par le représentant de l’Espagne avec comme vice-présidents ceux de la France, de l’Egypte et de Madagascar, le Comité scientifique étant présidé par M. Dysseler, PDG du groupe belge HELDB assisté d’un professeur de l’IAV Hassan II..

Le débat en Europe sur l’huile de palme a laissé esquisser un temps la perspective d’une activité nouvelle. Invité à un déjeuner-débat organisé par S.E. l’Ambassadeur d’Indonésie, puis au 1er Congrès africain à Abidjan, M. Foucault a souligné l’enjeu stratégique de cette filière pour les pays tropicaux. Force a été de constater que les pays africains ont préféré créer une structure africaine, les responsables Indonésiens et Malaisiens agissant en toute indépendance pendant que les opérateurs européens créaient des Alliances nationales.

 

Une disparition programmée à l’initiative de la France

Auparavant, plusieurs gouvernements européens (portugais, néerlandais et danois) avaient estimé que le développement de l’agroalimentaire est d’abord une affaire d’entreprises. A cette orientation politique se sont ajoutés les effets de la crise budgétaire qui a succédé à la crise économico-financière. Les contraintes budgétaires ont conduit le Gouvernement français à décider le 18 janvier 2013 de ne plus participer aux travaux de la CIIA. L’Espagne l’a imité le 25 juin 2013.

La CIIA étant une organisation intergouvernementale, son avenir était entre les mains des gouvernements. Michel Foucault, démissionnaire depuis le 18 décembre 2012 e »t faisant office de Secrétaire Général par intérim, a donc proposé le 27 juin de lancer une consultation extraordinaire, tout en tenant informés les membres associés. Les ambassades d’Italie et la Turquie ont répondu que leurs services ont décidé de ne plus intervenir dans le cadre de la CIIA, les autres membres restant silencieux.

En conséquence, le délai statutaire de 6 mois étant échu, le constat est fait dans l’indifférence totale que la Commission Internationale des Industries Agroalimentaires n’existe plus depuis le 28 décembre 2013. Sans doute avait-elle finit sa mission en tant qu’organisation intergouvernementale, la plupart des responsables politiques dans le monde considérant que le développement agroalimentaire est maintenant surtout le fruit du développement des entreprises, qu’elles soient de statut coopératif ou purement privé.

Cette disparition est un événement exceptionnel, voire le premier du genre puisque le SDN n’a pas réellement disparu. Incapable d’avoir pu arrêter le processus qui a mené à la seconde guerre mondiale, elle s’est transformée de fait en ONU. D’ailleurs, si les statuts d’une organisation intergouvernementale prévoient les conditions de sortie d’un Etat membre, ils ne prévoient quasiment jamais la procédure de fin d’activité. Je pense qu'il en est ainsi de l'Union Européenne. Or, nous savons que tout ce qui est humain, y compris les institutions, est mortel. Pourquoi ne pas l’admettre dès la fondation ?

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