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  • L’économie inclusive, nouvelle approche pour aider au développement proposée par Emmanuel Faber

    Emmanuel Faber, Danone, développementEmmanuel Faber est vice-président du conseil d'administration et directeur général délégué deDanone. Il est l'auteur, avec Jay Naidoo, syndicaliste sud-africain, d'un rapport commandé par le ministère des Affaires étrangères et remis le 20 juin dernier à Laurent Fabius. Ce texte, intitulé «Innover par la mobilisation des acteurs : 10 propositions pour une nouvelle approche de l'aide au développement », remet profondément en question la façon dont laFrance agit pour le sud. Il sera présenté à la conférence des ambassadeurs, en août.

     

    Interview d’ Emmanuel Faber par Serge Michel, grand reporter au Monde

    Comment se fait-il que le Quai d'Orsay demande un rapport sur l'aide au développement au numéro deux de Danone ?

    Danone a passablement innové en matière d'impact social et environnemental, de gouvernance, de co-création. J'ai porté un certain nombre de ces projets. Chez Danone, j'ai souvent le nez dehors, j'étais par exemple au forum social mondial de Belem en 2009. Pascal Canfin (ministre délégué au développement jusqu'au remaniement du 31 mars) en a entendu parler et nous avons eu des échanges fréquents. Il a dû avoir envie de prolonger la discussion en nous demandant ce rapport, à Jay Naidoo, ancien syndicaliste, ancien ministre du travail de Nelson Mandela, et à moi-même, dans la perspective de la conférence Paris Climat 2015 (Cop 21).

    Il n'est pourtant pas beaucoup question de climat dans votre rapport !

    Beaucoup au contraire, mais après quatre mois de recherche, nous sommes revenus vers Pascal Canfin avec cette conclusion : les enjeux climatiques sont importants, mais inaudibles pour des populations en difficulté. Notre proposition, c'est de viser un développement équitable avant d'être durable. Il ne sera durable que s'il est d'abord équitable. Pour cela, nous pensons qu'il faut concentrer l'aide française sur l'Afrique, ce qui est déjà en partie le cas, et sur cinq thématiques : les femmes dans le développement, la formation des jeunes, l'agriculture familiale, la gestion urbaine et les modèles énergétiques à faible intensité carbone.

    Les termes du rapport sont diplomatiques, mais vos propositions sont assez radicales!

    Nous refaisons un constat, qui est en vérité consensuel : le modèle d'aide publique au développement est à bout de souffle. D'abord en raison des montants, qui sont désormais inférieurs à ceux des transferts d'argent par les migrants, et risquent de devenir marginaux. Mais aussi parce que l'aide publique au développement passe en très grande partie d'Etat à Etat. L'expérience montre que dans bien des cas, cette formule n'est pas le moyen le plus efficace pour que l'argent bénéficie aux acteurs de terrain. Enfin, pour protéger ses marges budgétaires, l'Etat finit par limiter au maximum les risques qu'il prend dans l'aide au développement. Pour son avenir, il est impératif que l'aide publique ait un impact plus qualitatif, plus catalytique, plus durable.

    Notre proposition est de partir d'un postulat : chacun est acteur de son propre développement. Il faut sortir d'une logique d'aide souveraine pour aller vers l'accompagnement des coalitions d'acteurs susceptibles d' avoir un vrai impact sur le terrain. Nous proposons aussi d'utiliser, à cette nouvelle échelle, de vrais outils de mesure de l'impact de l'aide, afin de pouvoir attirer des investisseurs sociaux (fondations privées ou publiques, agences souveraines) avec des outils très innovants, comme les "development impact bonds", un système inventé en Grande Bretagne par Sir Ronald Cohen, qui déclenche le paiement en fonction des résultats. Il faut en effet faire en sorte que l'argent de plus en plus rare des contribuables des pays de l'OCDE soit utilisé si et seulement s'il est vraiment efficace.

    Vous pensez qu'il fautfairetable rase des mécanismes actuels ?

    Non. Nos propositions n'ont pas vocation à remplacer des outils qui existent. Ils ont tissé des relations institutionnelles et diplomatiques qui ont leur importance. Mais on peut imagnier par exemple que 10% des engagements de l'Agence française de développement (AFD), qui sont d'environ 7 milliards d'euros, soient consacrés au financement d'une économie inclusive, dans une logique d'innovation. Nous donnons des dizaines d'exemples de projets qui fonctionnent, comme la replantation de mangrove et de palétuviers au Sénégal ou en Asie, en Inde, en Indonésie, financée par les crédits carbone. Ce sont des dizaines de millions d'arbres plantés, des milliers de tonnes de poisson qui reviennent, des milliers de villages qui vivent mieux. Le secteur privé et les ONGs portent ces coalitions, en assumant la totalité des risques inhérents à ces modèles. Nous proposons que les pouvoirs publics modifient leurs modes d'intervention pour encourager ces nouvelles approches : en introduisant du paiement au résultat, en co-investissant dans des fonds qui financent ces projets d'économie inclusive, en soutenant des coalitions d'acteurs sur des solutions concrètes. Si la France y consacre 500 millions d'euros ces prochaines années, elle aura démontré l'attractivité et la viabilité de ce nouveau modèle, et aura donné envie aux autres de le répliquer.

    Vous donnez de nombreux exemples d'ailleurs. La France est-elle en retard dans l'usage d'outils performants pour l'aide au développement ?

    La France, comme d'autres pays d'Europe continentale, a longtemps considéré l'aide au développement comme une prérogative exclusive de l'Etat. Petit à petit, elle a reconnu la place que devait y tenir la société civile, les ONG, les fondations et la philanthropie. Mais elle tarde en effet à reconnaître une place à l'économie, aux entreprises. Les Anglo-saxons ont au contraire une capacité culturelle, historique, à allier l'institutionnel et les entreprises. Nous avons analysé les programmes de DFID (agence britannique) ou USaid (idem, aux Etats-Unis). Tous les acteurs se posent la question de l'efficacité de l'aide au développement, même si certains sont plus avancés que d'autres. Ce que nous proposons, c'est que l'AFD rejoigne le peloton de tête, mais aussi, dans une logique d'efficacité, qu'elle rassemble des budgets d'aide qui sont parfois éparpillés dans des ministères, au titre de l'assistance technique, afin d'accentuer son rôle d'opérateur principal de l'aide française.

    Vous proposez pour l'aide au développement des outils innovants que la France n'a pas expérimentés chez elle. La formation des jeunes, par exemple, est l'une de vos priorités pour l'Afrique, mais n'est pas un succès en France…

    On ne s'est pas posé la question de cette façon, et rien ne nous semble impossible s'il y a volonté d'innover et que l'innovation est vécue comme une opportunité, pas une menace. Sur le thème de la formation des jeunes en Afrique, on voit que le modèle allemand d'apprentissage dual a été transposé plutôt avec succès. Mais la France aussi a de très bons projets, dont l'un pour les jeunes maliens.

    Mais les social bonds, que vous préconisez, provoqueraient une levée de boucliers s'ils étaient appliqués en France, non ?

    Nous ne parlons pas de la France, mais de projets portés par des communautés en Afrique. Ce qui compte, c'est de savoir si ces schémas ont du sens pour eux ! Si oui, cela marchera. Prenons un exemple. En Ouganda, il y a de l'érosion dans une vallée parce que les gens coupent des arbres sur un coteau. Des sédiments tombent dans la rivière et cela fait perdre 8% de production à l'usine hydroélectrique qui se trouve là, ce qui renchérit l'électricité de la ville la plus proche. Remontons toute la chaîne : replanter des manguiers sur le coteau, sous un couvert forestier. La centrale hydroélectrique est prête à investir en fonction du résultat pour elle. La ville proche, qui voit sa facture d'électricité baisser, peut donc elle aussi investir. En haut de la vallée, les manguiers exploités par une coopérative créent de l'emploi et des exportations. Enfin, si les investisseurs de départ ont pris soin de faire «certifier carbone » ce bassin versant, ils pourront revendre leur crédit carbone dans sept ans et investir ailleurs. Tout cela existe!

    Vous pensez que le secteur privé est plus efficace que l'aide publique?

    Non et Jay Naidoo non plus, lui qui a été engagé dans la lutte syndicale et a été ministre de Nelson Mandela. Nous avons essayé de rendre compte de la richesse que représentaient ces coalitions d'acteurs, pas de classer les acteurs entre eux. Nous pensons que dans bien des cas, les modèles hybrides, intégrant une dimension économique à vocation sociale (ce que nous appelons l'économie inclusive) ont une plus grande chance de résilience que les simples subventions. Vous savez, personne ne détient à soi seul la solution, sinon, on ne serait pas là en train d'en parler. Malgré tous leurs efforts, les gouvernements n'ont pas réussi. Malgré toute leur bonne volonté, les ONG n'ont pas réussi. Malgré toutes leurs capacités, les entreprises n'ont pas réussi. Alors on se met tous autour de la table, on définit des objectifs et chacun engage sa responsabilité.

    … De toutes façons, nous avons la conviction que c'est inéluctable, car le cadre conceptuel actuel de l'aide est à bout de souffle.

  • L’Afrique, un véritable continent émergent à croissance rapide

    FMI, Fonds monetaire international, 

    Le FMI voit la poursuite de la croissance économique de l’Afrique à un taux d’environ 5,5%, comparable à celui de l’Inde, l’un des BRIC. Tel est l’avis exprimé par Roger Nord, Directeur-adjoint du Département Afrique du FMI, lors de la conférence « Perspectives macro-économiques de l’Afrique : maintenir la croissance malgré un environnement mondial plus incertain », conférence pluridisciplinaire organisée par l’AFD. Portée par la hausse des prix des ressources naturelles, cette croissance est surtout marquée depuis 20 ans dans les pays d’Afrique de l’Est, les Etats du Sahel étant confrontés à de fortes contraintes climatiques.

    Si la croissance est une condition nécessaire pour réduire la pauvreté, elle n’est pas suffisante. Le FMI a ainsi relevé qu’à la différence de l’Ouganda, le pouvoir d’achat des plus riches de Tanzanie a progressé de 9% alors que celui des pauvres n’a augmenté que de 3%, par an de 2003 à 2010.

    croissance économique,développement durable,afd,fmi,ouganda,tanzanie,mali,niger,tchad,centre-afrique,concessions,investisseurs,territoires,volatilité,prix,budget,g8,alliancePar ailleurs, la forte volatilité des prix complique la gestion des budgets publics  avec des volumes de recettes fiscales très fluctuantes. Les pays exportateurs de ressources naturelles (coton, huiles, riz..) et/ou minières (or et autres minerais, pétrole) peuvent et doivent constituer des réserves lors des hausses de prix mondiaux pour lisser l’impact des fluctuations. De leur côté, les pays importateurs nets de produits alimentaires doivent constituer des réserves de précaution dans la perspective de ces hausses. Or, la plupart des pays du Sahel qui sont dans cette situation n’ont pas, pour la plupart, les ressources pour ce faire. Confrontés à la vive concurrence des pays asiatiques et sud-américains, selon l'analyse du département recherche de l'AFD, la croissance des exportations de pays comme le Mali, le Niger, le Tchad et la RDC République de Centre-Afrique tend même à ralentir.

    La faible intégration de l’Afrique dans le système financier international explique pourquoi le continent n’a été que peu impacté par la crise financière et que le poids de l’endettement moyen des Etats reste gérable. Gérable pour certains pays grâce aux soutiens de la communauté internationale. En effet, les aides extérieures représentent près la moitié des recettes budgétaires de certains pays, obérant ainsi leur indépendance réelle. Pour s’affranchir des risques liés aux fluctuations financières spéculatives, les pays africains doivent attirer des capitaux stables. D’où la multiplication des contrats de concessions à des investisseurs étrangers pour la mise en valeur de vastes territoires. Ces investisseurs ne sont évidemment pas désintéressés. Mais n’est-ce le propre des projets « gagnant/gagnant ». Les organisations paysannes locales, soutenues par des ONG occidentales, contestent ces contrats et soupçonnent une tentation de recolonisation de l’Afrique. Puisque l’intention est de promouvoir un développement durable de ces territoires, il faut que les populations locales soient impliquées et informées en toute transparence des perspectives, des droits et des engagements de chacun. Les actions envisagées dans le cadre du programme de l’Alliance promu par le Président Obama lors du G8 de Camp David permettront de vérifier que le partenariat public/privé est réaliste et bénéfique pour toutes les parties.

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