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agricole - Page 3

  • L’affichage environnemental, une attente consommateur difficile à satisfaire

    La traduction en anglais d’un article en français est souvent un indicateur de l’importance qui lui est attribuée. Ainsi en est-il de l’article d’Antonin Vergez diffusé ce mois-ci par le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement. Il fait la synthèse de la problématique de l’affichage environnemental pour les produits alimentaires.

    L’attente des consommateurs est très forte puisque 85 % des Français souhaitent une information sur les étiquettes concernant l’impact environnemental des produits ! Mais la question est extrêmement complexe, en particulier pour des produits dont les conditions de production sont très variées. Toute information simple peut rapidement est erronée. Ainsi que le souligne M. Vergez, l’évaluation environnementale des produits agricoles et alimentaires ne peut être représentative de la durabilité globale qu’à la double condition d’être à la fois multicritères et basée sur une approche « cycle de vie ».

    La majorité des 44 méthodes d’analyse d’impact recensées est consacrée à l’impact « carbone » des produits (cf. en particulier le Guide des Bonnes Pratiques X30-323 de 2008). Des expériences pilotes d’affichage sont en cours en Europe et en Asie alors même qu’il n’y a pas consensus sur la méthode d’analyse ! Or, une réponse prématurée à l’attente d’information des consommateurs risque de discréditer pour longtemps toute démarche objective.

    Certaines associations britanniques ont ainsi promu le concept des kilomètres alimentaires (food miles) pour défendre les circuits courts et proposent même un calculateur en ligne ! Abstraction faite de tout autre aspect, en particulier socio-économique, M. Vergez démontre « qu’il s’agit, en définitive, d’un indicateur peu pertinent des impacts environnementaux des chaînes alimentaires».

    Antonin Vergez a eu la précaution de soumettre son article à de nombreux experts (1). Pourtant, l’eau est toujours présentée comme "un environnement" en tant que tel et non comme un élément de base à l’image du carbone, alors qu’il serait plus exact de parler de milieu aquatique. Les termes utilisés sont le symptôme d’une erreur conceptuelle dominante à propos de "l'empreinte sur l'eau". 

    A la différence des émissions de gaz à effet de serre qui impactent le climat, il n’existe pas d’indicateur consensuel pour calculer l’impact d’un produit sur la biodiversité. Les indicateurs d'eutrophisa­tion et d'écotoxicité aquatiques pourraient, à terme, être regroupés au sein d’un seul indica­teur. 

    La mesure d’un volume d’eau est par contre aisée. Serait-ce la raison pour laquelle le volume de "consommation" d’eau est identifié par le référentiel français comme étant l’un des 5 enjeux environnementaux les plus pertinents ? Faut-il rappeler que s’il y a des stress hydriques locaux et de l’eau polluée, le « bilan quantitatif global du cycle de vie » de l’eau est constamment équilibré ? 

    Au-delà des multiples usages de l’eau la restauration éventuelle de son employabilité est finalement un problème de coûts d’usage et de gestion de l’énergie. Seule la question énergétique impacte de manière durable l'environnement. J’y reviendrai.

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    M.Foucault 

    (1) Martin Bortzmeyer, Philippe Rogier, Nadia Boeglin, Jérôme Mousset, Florence Scarsi, Gaetan Dubois, Sylvain Chevassus, Doris Nicklaus, Yvan Aujollet et Gabrielle Pollet, ainsi que les relecteurs de la revue Notes et Études Socio­Économiques).

  • Une initiative innovatrice et exemplaire dans la filière blé française

    J’ai assisté ce 14 février 2012 rue de Rivoli à Paris à la signature d’un contrat qui est innovateur et exemplaire dans le secteur des céréales : à l’initiative des dirigeants de McDonald's France, des fournisseurs de chaque niveau de la filière blé se sont engagés sur un volume acheté à un prix ferme garanti sur 3 ans renouvelables à partir de la récolte de l’été 2012. Les 8.500 tonnes/an qui seront collectées par les coopératives Valfrance et Beauce Gâtinais Céréales, puis écrasées par les Grands Moulins de Paris/Nutrixo et transformées en petits pains spéciaux par East Balt France, correspondent à 25% des besoins du groupe de restauration rapide en France. Par ce contrat, 140 agriculteurs du Loiret et les entreprises de collecte et de transformation s’affranchissent des fluctuations du marché des matières premières.

    Cette initiative est un nouvel exemple de l’exception française marquée par l’importance des démarches interprofessionnelles alors que la majorité des acteurs économiques des autres pays font totalement confiance au marché pour gérer les transactions entre acheteurs et vendeurs.

    Il est vrai que cette démarche est exigeante. En effet, elle a demandé plus de deux ans de négociations alors que chaque partenaire avait été sensibilisé par la grande volatilité des prix depuis 2007… Un gros travail d’analyse des coûts de production des agriculteurs concernés qui a conduit à introduire une clause d’indexation au-delà de plus de 10% de variation du prix des engrais, poste de dépenses qui a expliqué 25% des variations des coûts au cours des 5 dernières années. Parallèlement, les essais ont été poursuivis pour tester les rendements de plusieurs variétés de blé de « force » (à forte teneur en protéines) pour leur rendement meunier et boulanger. Par ailleurs, les procédures de traçabilité jusqu’à la parcelle ont été mises en place.

    L’entreprise boulangère East Balt souhaite que ce contrat représente 50% des besoins de McDonald’s, son partenaire depuis 20 ans. Ce n’est pas utopique puisque, lancé en 2009, l’accord avec Mc Cain et ses partenaires planteurs assure 80% des besoins en pommes de terre de la chaîne de restauration rapide.

    Cette démarche garantit le facteur économique de toutes les parties contractantes qui est l’un des 3 facteurs du développement durable. Pour progresser sur le plan environnemental, plusieurs cahiers de charge ont été rédigés en s’appuyant sur un réseau de fermes de référence. Sur le plan de la responsabilité sociétale, le député Michel Raison, rapporteur du projet de loi de modernisation agricole adopté par le Parlement français en juillet 2010, il reste encore des efforts à faire en terme d’équilibre alimentaire des clients de la chaîne…

    J’ai demandé à Mr Petit, PDG de McDonald’s France, si cette initiative est transposable dans d’autres pays. La réponse de son directeur des achats, Mr Bordas, qui a été le principal artisan de l’accord, a été claire : toutes les initiatives françaises sont examinées avec attention mais le groupe McDonald’s veut s’intégrer dans chaque société locale en favorisant les approvisionnements locaux. Pour ces dirigeants français, le groupe s’ouvre de plus en plus aux caractéristiques locales. C’est ainsi qu’à été annoncé que McDonald’s France va lancer en avril des sandwichs sous forme de baguettes et revenir au service à la table. Le groupe capitalise en fait surtout sur la notoriété de sa marque, signe de garantie de qualité sanitaire alimentaire, et sur la puissance de sa politique de communication.

    Le groupe s’est fixé des objectifs ambitieux dans le domaine environnemental (réduction de la consommation d’eau, des émissions de gaz à effets de serre. des besoins en matières azotées, amélioration du bien-être des animaux…). J’en viens à rêver qu’il se mobilise avec la même efficacité pour œuvrer avec d’autres acteurs économiques à une alimentation durable de tous les habitants de la planète…

    En complément de ces informations, il est possible d'écouter les interviews réalisés par Jean-Louis Courleux de 
    Jean-Pierre Petit, PDG McDonald's France 

    Christian Renard, DG de la coopérative Valfrance

  • Le Parlement Européen doit se saisir d'urgence de la question de la lutte contre l'insécurité alimentaire des plus démunis

    La grande majorité des organisations caritatives est catastrophée par la perspective de voir les soutiens financiers qu’elles recevaient de l’Union Européenne soient réduits de 73% en 2012 et supprimés en 2013.

    En fait, la méthode de lutte contre l’insécurité alimentaire en Europe pose une question politique majeure.

    L’origine de l'inquiétude des associations est l’arrêt du 13 avril 2011 de la Cour Européenne de Justice qui a été saisie par l’Allemagne contre la Commission. Cet arrêt a annulé l’effet de l’article 2 du règlement 983 de 2008. Le système mis en place depuis cette date est donc entaché d’irrégularité.


    Suite de l'appel de Coluche, artiste français fondateur des Restos du cœur, le ministre français de l’agriculture avait obtenu en 1985 que la Commission Européenne facilite la mise à disposition de ses stocks de produits alimentaires aux associations caritatives. Le ministre  appuyait son argument sur l'article 39 du traité de Rome qui instituait la Politique Agricole Commune (PAC) « dans le but d'assurer à tous les Européens une alimentation suffisante et bon marché ».

    Pour consolider l’idée alors que les stocks diminuaient, Jacques Delors a créé en 1987 le programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD). La solution imaginée avait deux avantages : répondre à des besoins urgents pour soulager les européens les plus démunis et trouver un débouché aux excédents agricoles qui étaient encore très importants.

    Mais les réformes successives de la PAC ont été si efficaces, du moins sur ce point, que les stocks d’intervention ont aujourd’hui disparu. Elles ont abouti à ce que la Commission Européenne n’a plus de quantités physiques de produits alimentaires pour participer au combat contre l’insécurité des 80 millions d’européens les plus démunis. L’acuité du problème est devenue encore plus vive avec les effets de la crise économico-financière et la hausse des prix agricoles. La solution de remplacer en 2008 les dotations de marchandises par une dotation financière était astucieuse mais juridiquement contestable.

    L’enjeu financier est important : la Commission a réparti 480 millions d’euros en 2011, dont 78 millions en France (soit 55% de la valeur des denrées collectées par les associations) et 74 millions répartis entre 8.000 associations caritatives espagnoles. 13 millions de personnes de 19 des 27 pays de l’Union ont ainsi pu être aidés.

    Or, dès l’adoption du règlement de la Commission, celui-ci a été contesté par l’Allemagne qui a reçu rapidement l’appui de la Suède. Personne ne s’est alors inquiété de la saisine de la Cour de Justice. Pourtant, le risque de remise en cause du système était d’autant plus grand que 6 autres pays ne demandaient pas l’aide du programme européen aux plus démunis et ils constituaient potentiellement une minorité de blocage dans la prise de décision.

    Certains peuvent penser qu’il s’agit là d’arguties juridiques pour justifier le blocage. Mais, depuis le Traité de Rome de 1952, l’Union Européenne s’est construite sur le respect des règles juridiques décidées par les Etats membres. La Cour de Justice de l’Union Européenne n’a donc fait que remplir sa mission qui consiste à assurer "le respect du droit dans l'interprétation et l'application des traités". Dans son arrêt, la Cour  a rappelé que « ce n’est pas la légalité du mécanisme de l’attribution des ressources au bénéfice des personnes les plus démunies qui est mise en question, mais le fait que le plan… arrêté par le règlement attaqué repose principalement sur les achats supplémentaires des produits sur le marché », ce qui est en violation de l’article 27 du règlement OCM unique.

    Le problème est donc une question éminemment politique : qui doit gérer les problèmes sociaux en Europe et comment ?

    Les avis divergent fondamentalement. : début octobre, Laszlo Andor, Commissaire chargé des affaires sociales, en marge d'une réunion des ministres européens en charge de l'emploi et des affaires sociales, a proposé que le programme d’aide aux plus démunis reste financé à 100 % par le budget européen. 

    Soutenue par l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas, la République Tchèque et la Suède, la ministre allemande Ilse Aigner reste sourde aux arguments de ses collègues et clame "Nous ne voulons pas de politique sociale à l'échelle européenne. Nous la finançons en Allemagne entièrement avec notre budget national et nous pensons avoir raison !"

    Le Commissaire chargé de l'agriculture Dacian Ciolos a précisé que les crédits sont disponibles et qu’ils peuvent être débloqués s’il y a un accord politique. Il a appelé les gouvernements à "prendre leurs responsabilités à l'égard des millions de personnes démunies qui attendent cette décision avant la période hivernale"

    Il ne faut certes pas comparer la mobilisation politique des responsables gouvernementaux pour restaurer la confiance dans le système bancaire avec celle pour faire face aux situations des plus démunis. Dans le premier cas, le risque est systémique et il peut entrainer une crise majeure pour le monde entier (les plus démunis seraient d’ailleurs ceux qui en souffriraient le plus). Toute hésitation est là perçue comme une incapacité à trouver une solution pour restaurer la confiance et calmer l’excès de spéculation.

    Par contre, la manière la plus efficace pour gérer les questions sociales réside dans des solutions décentralisées. C’est d’ailleurs la voie choisie en France. La lutte contre l’insécurité alimentaire n’échappe pas à ce choix politique pour éviter de créer un système d’assistanat lourd et généralisé.

    La décentralisation est compatible avec la solidarité.

    Les Etats de l’Union européenne ont bien admis dès 1992 que les mesures agri-environnementales liées à la PAC soient co-financées par les Etats membres. 

    Les Etats membres et la Commission ne pourraient-ils pas adopter un système de co-financement  dans le domaine social comme ils l'ont admis dans le domaine de la protection de l'environnement ?

    S’il veut redonner aux Européens une opinion positive sur l’avenir de l’Union Européenne, le Parlement Européen doit se saisir d’urgence de cette question et faire une proposition politique à la Commission pour sortir de l’impasse actuelle.

    Michel Foucault

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