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alimentaire - Page 5

  • Les effets secondaires désastreux de la crise de 2008

    La situation au Mali et l’insécurité qui s’est installée dans les pays du Sahel résulte en grande partie de la crise alimentaire qui a éclaté en 2008. L’instabilité politique s’y propage comme un feu de brousse sans que personne n’en maîtrise la propagation et rend la vie des populations toujours plus précaire.

    Les responsables politiques des pays occidentaux ont cru que la « révolution du jasmin » en Tunisie était simplement une révolte contre un dictateur. Beaucoup de commentateurs ont d’ailleurs qualifié de « printemps arabe » cette période qui a vu se multiplier les manifestations contre les gouvernements en place. Il y avait certes –et il y a encore- une aspiration très forte à plus de démocratie, comme les Français des années 1770 aspiraient à plus de liberté. Mais c’est oublier que c’est la rigueur des hivers 1788-89 avec la flambée du prix du pain et la disette qui a provoqué le soulèvement du peuple français, plus que les discours des philosophes. De la même manière, c’est la flambée des prix des céréales qui a incité le peuple tunisien à se soulever massivement, alors que des journalistes et des syndicalistes étaient emprisonnés et torturés jusqu’alors dans l’indifférence générale. 

    Les Tunisiens ont fait seuls leur révolution. La chute rapide du dictateur a donné des idées à leurs voisins libyens. Les Français, culturellement prédisposés à exporter leur conception de la démocratie –comme les nord-américains d’ailleurs- ont cru qu’ils allaient se racheter de leur attentisme en soutenant militairement les opposants au dictateur libyen. D’autant que les ressources pétrolières du pays offraient une motivation supplémentaire… 

    Or la Libyen’est pas la Tunisie. Chaquepays est différent par sa géographie, son histoire, sa structure sociologique, sa culture… A la satisfaction de beaucoup, le dictateur libyen a été tué. Mais, comme pour les soins médicamenteux, les effets secondaires sont souvent multiples et imprévus. Nous découvrons chaque jour ceux de l’intervention en Libye :
      - le retour forcé d’ouvriers égyptiens dans leur pays alors qu’ils étaient 1,5 millions à y travailler,
      - le retour massif des miliciens dans leur région d’origine avec tout leur armement,
      - le départ précipité de 200.000 réfugiés maliens en Mauritanie,
      - la remise en cause de l’émancipation des femmes en référence à la charia,
      - les menaces sur les minorités locales ethniques et religieuses jusqu’alors protégées,
      - les velléités d’indépendance avec le risque d’éclatement de plusieurs pays...

    L’embargo, une arme incompatible avec l’objectif de réduire la faim 

    Tirant l’expérience des aventures afghane (la culture de l’opium représente maintenant 90% de la valeur du produit national d’Afghanistan !) et irakienne, les pays occidentaux n’envisagent plus d’armer les opposants. La principale riposte pour arrêter la contagion à d’autres pays reste l’arme alimentaire en décrétant l’embargo aux frontières. C’est d’ailleurs l’arme qui a été mise en œuvre face à l’avancée des indépendantistes touaregs au Mali. Ce pays n’ayant quasiment pas de réserves alimentaires (moins d’une semaine de riz), cette arme devrait avoir un effet très rapide. Mais l’exemple somalien montre que l’arme alimentaire touche d’abord les plus pauvres qui ne trouvent de solution que dans la fuite et l’hébergement dans des camps de fortune. 

    Les pays occidentaux vivent la période actuelle comme une crise économique et financière. Mais, de manière encore plus grave à moyen terme, la crise que le monde vit depuis 2008 provoque un retour au Moyen-Âge sur d’immenses territoires avec un véritable chaos politique et le règne des bandes armées qui y terrorisent les populations. Se constituent ainsi des réservoirs de terroristes de tous poils. Dans un tel climat de violence, les investissements productifs sont exclus. De ce fait, l’objectif proclamé à l’ONU en 2000 de réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 s’éloigne toujours plus.

    Michel Foucault 

  • L’option lyonnaise laïque pour la restauration collective multiculturelle

    Alors que l’actualité était focalisée sur les assassinats perpétrés par un jeune musulman fanatique, un journal télévisé a présenté hier un reportage sur une cantine scolaire d’école primaire de l’agglomération lyonnaise où il est proposé des repas sans viande. Les enfants semblent en être satisfaits, comme leurs parents qui relèvent que les menus respectent les interdits religieux.

    La viande « hallal » a en effet ressurgi avec la campagne électorale. Cette allégation représenterait, selon le Ministre de l’Agriculture, 14% du volume commercialisé en France. Cette proportion tient compte des importations d’origine américaine et que la viande de porc ne peut pas être « hallal ». Elle est donc sensiblement supérieure pour les abattages de ruminants et de volailles. D’ailleurs, le Conseil général de l’Alimentation de l’Agriculture et des Espaces ruraux (CGAAER) avait estimé que « le volume d’abattage rituel était de 40% pour les bovins et de 60% pour les ovins, alors que la demande correspond à 10% des abattages totaux ».

    Le qualificatif « hallal » signifie simplement « licite » au regard de la loi islamique, à savoir que l’animal a eu la trachée, l’œsophage et les principales artères et veines de la région du cou tranchés de sorte qu’il se vide de son sang. Cette pratique impose des pratiques adaptées pour éviter les risques de contamination de la viande et la sécrétion de toxines dues au stress. Par ailleurs, le nom de Dieu doit être prononcé lors de l’égorgement.

    Pour rassurer les musulmans sur la licéité des viandes « hallal » commercialisées, des certificats sont délivrés par quelques grandes mosquées (Paris, Lyon, Evry-Courcouronnes) qui emploient dans les abattoirs et les usines des contrôleurs rituels / sacrificateurs rituels salariés. Plutôt que de travailler par lots successifs avec les risques de mélanges ultérieurs, certaines entreprises industrielles préfèrent que toute la production soit réalisée sous ce contrôle. D’où cette proportion importante de la production au regard de la demande réelle. 

    La décision de la municipalité lyonnaise date de 2006. La question de la viande "hallal" se trouve, ainsi, totalement occultée sous couvert de laïcité, même si on peut s’étonner qu’une minorité impose de fait un comportement alimentaire à l’ensemble d’une population. 

    Sur le plan nutritionnel, les protéines sont apportées par les poissons et les œufs pour un coût équivalent. Devant le risque de carences en fer, vitamine B12… certains parents font observer que les enfants peuvent manger de la viande le soir. C’est cependant oublier que, pour les enfants des familles les plus modestes, le déjeuner du midi à la cantine est souvent le seul véritable repas…

  • Impressions de visite au Salon de l'Agriculture à Paris

    Le Salon International de l'Agriculture de Paris constitue une opportunité pour provoquer des rencontres et organiser des conférences.

    Ce matin, l'Institut de l'Elevage organisait une conférence au titre attrayant : "La Chine, nouvelle frontière pour l'Europe ?". Alors que l'Europe entière tente depuis 3 ans de sortir de la crise, la Chine poursuit une croissance presque insolente au yeux du monde. On y parle de ralentissement puisque depuis 20 ans le taux moyen de croissance est de 10%, mais le taux de 8% prévu pour 2012 laisse rêveur. D'ailleurs, les Chinois poursuivent leurs objectifs et vont envoyer cet été 3 astronautes dans l'espace alors que les Américains ont décidé d'arrêter les vols habités.

    L'objectif du gouvernement chinois reste l'autosuffisance alimentaire mais, avec l'explosion de la demande, la production de produits animaux ne satisfait que la moitié des besoins. Par ailleurs, le taux de transformation des produits agricoles n'est en moyenne que de 30% alors qu'il est des 2/3 en Europe. Par ailleurs, la population se concentre de plus en plus dans les villes et la demande des consommateurs s'y accroit rapidement. Les professionnels agricoles voient donc dans la Chine plus une opportunité qu'un redoutable concurrent. D'ailleurs, pour assurer leurs approvisionnements, certains groupes industriels chinois ont commencé à acheter des fermes et à prendre des participations financières en Nouvelle Zélande, en Australie, en Amérique latine.

    Par ailleurs, le scandale des fraudes sur la composition des poudres de lait infantiles a soulevé une telle émotion chez les parents qui ne sont autorisés à avoir qu'un enfant que le gouvernement chinois a provoqué la fermeture de très nombreuses entreprises laitières -ce dont ont profité quelques grandes entreprises locales- et a accru très fortement les exigences de qualité et de traçabilité. Dans ce domaine, le label "Made in France" sur les emballages est une véritable garantie de qualité très appréciée et un atoût pour les producteurs français et européens.

    Ces opportunités d'affaires ont incité l'Institut de l'Elevage à lancer le n°1 de "Idele-Chine", une lettre électronique de veille et d'analyse de l'économie de l'élevage en Chine.

    J'ai ensuite visité plusieurs halls d'exposition. Première impression d'ensemble : toujours autant de monde (environ 60.000 visiteurs/jour), mais très peu de visiteurs agriculteurs, hormis ceux qui présentent leurs animaux dans les concours. C'est une véritable foire où l'agriculture est l'acteur d'une fête pour les citadins. Peut être est-ce le fait que ce soient les vacances... mais beaucoup de jeunes enfants très attirés par les petits animaux. Les plus grands sont la cible vers laquelle toutes les organisations professionnelles diffusent leurs messages, permettant à certains groupes industriels comme Monsanto de ne pas provoquer la réaction des militants écologistes. Ce grand rassemblement festif est aussi une occasion en or pour les candidats aux élections présidentielles. Tous y passent de longues heures pour exposer leur programme.

    Quant aux produits régionaux, ils sont toujours aussi prisés. Par contre, pour la première fois, il n'y avait pas d'espace pour des exposants étrangers. C'est assez étonnant pour un salon dit "international". Les organisateurs du salon semblent avoir anticipé le discours politique de "manger local", de "produire français". Mais alors, ce salon méritera-t-il encore longtemps le qualificatif "international" ? Ce changement préluderait à une réorientation stratégique pour l'agriculture française dont les partenaires industriels devront tenir compte...

    En sortant, j'ai été interviewé par Jean-Louis Courleux. Ecouter sur
    http://www.courleuxsansfrontieres.com/Michel-Foucault-Secretaire-General-Commission-Internationale-des-Industries-Agricoles-et-Alimentaires-CIIA

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