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agriculture - Page 5

  • Des centaines de paysans français se suicident chaque année. A qui la faute ?

    Un ami m'a transmis ce soir l'interview de l'auteur du documentaire "Les fils de la terre" Edouard Bergeon et qui a été diffusé hier par Le Monde avec le titre : "Entre 400 et 800 agriculteurs se suicident chaque année". Cet ami me demande ce que j'en pense...

    Ma première réaction ne peut être évidemment que de la compassion. Mais peut-on aller plus loin et réfléchir sur les causes de ces drames ? 

    Certains utilisent l'image de l'herbe qui pousse sans bruit pour illustrer toutes les actions de solidarité dont personne ne parle. On pourrait de la même manière utiliser l'image de herbe qui fâne sans bruit sous les ardeurs du soleil d'été...

    Les statistiques publiées habituellement, y compris par les services de l'Union Européenne, se contentent de noter la diminuation du nombre d'agriculteurs comme celle d'ailleurs du nombre d'artisans (groupe social dont on parle encore moins. J'ai d'ailleurs connu le patron d'une petite entreprise du batiment qui n'a pas supporté de devoir licencier l'un de ses salariés et s'est pendu...). Elles se contentent de relever que le revenu agricole moyen est stable grâce à l'augmentation de la taille moyenne des exploitations, augmentation qui découle de la réduction du nombre de chefs d'exploitation.

    Il est vrai que l'âge moyen des agriculteurs est plus élevé que celui des actifs. Un bon indicateur du dynamisme de l'agriculture dans une région est le nombre d'installation de jeunes agriculteurs. Le syndicalisme agricole français est particulièrement vigilant sur ce sujet. Ce qui n'empêche pas que la relève est mal assurée et que la situation serait encore pire si une partie de la relève n'était pas assurée par des jeunes venus de la ville.

    Le nombre de suicides s'explique probablement par plusieurs raisons, entre autres :
    - beaucoup d'agriculteurs n'arrivent pas à trouver femme et à constituer une famille. Isolés, les déprimés ont peu de lieux où exprimer leurs difficultés d'être
    - la grande majorité sont des hommes. Or, les hommes se suicident beaucoup plus facilement que les femmes lorsqu'ils ne voient pas d'issue à leurs problèmes
    - les agriculteurs s'investissent totalement dans leur activité, au point que les difficultés sont vécues comme un échec personnel
    - la majorité des agriculteurs ne sont pas d'abord motivés par la perspective de gagner beaucoup d'argent, mais ont l'idée d'une mission à accomplir : nourrir les hommes. Peu d'entre eux acceptent la mission que voudraient leur attribuer les citadins : entretenir le paysage. Il en résulte un mal être. Si en plus ils sont confrontés à des entreprises qui veulent d'abord maximiser leur profit... ils sont complètement désemparés.

    Je pense -mais c'est à vérifier- que le taux de suicides est beaucoup plus faible parmi ceux qui participent activement dans les structures associatives locales et dans l'activité des coopératives, tout simplement parce qu'en plus de gagner en capacité de négociation et de valorisation de leur production, ils peuvent échanger leurs expériences, leurs idées... C'est sans doute le cas du producteur de lait du Lot décrit par Edouard Bergeon 

    Par contre, il ne faut pas s'arrêter au seul constat que l'agriculteur qui fait de la vente directe obtient un prix plus élevé. Compte-t-on le temps passé par lui ou un membre de sa famille dans l'activité de conditionnement et de commercialisation ? Au total, quelle est la valorisation du temps passé ? Il y a certes des réussites. Mais peut-on en faire un modèle généralisable ? Je ne le pense pas. Par contre, en testant des systèmes alternatifs innovants, ils nous incitent à nous interroger sur l'équilibre des forces le long de la chance de valeur pour s'assurer que certains n'abusent pas de leur position d'acheteur. On accuse facilement l'industriel et le commerçant. Mais, au bout de la chaine, le consommateur que nous sommes tous peut exercer aussi une pression excessive lorsqu'il se focalise sur la recherche des produits les moins chers... Ne serions pas tous un peu coupables de la situation actuelle où l'argent est devenu le seul guide ???...


    Michel Foucault 

     

  • Le sort des européens les plus démunis est entre les mains des ministres de l'agriculture

    Les dirigeants politiques européens ont fait preuve d'une réelle mobilisation pour sortir de la crise financière. La majorité d'entre eux n'ont pas hésité à faire une pression si forte que les chefs des gouvernements grecs et italiens ont été contraints de démissionner.

    Il est vrai que le risque pour l'ensemble du système financier, et par là même de l'ensemble de la vie économique de l'Europe est grand. Des solutions politiques nouvelles devront être mises en place pour que la sortie de crise soit durable.

    Mais la situation des plus démunis demeure toujours aussi préoccupante et risque en 2013 de devenir dramatique.

    En réponse à un mail envoyé à 390 membres du Parlement Européen, j'ai reçu :
    - une réponse personnalisée de Sophie Auconie,
    - une réponse de l'assistant de Jean-Luc Bennahmias renvoyant sur sa page web consacrée au sujet  
    - une de l'assistant de Michel Dantin renvoyant à la page qui permet de visionner le débat en séance plénière du Parlement
    - une de l'assistant de Sylvie Goulard

    Trois de ces parlementaires sont inscrits au PPE (Démocrates chrétiens), groupe le plus important avec 264 membres, M. Bennahmias étant inscrit à l'Alliance des Démocrates et Libéraux qui compte 85 inscrits.

    Sophie Auconie précise qu'après l'échec du Conseil des ministres de l’agriculture du 20 septembre 2011, la France, appuyée par la Slovénie, a demandé au Conseil des ministres des affaires sociales qui s’est tenu le 3 octobre 2011, d’inscrire la question à l’ordre du jour.
    Lors de ce Conseil, la Secrétaire d’Etat française en charge des Solidarités et de la Cohésion sociale, Marie-Anne Montchamp, a rappelé l’importance de ce Programme pour les actions des banques alimentaires. Le Commissaire européen aux affaires sociales, Laszlo Andor, a alors proposé comme alternative de s'appuyer sur la politique sociale européenne. Mais cette proposition n’a pas fait évoluer les positions des six pays.

    La Commission Européenne a proposé ensuite de pouvoir acheter directement sur le marché les denrées alimentaires nécessaires pendant deux ans et de suprimer l’obligation du cofinancement. Le 21 octobre, les Ministres de l'Agriculture des 6 Etats constituant la "minorité de blocage" se sont opposés à cette proposition. 
    Comme l'a dit le commissaire Dacian Cioloş, «C’est une preuve d’égoïsme en Europe, où nous avons besoin d’être solidaires avec ceux qui traversent la crise et subissent ses effets ».

    Néanmoins, la décision reste toujours entre les mains des Ministres en charge de l'agriculture qui doivent se réunir les 14 et 15 novembre.

    La règle du co-financement des aides aux plus démunis par l'Union-Européenne et les Etats membres est certainement le seule solution pour débloquer la situation. Reste à négocier la part qui serait financée par les Etats. J'aurais apprécié d'avoir l'avis des parlementaires sur une telle solution. Aucun ne s'est exprimé sur cet aspect de la question pour ne pas gêner leur gouvernement dans les négociations. 

    Sachant que l'impact se fera surtout sentir en 2013, les Ministres de l'Agriculture semblent jouer la montre ! Mais ils jouent avec l'image de l'Europe qui devient de plus en plus exécrable en apparaissant comme essentiellement au service des nantis. Ils portent là une rude responsabilité morale, d'autant qu'un échec serait un véritable déni de solidarité avec les plus démunis.

    Michel Foucault 

  • 9 milliards d’hommes, un défi pour demain et pour chacun de nous

     

    Les présidents de l’INRA et du CIRAD abordent ensemble l’un des deux enjeux majeurs avec l’énergie que le monde doit résoudre dans les 40 prochaines années. Cet horizon est proche puisque tous les étudiants actuels seront encore en âge d’être considérés comme actifs !

     

    Marion Guillou, Présidente de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), et Gérard Matheron, Président du Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD viennent en effet de publier un ouvrage commun :
    « 9 milliards d’hommes à nourrir, un défi pour demain » édité par F. Bourin.

     

    Nous serons plus de 7 milliards d’êtres humains vivant sur terre avant la fin de cette année et il faudra nourrir 2 milliards d’habitants de plus en 2050. La grande majorité des agronomes estiment que c’est possible. Mais, pour éviter un véritable cataclysme humanitaire avec des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants confrontés à la faim, les dirigeants des deux principaux instituts de recherche agronomique français estiment qu’il est indispensable de changer nos habitudes de production et de consommation. 

     

    Le G20 a inscrit la gestion des prix agricoles à son ordre du jour. Cependant les décisions politiques pour redonner à l’agriculture l’importance nécessaire ne suffiront pas. Les Occidentaux constituent un modèle pour de nombreux pays en développement. S’ils copient notre mode de consommation et nos gaspillages individuels et collectifs, les hordes de la faim se formeront inéluctablement et déstabiliseront toutes les institutions.

     

    On peut se réjouir de l’avancée de la démocratie avec le « printemps arabe ». Mais celui-ci ne se serait certainement pas développé de la même manière s’il n’y avait pas eu auparavant la flambée des prix des produits alimentaires de base en 2008 et 2010. Les responsables politiques qui ne l’ont pas compris assez tôt ont été les premières victimes, comme les nobles français qui n’avaient pas compris les conséquences de la disette et de la flambée du prix du pain après le terrible hiver de 1788-89… 

     

    On estime que les pertes de produits agricoles et les gaspillages de produits alimentaires représentent 1/3 de la production. Il est donc théoriquement possible d’alimenter une population 30% plus nombreuse par la simple réduction de ces pertes et gaspillages. Surtout si, dans le même temps, on améliore encore les rendements. 

    Mais c’est oublier la dynamique de la demande. En effet si au fur et à mesure que leur pouvoir d’achat s’améliore – ce qui ne serait que justice - les Chinois, les Indiens, les Brésiliens, les Nigérians… consomment autant de viande et de poisson que les Européens, les Nord-Américains et les Japonais, la production agricole ne saura satisfaire la demande totale. La tension sur les prix sera inéluctable et les produits alimentaires deviendront inabordables pour les personnes à bas revenu. Il faut leur offrir un modèle moderne et durable.

    Les agronomes préconisent de développer en priorité la production agricole de proximité. Cette proposition a le double avantage d’être globalement plus respectueuse de l’environnement en diminuant l’impact des transports et d’élever le revenu des producteurs. C’est oublier les pauvres qui habitent en ville et qui, sans revenu, sont les premiers à manifester leur inquiétude pour survivre. Or, les 2 milliards d’habitants supplémentaires vivront pour l’essentiel dans les agglomérations urbaines, en particulier en Inde et en Afrique. Lors des flambées des prix alimentaires, ils forment un terreau privilégié pour nourrir les tentations terroristes et toutes les aventures politiques.

     

    Il ne s’agit pas que nous nous transformions en végétariens puisque nous sommes naturellement omnivores. Mais nous devons rapidement changer notre comportement. S’il y a autant d’obèses et de personnes en surpoids dans le monde qu’il y a de personnes qui souffrent de la faim et de sous-nutrition, c’est qu’il y a un problème évident. 

     

    Il est toujours difficile de changer ses habitudes. Les responsables politiques et les chefs d’entreprises doivent avoir le courage de promouvoir ce changement. Notre tranquillité et notre sécurité en dépendent, sinon même tout simplement notre santé. Au lieu de faire des régimes qui sont plus déstabilisants qu’autre chose, cessons de grignoter, mangeons de tout un peu à un rythme régulier et bougeons au moins une demi-heure chaque jour. Ce sera bénéfique pour tous !

     

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