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GASPILLAGE ALIMENTAIRE : Une nécessaire évaluation crédible

Le gaspillage alimentaire fait l’objet d’une préoccupation croissante au niveau mondial. Les chiffres publiés par la FAO et repris dans de nombreuses publications sont alarmants pour la sécurité alimentaire, la protection des ressources naturelles et l'environnement.
Jean-Paul Jamet, Secrétaire général du Centre National pour la promotion des Produits Agricoles et Alimentaires (CNPA) et membre de l’Académie d’Agriculture de France, met les pieds dans le plat dans un article publié dans la revue IAA-Industries alimentaires et agricoles de décembre 2015. Soulignant des erreurs grossières de calcul qui aboutissent à une sur-évaluation de 50%,  il demande que soit refaite l'évaluation pour qu'elle soit crédible. 


gaspillage alimentaire,erreurs,sécurité alimentaire,nourriture,fao,normes nutritionnelles,idéologie végétarienne,économie circulaire,recyclage,biomasse,DLC,DDM,date limite de consommation,ANSESA la suite d’une étude commandée à une officine suédoise en
2011, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a publié en 2012, une estimation du gaspillage alimentaire dans le monde : elle évalue qu’un tiers de la part comestible des aliments destinés à la consommation humaine est perdue ou gaspillée dans le monde. Cela représente, selon elle, 1,3 milliard de tonnes[1] par an, ce qui équivaut à plus de 160 kg par an et par habitant. Les pays industriels et les pays en développement gaspillent grosso modo les mêmes quantités de nourriture, soit respectivement 670 millions et 630 millions de tonnes. Cela recouvre cependant des réalités assez différentes : 280 à 300 kg de pertes et gaspillage par habitant et par an, en Europe et en Amérique du Nord contre 120 à 170 kg par habitant et par an, en Afrique subsaharienne et dans le Sud-Est Asiatique. L’autorité de la FAO, faisant foi, ces chiffres sont repris sans réserve depuis lors, même si des études plus fragmentaires ou plus partielles ne viennent pas corroborer ces ordres de grandeurs qui sont impressionnants, puisqu’une famille de quatre personnes en Amérique du Nord gaspillerait finalement 3 kg de nourriture par jour (directement ou indirectement).

En se fondant sur les chiffres de la FAO, la Commission de l'Union Européenne évalue ainsi le gaspillage alimentaire à 100 millions de tonnes en Europe, chiffre qui atteindrait 120 millions si rien n'est fait d'ici 2020. 

Une définition ambigüe de ce qu'est un aliment

            La difficulté commence avec la définition de l’aliment (en Anglais, « Food » pour les personnes et « Feed » pour l’alimentation animale), alors qu’en Français, le terme est plus générique.. Le terme générique « aliment » tel que repris dans la définition du règlement européen se rapporte à la destination alimentaire humaine.  « L’aliment :  il s’agit de l’alimentation ou boisson constituée pour une prise ou élément de plat ou repas comestible, acceptable, accessible, selon les lois, règlementations, usages, coutumes, goûts dans les régions et pour les gens considérés et ceux, humains et animaux qui en dépendent et par extension, les avant-produits, préparations, conditionnements, intermédiaires et complémentaires dont la destination alimentaire est raisonnablement établie.. ».

La législation européenne parle de substance ou produit transformé partiellement, transformé ou non transformé, destiné à être ingéré ou raisonnablement susceptible d’être ingéré par l’être humain.        

Cette définition n’inclut pas les aliments pour animaux pour la simple raison qu’il y a un règlement communautaire spécifique pour cette catégorie d’aliment dont la qualité peut avoir, non seulement des conséquences pour les animaux d’élevage, mais aussi pour les consommateurs finaux de produits animaux (notamment dans tous les cas de contamination).

La première difficulté dans l’analyse du phénomène de gaspillage est qu’il s’inscrit dans l’analyse d’un processus d’élaboration diversifié autour de la chaîne alimentaire (de la fourche à la fourchette) et qu’aujourd’hui, la différenciation des besoins et des services attachés à l’aliment conduit à travailler sur un ensemble absolument hétérogène, tant en composition qu’en valeur, sans parler des services qui y sont attachés.

Les différents travaux d’analyse du gaspillage alimentaire procédant d’une démarche générale proche des méthodes de « macro-économie » analysant le devenir des produits selon des filières de production et procédant à des évaluations de perte aux différents stades d’élaboration du produit. En fait, il n’existe pas de données caractéristiques de l’alimentarité d’un produit, tant au stade de la production agricole qu’au stade de l’utilisation par le mangeur final (qui est assimilé au consommateur /acheteur final). Ces analyses sont toutes basées sur des approches globales qui s’appuient sur des données en volume, soit le poids ou la valeur en kcal aux différents stades d’élaboration du produit, sans que jamais la valeur considérable traduise exactement l’utilité alimentaire stricte du produit.

Des pertes qui n'en sont pas

            La prise en compte de l’alimentarité n’est pas la seule difficulté. A chaque stade, on peut considérer des utilisations du produit qui ne sont pas toujours prises en compte :

  • Au stade de la production agricole, les inter-cultures comme engrais vert ou l’utilisation de denrées agricoles en autoconsommation pour l’élevage, voire l’utilisation conjoncturelle de surplus, soit pour l’alimentation animale ou le compostage ou la méthanisation, ne sont pas nécessairement comptabilisées, sans parler de circuits courts ou de l’autoconsommation.
  • Au stade de la transformation, les nombreux co-produits, soit sous forme d’ingrédients alimentaires, notamment dans d’autres filières ou des co-produits dans des filières non alimentaires participant au recyclage ou à l’économie circulaire ne sont que parfois pris en compte, ce qui correspond alors à un gaspillage non avéré.    

Une confusion courante (dogmatique ?) entre les comportements et les normes

            L’exemple de l’évaluation du gaspillage alimentaire à un taux de 57 % par le Barilla Center for Food and Nutrition fournit un bel exemple. Il analyse une filière alimentaire (kcal/jour/habitant) avec quatre stades :

  • Stade de la production végétale / Volume récolté :                              600 kcal

              Inefficacité de la production de la récolte et du transport :            600 kcal

  • Conversion des productions végétales sous forme de viande :   - 700 kcal

          Apport des produits animaux (lait, viande, œufs)                           500 kcal

  • Pertes en phase de distribution et de consommation 
        domestique et de restauration :                                                       800 kcal
  • Consommation journalière suffisante :                                           2.000 kcal      

ce qui conduit à constater une perte de 56,5 % : (4.600 – 2.000) / 4.600

En réalité, l’analyse des pertes, dans ce cas, est caractéristique d’une évaluation qui prend en compte des valeurs comportementales et des souhaits normatifs : il est ainsi fait état de pertes de 600 kcal, au stade d’amont de la production et de 800 kcal au stade d’aval de la filière alimentaire par rapport à une offre de 5.100 calories (si on ajoute la production de viande à la production végétale récoltée) : cela correspond à une perte globale de 27 % dont 16 % au stade de la consommation.

gaspillage alimentaire,erreurs,sécurité alimentaire,nourriture,fao,normes nutritionnelles,idéologie végétarienne,économie circulaire,recyclage,biomasse,dlc,ddm,date limite de consommation,ansesEnsuite, on trouve des propositions correspondant à des valeurs normatives souhaitées par des prescripteurs soucieux de santé (notamment au regard du surpoids et de l’obésité) conduisant à recommander une prise alimentaire de 2.000 kcal par jour, alors qu’en Europe, nous sommes autour de 2.900 kcal / jour (le syndrome métabolique ne s’explique pas seulement par un surplus calorique, mais plutôt par des déséquilibres dans la prise alimentaire, notamment au niveau du profil lipidique).

Deuxième raison : le gaspillage alimentaire avec la consommation de produits animaux et de quantité de viande préconisée par certains.  Or, une partie de la viande est produite à partir de graines céréalières, protéagineuses ou de tourteaux d’oléagineux, selon un coefficient moyen de 3 kcal végétales pour produire 1 kcal animal. Il s’agit aux yeux des analystes, d’un grave détournement de graines végétales entraînant une pression bientôt insupportable quand la majorité de la planète consommera des produits animaux de manière significative. Rappelons que l’espèce humaine est omnivore pour des raisons culturelles, mais aussi physiologiques : l’absorption de produits animaux terrestres ou marins conduit à consommer des nutriments, plus facilement disponibles que ceux fournis par un régime exclusivement végétarien. La viande rouge est quelque fois accusée d’avoir un coefficient de transformation plus mauvais que les autres viandes (7 à 10 kcal pour 1 kcal de viande rouge).

Le coefficient 10 fait allusion à un système particulier d’engraissement, les « feed lots » américains où les taurillons mangent exclusivement des grains. Dans le cas de la viande européenne où une grande partie vient d’animaux de réforme laitière, le coefficient est de 7, mais une grande partie de la ration n’est pas granivore, mais herbagère. En fait, dans le modèle "agrobiom" utilisé par l’étude prospective "Agrimonde", la part non herbagère de transformation venant de la complémentation des rations correspond au même coefficient que pour les monogastriques 3 kcal pour 1 kcal animal. Or, les pâturages couvrent 4 millions de km² sur les 13 milliards de terres émergées et donc, l’élevage des ruminants joue un grand rôle dans l’organisation des espaces paysagers. Par ailleurs, hormis certaines castes de la population indienne qui s’interdisent de manger de la viande, voire certains poissons, la majorité des habitants de notre planète prend plaisir à consommer des protéines animales qui apportent du goût et de la variété dans les préparations culinaires. Il n’y a aucune raison d’interdire l’accès à ces plaisirs gastronomiques aux personnes dont le revenu va s’améliorer dans les décennies à venir. Certes, on observe un recul de la consommation des viandes dans les pays développés, mais en revanche, dans tous les pays émergents (Inde exceptée), on observe une progression de consommation des protéines animales et cela n’a rien à voir avec un gaspillage alimentaire. Par ailleurs, la plupart des travaux de prospective considère que la planète pourra produire les végétaux nécessaires à cette production de viande, essentiellement du fait de l’amélioration des rendements et des itinéraires techniques correspondant bien souvent à un rattrapage par rapport à des savoir-faire déjà maîtrisés dans les pays développés.

Les évaluations de la FAO : une référence à relativiser

Depuis que la FAO a publié en 2012 son analyse du gaspillage alimentaire, celle-ci est reprise sans réserve par tous les auteurs et fait implicitement référence, conduisant à la production de données convergentes.

Dans ses études, la FAO distingue les pertes alimentaires (en amont de la filière) et le gaspillage alimentaire au stade de la distribution et de la consommation finale.

La FAO adopte d’emblée une idéologie végétarienne : en effet, toute destination d’un produit agricole autre que l’alimentation humaine est considérée comme un gaspillage, qu’il s’agisse d’alimentation animale, de bio-énergie ou de tout autre usage non alimentaire.

Ainsi, les dégâts mécaniques, les rejets comme le battage des grains, la cueillette ou le triage des fruits, le tri après récolte conduisent à des pertes au niveau de la production. Il en est de même lors de la récolte et du stockage pour toutes les pertes ou rejets dûs à la manipulation ou à toute détérioration.

De même, toute diminution de poids lors de la transformation, quelle qu’en soit la cause, (production de jus, mise en boîte, panification ou des opérations de lavage, d’épluchage, de découpage ou de cuisson) est considérée comme une perte.

            L’économie circulaire et le recyclage autre qu’en alimentation humaine sont considérés comme du gaspillage : le son provenant des céréales et incorporé en aliment du bétail est une perte. Le fait de compter comme gaspillage toute utilisation des co-produits en alimentation est empreint d’une idéologie considérant la consommation de produits animaux comme un gaspillage. Malthus n’est pas loin  - alors même que l’homme est omnivore, que la consommation des produits animaux correspond à une optimisation du métabolisme. De même, l’utilisation des déchets alimentaires en compostage ou pour faire de l’énergie par méthanisation est un gaspillage. Soulignons enfin l’étonnement qu’une organisation comme la FAO puisse expliquer qu’aux Etats-Unis dans un pays maîtrisant l’optimisation économique, 300 kg par habitant et par an sur un total de 900 kg par habitant et par an produits soient perdus et gaspillés : c’est  faire injure au savoir-faire de tous les acteurs de la chaîne agricole et alimentaire, car personne n’a intérêt à se priver de tant de ressources.

Les pertes et gaspillages sont analysés de la même façon pour le stade de la distribution ou de la consommation. On est donc en face d’un monde idéal et complètement irréel qui est fondé sur une confusion à peine croyable entre le produit brut agricole (théoriquement parfait) qui n’est que partiellement consommable en l’état et le produit alimentaire qui doit  être travaillé ou transformé pour être mangeable ou assimilable  par le consommateur final.

La confusion entre pertes, lors de l’élaboration du produit alimentaire (ou prêt à consommer) et gaspillage revient à nier la différence entre produit agricole et produit alimentaire qui s’est sophistiquée ces dernières décennies, du fait de l’urbanisation et de la demande de nouveaux services  attachés au produit (facile à conserver et prêt à consommer), sans parler de nouvelles technologies de transformation au sens large. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le gaspillage résultant de ces confusions et analyses sommaires soit beaucoup plus important dans les pays « très développés » comparativement aux pays en développement, surtout si en plus, comme nous allons le voir, l’analyse de l’élaboration du produit  se traduit par des erreurs grossières de calcul, notamment dans la sommation des pertes aux différents stades qui devrait résulter, non pas d’une addition de pourcentages de pertes, mais d’une multiplication du reste disponible (en %) à chaque stade successif.


gaspillage alimentaire,erreurs,sécurité alimentaire,nourriture,fao,normes nutritionnelles,idéologie végétarienne,économie circulaire,recyclage,biomasse,dlc,ddm,date limite de consommation,ansesLa lecture de l’étude montre des tableaux détaillés par filière de production avec les cinq stades d’analyse et par zone géographique. Certaines données sont impressionnantes : pour les céréales, les pertes et gaspillages s'élèveraient à
36 % en Amérique du Nord et jamais moins de 20 %, quelle que soit la partie du monde. Pour les racines et tubercules, 60 % de pertes dans le cas de l’Amérique du Nord, avec jamais moins de 32 % de pertes dans les autres régions.

Les fruits et légumes ont un taux de perte tournant en général autour de 50 %. Pour les produits animaux, les chiffres sont plus modérés (en général, autour de 20 %, ce qui est étonnant, compte tenu des rendements à l’abattage. (Cela suppose que l’on part d’une mesure du poids carcasse au départ).

L’étude donne un seul exemple méthodologique : il s’agit du calcul relatif des pertes et gaspillages de fruits et légumes en Afrique subsaharienne. Dans le tableau des pourcentages de gaspillage estimé en Afrique subsaharienne, on peut trouver cette estimation des pertes aux différents stades :

            Production agricole :                                                10 %

            Opérations après récolte et stockage :                     9 %

            Transformation et conditionnement :                    25 %

            Distribution supermarchés et vente au détail :    17 %

            Consommation :                                                          5 %

Dans le tableau d’ensemble des fruits et légumes, le total des pertes affichées s’élève à 52 % pour l’Afrique subsaharienne. En fait,  sur le tableau expliquant les flux en valeur absolue, la production totale est estimée (en MT : millions de tonnes) à 83,3 MT, ce qui aboutit, compte tenu des échanges extérieurs et des variations de stocks, à une production disponible de 81,5 MT. Un flux de 6,4 MT est affecté à la transformation industrielle, 2,4 MT iront à l’alimentation animale, la consommation finale est évaluée à 64 MT de fruits et légumes frais et à 0,6 MT de fruits et légumes transformés. Même si on considère que l’alimentation animale est une perte (ce qui est un comble et qui explique la réaction des éleveurs dont l'activité est mise en cause par les idéologues végétariens), la perte apparente est de 81,5 – 64,6, soit 16,9 MT, voire seulement 14,5 MT, si on prend en compte l’alimentation animale, soit moins de 20 % de la production disponible à la sortie du champ.

Cette utilisation d’une partie de la biomasse en alimentation animale correspond à deux situations légitimes et très différentes qui ne méritent pas d’être traitées comme gaspillage :
- des éléments résultant de l’épluchage ou du calibrage pour fabriquer des produits conservables et qui ne sont pas jetés, mais utilisés pour l’alimentation animale (les Pays-Bas sont grands utilisateurs de ces produits)
- du fait d’une variation climatique forte, une offre trop abondante qui ne peut être vendue, conduisant aussi à utiliser ce surplus de manière sporadique en alimentation animale au lieu de le jeter.

 Dans le tableau précédent, l’affichage de 10 % de perte à la cueillette est théorique ; elle conduit seulement à définir une production idéale où tous les fruits seraient cueillis (pensez au manguier de 10 m de haut) où tous les légumes et tubercules ramassés (en retournant toutes les mottes). Il y a un moment où un gestionnaire sait faire la part des choses, du fait de la loi des rendements décroissants.

Le total de perte de 52 % résulte en partie d’une erreur grossière d’addition de pourcentage : celui de 25 % relatif aux pertes à la transformation qui en fait, ne porte que sur 6,4 MT de fruits, soit 10 % de la consommation finale), ce qui correspond, après épluchage à 3 % de perte finale. L’évaluation finale des pertes devrait être de 31 %, correspondant à 28 % [2] pour la consommation fraîche et 3 % pour la transformation industrielle.

Ce travail indigne de toute évaluation universitaire ou scientifique sert pourtant d’introduction depuis quatre ans, à tous les écrits et proclamations sur le gaspillage alimentaire dans le monde. Il démontre que la qualité de nombreuses productions scientifiques n’est plus assurée, chacun recopiant l’autre, sans prendre le temps de vérifier les bases qu’il emprunte. Que dire alors des nombreuses méta-analyses dont on nous abreuve et qui ne font qu’amplifier des avis ou des faits établis de manière bien incertaine, en gommant les progrès récents de connaissances.

Si l’on analyse un peu la démarché proposée, dans le cas qui nous intéresse, l’erreur est au moins du simple au double, ce qui conduit à un gaspillage global de l’ordre de 10 à 15 % au mieux et non de 30 %, comme l’affirme la FAO.

Si l’on retrousse ses manches pour lutter contre ces situations, le disponible alimentaire qui peut être récupéré tournera entre 5 à 8 %. C’est loin d’être négligeable, mais cela ne dispensera pas de réfléchir à la qualité de l’intensification en agriculture, pour produire 60 % de plus de produits agricoles, d’ici 2050, ce qui demeure le sujet crucial des politiques agricoles et alimentaires de demain, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.            

Pour une définition rigoureuse du gaspillage alimentaire

Il n’existe à ce jour, aucune définition communément admise des concepts de « perte alimentaire » et de gaspillage alimentaire, ni dans les cadres juridiques nationaux, ni dans la littérature.

On trouvera ainsi des définitions variables des notions de « perte alimentaire » et de « gaspillage alimentaire ». Certains entendent, par perte alimentaire, l’exclusion de la chaîne d’approvisionnement d’une certaine quantité de denrées produites pour la consommation humaine, pour diverses raisons.               

Le gaspillage alimentaire est alors un sous-ensemble de la perte alimentaire et représente la quantité des denrées encore propres à la consommation qui sont mises au rebut, en raison de l’action ou de l’inaction humaine.

Cette distinction conduit à remarquer que les résidus et les produits tirés aux stades antérieurs de la chaîne alimentaire peuvent être réutilisés dans le processus de production. Ainsi, toutes les pertes alimentaires ne sont pas gaspillées.

En revanche, les aliments initialement destinés à la consommation humaine qui sont accidentellement exclus de la chaîne alimentaire sont classés dans la catégorie du gaspillage alimentaire, même s’ils font, par la suite, l’objet d’une réutilisation non alimentaire.

            Par ailleurs, la Communauté scientifique complète la distinction entre gaspillage alimentaire « évitable » et gaspillage « inévitable ».

            Le gaspillage alimentaire « évitable »  renvoie aux produits encore propres à la consommation humaine qui sont mis au rebut ou aux produits qui auraient été comestibles, s’ils avaient été consommés à temps.

            Le gaspillage alimentaire  « inévitable » renvoie aux produits ou ingrédients impropres à la consommation humaine, notamment les composants non comestibles (par exemple, les pelures de bananes, les os, les coquilles d’œufs ainsi qu’aux produits qui ont été endommagés par des intempéries, des maladies ou des ravageurs et qui ne peuvent par conséquent être consommés.

Pour notre part, nous nous rattacherons aux propositions de définition faites par le Groupe « Gaspillage Alimentaire » de l’Académie d’Agriculture. Ainsi, elle définit par « pertes alimentaires » la diminution de la masse alimentaire consommable aux stades de la production, de la post-récolte, de la transformation et de la distribution.

Les « déchets alimentaires » sont des denrées alimentaires propres à la consommation humaine qui ont été mises au rebut, généralement au niveau des détaillants et des consommateurs.        

La proposition de définition du gaspillage alimentaire est celle-ci :

Toutes pertes d’aliments qu’on aurait pu éviter (pertes + déchets), en suivant les bonnes pratiques, dans l’état actuel de la technologie (meilleures techniques disponibles) et dans le respect des lois et règlements.

 Conséquences :

  • Les co-produits, les résidus non comestibles ne font pas faire du gaspillage alimentaire.
  • Les pertes en production et les déchets de la consommation évitables font partie du gaspillage alimentaire.
  • La contamination de denrées saines, volontaire ou non, produit du gaspillage ou ne répondant pas aux bonnes pratiques.
  • Les ressources alimentaires non intentionnellement produites ne sont concernées par le gaspillage qu’après la cueillette.

   

Il faut ensuite tirer de cet examen, un certain nombre de conséquences : dans les pays développés, le gaspillage alimentaire est significatif en aval de la chaîne, au niveau de la distribution et du consommateur final (qu’il s’agisse des ménages ou de la restauration).

La réduction du gaspillage alimentaire doit correspondre à deux enjeux :   
- la responsabilisation des consommateurs
- le développement de la solidarité et du don en faveur des populations défavorisées.

Expliquer la signification des dates de consommation

Guillaume Garot rappelle que l’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres et qu’il en résulte des exigences ethniques qui doivent conduire à responsabiliser chaque acteur, afin d’inscrire dans la loi une hiérarchie des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire. Pour prendre conscience et modifier le comportement des consommateurs pour moins de gaspillage, des opérations de sensibilisation et de communication doivent être lancées. L’idée d’une campagne « Je ne jette plus » doit être l’objectif de tout consommateur responsable.       

En priorité, il faut bien expliquer au consommateur la portée et la signification exacte des dates de consommation inscrites sur les produits. La DLC (date limite de consommation) a pour but de garantir la qualité sanitaire des produits. Au-delà de cette date, le dépassement présente un risque microbiologique progressif pour la santé. La DDM (date de durabilité minimum) a pour but de garantir la qualité organoleptique du produit (elle se traduit par la mention « A consommer de préférence avant.. ». Il faut se rattacher à l’avis de l’AMSES.

Si les DLC peuvent être un élément déclencheur du gaspillage alimentaire des produits, l’ANSES note que les aliments les plus gaspillés ne comportent généralement pas de date limite et qu’une communication sur les dates limites doit s’accompagner d’une sensibilisation sur les autres leviers de réduction du gaspillage alimentaire par le consommateur (planification des achats, gestion des stocks, préparation des aliments, etc.).. 

La loi française interdit le gaspillage à la distribution

 L’objectif fixé par la loi promulguée le 11 février 2016 pour la distribution est simple : ne plus jeter. Cette interdiction de jeter est légitime, car il existe un éventail de solutions qui permettent d’éviter la destruction de l’alimentation :

  • Meilleure gestion des stocks et rayons,
  • Dons (de qualité) aux associations de solidarité,
  • Valorisation en circuit alimentation animale,
  • Valorisation en circuit énergie (méthanisation).

Cette interdiction inscrite dans la loi est assortie d’une échéance de mise en  œuvre et de sanctions, en cas de non respect ou de mauvaise foi manifeste. L’interdiction de jeter est donc une obligation de valoriser sous forme marchande (rayons anti-gaspi), sous forme de dons (aux associations qui en font la demande), sous forme de recyclage en alimentation animale ou sous forme d’énergie. Cette interdiction de jeter doit être vue comme un principe, pour éviter toute destruction de denrées. 

D'autres initiatives qui vont plus loin

Un ancien dirigeant des magasins d'alimentation Trader Joe's a ouvert en juin 2015 à Dorchester dans le Massachussets (USA) Daily Table, un supermarché d'invendus tout juste périmés.

De son côté, au Danemarkk, Wefood ne vend depuis le début 2016 que de la nourriture périmée, ou dont les emballages sont défectueux, pour des prix de 30 % à 50 % inférieurs à ceux pratiqués dans un supermarché normal.

Le magasin a passé plusieurs accords avec des enseignes de la grande distribution alimentaire, qui le fournissent en invendus de pain, viande, denrées non-périssables, fruits et légumes. Les stocks sont récupérés par des bénévoles.

Reste la question de la "food safety", c'est-à-dire de la sécurité des aliments, qui risque de devenir problématique.

 

[1]  qui se réduirait à seulement 300.000 T, si on en enlevait le milliard de T utilisé pour l’alimentation animale.

[2]     Le chiffre de 28 % correspond à la quantité résiduelle, après estimation des pertes obtenue par l’opération suivante : 0,91 % x 0,83 x 0,95 = 0,72 récapitulant les pertes, au stade de la récolte, de la distribution et de la consommation.

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