Avertir le modérateur

Science - Page 3

  • Les régimes alimentaires se radicalisent et se communautarisent sous les effets du marketing

    La segmentation traditionnelle des régimes alimentaires était surtout influencée par l’appartenance à une région (régime méditerranéen, cuisines régionales promues par la restauration, fast food), par des interdits religieux (casher, hallal…) et par les intolérances allergiques. Les différences régionales tendent à s’estomper pour faire place à de véritables idéologies nutritionnelles avec la constitution de véritables communautés.

    food pyramid,régime alimentaire,casher,hallal,végétarien,végétalien,flexitarisme,pescatarisme,pesca-végétarisme,pollotarisme,volaillo-végétarisme,pollo-pescatarisme,crudivore,macrobiotique,hildegarde de bingen,femme actuelle,weight watchers,hippocrate institute,orthorexie,alimentation des animaux de compagnieLes études scientifiques de nutritionnistes ont conduit à préconiser des régimes équilibrés et diversifiés ainsi qu'à élaborer des régimes spécifiques selon l’âge, l’état de santé, adaptés aux sportifs…

    Dans son billet humoristique du 14 avril dans La Croix, Alain Rémond ironise : «  ça se complique du côté des régimes alimentaires. Jusqu’ici, pour moi, les choses étaient simples. Soit on était omnivore (on mange de tout), soit on était végétarien (on ne mange pas de chair animale, mais on accepte les aliments d’origine animale, comme les œufs ou le lait), soit on était végétalien (ni viande, ni poisson, ni lait, ni œufs). Et voilà  que j’apprends qu’existe le flexitarisme, qui est une espèce de végétarisme à la carte : chez soi, on est plutôt fruits et légumes, mais au resto ou chez des amis on s’autorise viande et poisson. J’ai à peine le temps de digérer cette nouvelle qu’on m’informe qu’il existe aussi le pescatarisme (ou pesco-végétarisme), un végétarisme qui autorise les poissions et les fruits de mer (il parait que c’était le régime des cathares). Et même le pollotarisme (ou volaillo-végétarisme) où cette fois c’est la volaille qui est autorisée (mais pas le foie gras qui est pourtant de la volaille). Sans oublier le pollo-pescatarisme, végétarisme qui autorise viande et poison. Et quand on mange à tous les râteliers, ça s’appelle comment ? »

    La liste d’Alain Rémond est loin d’être exhaustive puisqu’il y a autant de régimes alimentaires que de modèles nutritionnels. Ainsi « l’alimentation vivante » s’inscrit dans le crudivorisme, mouvement qui comprend plusieurs sous-groupes : les granivores (consommer surtout des graines), les frugivores (surtout des fruits), les instinctos (consommer les aliments, dont des produits animaux, sans les mélanger), les liquidariens (presque uniquement des jus), et les adeptes de l’« écologie alimentaire » (consommer cru, mais de tout, y compris viandes et insectes). Le point commun de tous ces régimes alimentaires est que les aliments sont consommés majoritairement crus ou en totalité.

     

    Il faut ajouter l’alimentation macrobiotique avec sa dimension spirituelle orientale (la cuisson des aliments se fait jusqu'à évaporation complète de l'eau de façon à conserver le maximum de nutriments) et sa dérivée l’alimentation macrobiotique végétalienne, sans parler de l’alimentation véganiste

    Parmi ces régimes alimentaires à connotation spirituelle, on peut citer également les celui préconisé au XIIème siècle par l’abbesse allemande Ste Hildegarde de Bingen.

    Quelques-uns se réfèrent à des modèles historiques, voire préhistorique tel que l’alimentation néolithique.

    L'influence de Models Business

    Des magazines grand public surfent sur l’attente des consommateurs, surtout des consommatrices, particulièrement préoccupées par leur silhouette et leur bien être. Ainsi Femme actuelle a lancé « Régime et plaisir, le premier régime qui libère vos envies » alors que Femina se contente de sélectionner des aliments « brûle-graisse » 

    Il y a aussi les modèles alimentaires pseudo-scientifiques développés par les Models Business d’entreprises avec la mise en place de groupes de consommateurs pour promouvoir le régime maison. Le plus connu est Weight Watchers. Autre société américaine, Hippocrate Institute propose une « alimentation vivante » où les aliments deviennent nos médicaments…

     

    La PME française PiLeJe promeut la micro-nutrition qui part du postulat que chaque individu a un métabolisme et des besoins qu’il convient de satisfaire avec l’apport de micronutriments adaptés.

    Mais manger sainement peut devenir une maladie dénommée orthorexie liée à un trouble du comportement alimentaire. Différente de l'anorexie ou la boulimie, l'orthorexie ne se traduit pas par le fait de consommer un volume et une quantité de nourriture inappropriés mais par une véritable obsession de la qualité de celle-ci. Une quête de perfection alimentaire qui peut s'avérer être, avec le temps, psychologiquement épuisant et source d'exclusion sociale.

    L’influence marketing sur nos régimes alimentaires s’intéresse aussi à l’alimentation des animaux de compagnie. Actuellement, seules les grandes multinationales font des offres structurées dans ce domaine, des associations se cantonnant dans la critique des aliments industriels. Mais une offre alternative ne saurait tarder… 

  • L'innovation frugale, une voie de développement aussi en agroalimentaire

    De plus en plus d’économistes soulignent que les populations pauvres peuvent être une source d’inspiration pour innover et sortir par le haut de la crise. Ils préconisent de partir de la base de la pyramide des ressources (Bottom of Pyramid - BoP), changer de paradigme pour s’ouvrir aux innovations frugales, c’est-à-dire faire de manière durable plus avec moins.

    Le BoP remet en cause les acquis, les représentations, les idéologies. Les clients pauvres deviennent des forces de proposition avec leurs stratégies alternatives de consommation.  Les projets BoP sont souvent vus par les entreprises industrielles comme un espace expérimental, y compris collaboratif, pour renouveler la conception des produits, le développement de nouveaux services, l’organisation du travail.

    innovation frugale,ingénierie frugale,jugaad,jeitinho,zizhu changxin,jua kali,bipbop,L’innovation frugale repose sur trois principes clés à respecter : la frugalité, l'agilité, et l'inclusivité.

    L'approche frugale est surtout un état d’esprit.

    Carlos Ghosn , PDG de Renault-Nissan, a conçu le terme "ingénierie frugale" en 2006 pour inciter les équipes R&D du constructeur à penser low cost.


    Pour Emmanuel Faber, CEO de Danone "c'est une source d'innovation, car cela relocalise nos recettes, nous permet d'innover dans nos solutions nutritionnelles, mais aussi dans les process de fabrication, dans notre façon de travailler de façon inclusive avec les populations locales".

    Force est cependant de constater que le contexte des pays émergents, où les pauvres sont nombreux et les contraintes fortes, lui est plus favorable.

    Les Indiens qualifient cette approche de jugaad, du terme populaire hindi qui peut se traduire par "solution innovante, improvisée, née de l'ingéniosité et de l'intelligence" ou art du système D. De leur côté, les Brésiliens ont leur propre terme : jeitinho, les Chinois l'appellent zizhu chuangxin, les Kenyans jua kali.

    L’exemple du modèle équatorien

    Le président socialiste équatorien Rafael Correa défend un développement productiviste frugal. Parfaitement francophone, il vient chaque année dans les amphis des grandes écoles françaises (Sorbonne, Sciences-Po…) exposer son projet politique du « Bien vivre » et ses solutions originales à la crise économique, sociale et environnementale.

    Sa politique est en complète rupture avec le dogme européen de l’austérité et de l’inféodation à la finance pour restaurer les équilibres budgétaires nationaux. Malgré les pressions du FMI, il a réussi à renégocier sa dette dans des conditions acceptables. Plutôt que des coupes dans les dépenses publiques, il a multiplié les investissements publics dans les infrastructures et a mis en œuvre des programmes de redistribution sans remettre en cause la législation sociale. Résultat : le taux d’extrême pauvreté a chuté de 16,9 % à 8,6 % en six ans avec un taux de croissance parmi les plus élevés d’Amérique latine.

    Les exemples industriels qui touchent à la Food supply chain

    Schneider Electric, dans le cadre de son programme BipBop (acronyme de "Business, Innovation & People at the Base of the Pyramid") a mis au point In-Diya, un éclairage à base de LED et les microcentrales Villasol de production électrique alimentées en énergie solaire.

     

    innovation frugale,ingénierie frugale,Q-DrumQ-Drum est un containeur en polyethylène conçu en Afrique du Sud sous forme de roue aux multiples usages. Des enfants peuvent aisément tracter ce container de 50 litres pour transporter de l’eau.  Plus volumineux et rempli d’eau, il peut même servir pour niveler un champ après le labour… 

    La société indo-américaine Prakti Design a analysé les différentes façons de manger et de cuisiner dans le monde et a constaté que les fours rudimentaires sont à l'origine de nombreuses maladies respiratoires graves dans les pays en voie de développement. Pour y remédier, elle a conçu des fours de cuisson innovants dans leurs formes, robustes, et réduisant jusqu'à 90% l'émission de fumées noires toxiques.

    En Inde, le lait de collecte n'est pas toujours assez riche et il faut y ajouter de l'amidon naturel, souvent importé. Pour remédier à cela, Danone a appris à fermenter d'autres sources de protéines que celles du lait de vache, par exemple, la lentille, dont la viscosité remplace l'amidon.

    Mitticool,réfrigérateurMitticool a conçu un réfrigérateur en argile qui ne nécessite aucune source d’énergie puisque fonctionnant sur le principe de l’évaporation de l’eau. Il permet d’entreposer 5 kg de fruits et légumes, 20 litres d’eau et 5 bouteilles de lait ou tout autre boisson pendant 2 à 3 jours sans dégradation de leur qualité en conservant leur goût original.
    ---------------------- 

    Source : « L'Innovation Jugaad - Redevenons Ingénieux ! »  par Navi Radjouet Jaideep Prabhu Jaideep Prabhu (Ed. Diateino, 2013)

  • L’Agence française de sécurité sanitaire (ANSES) a recensé les dangers potentiels de la consommation d’insectes et préconise la prudence

    Inspirées par les pratiques culinaires dans les pays du Sud, des entreprises font le pari de se lancer dans la production et la commercialisation de produits à base d’insectes. La consommation d’insectes (entomophagie) complète les plats traditionnels de 2 milliards de personnes dans 130 pays tropicaux et, pour relever le défi de nourrir la planète en 2030, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) soutient le développement de l’élevage d’insectes à grand échelle.

     

    ANSES,sécurité sanitaire,alimentation,entomophagie,Devant les risques sanitaires potentiels liés à la consommation d’insectes, l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) a fait l’inventaire des dangers véhiculés par les insectes et des besoins de recherche complémentaires.  


    Elle recommande d’établir au niveau européen la liste des espèces pouvant être consommées et de définir un encadrement spécifique des conditions d’élevage et de production des insectes et de leurs produits, permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires.


    entomophagie,consommation d'insectes,risques sanitairesPar ailleurs, les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) possédant des allergènes communs, l’Anses recommande la prudence aux consommateurs présentant des prédispositions aux allergies.

    Les insectes les plus couramment consommés sont :

    - les larves ou adultes d’orthoptères (grillons, criquets et sauterelles) et d’hyménoptères

    (abeilles, guêpes et fourmis),

    - les larves de coléoptères (charançons et longicornes),

    - les chenilles et chrysalides de lépidoptères (papillons),

    - certains adultes d’isoptères (termites) ou d’hémiptères aquatiques (punaises d’eau)

     

    Les risques sanitaires possibles

     

    Comme tous les aliments, les insectes peuvent véhiculer des dangers principalement liés :

    • à des substances chimiques (venins, soies urticantes, facteurs anti-nutritionnels, médicaments vétérinaires utilisés dans les élevages d’insectes, pesticides ou phyto-toxines accumulés par les insectes, résidus de médicaments vétérinaires, etc.).

    • à des agents physiques (parties dures de l’insecte comme le dard, le rostre, les ailes, les pattes, etc.).

    • à des allergènes communs à l’ensemble des arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.).

    • à des parasites, des virus, des bactéries et leurs toxines ou encore des champignons.

    • aux conditions d’élevage et de transformation, pour lesquelles il conviendrait de définir un encadrement spécifique permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires.

     

    De plus, comme pour les autres aliments, les insectes comestibles peuvent devenir, suite à une conservation non adaptée, impropres à la consommation humaine.

    Par ailleurs, le développement de telles filières de production d’insectes, depuis l’élevage jusqu’à l’abattage, doit inciter à se poser la question du bien-être animal peu abordée pour les invertébrés.

     

    Les recommandations de l’Anses 

     

    Dans ce contexte d’incertitude et de manque de données, l’Agence recommande :

    • d’accentuer l’effort de recherche sur les sources de dangers potentielles ;

    • d’établir, au niveau européen, des listes positives et négatives des différentes espèces et stades de développement d’insectes pouvant ou non être consommés ;

    • d’explorer la question du bien-être animal pour ces catégories d’invertébrés ;

    • de définir un encadrement spécifique des conditions d’élevage et de production des insectes et de leurs produits permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires ;

    • de fixer des mesures de prévention du risque allergique, à la fois pour les consommateurs et en milieu professionnel.

     

    En attendant l’élaboration de ces normes spécifiques et un encadrement adapté, l’Anses recommande la prudence aux consommateurs présentant des prédispositions aux allergies. En effet, les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) possèdent des allergènes communs.

    Pour en savoir plus, cf. mon article précédent :"La commercialisation d'insectes comestibles est seulement tolérée" du 29-1-2015

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu