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autosuffisance

  • La politique russe de sécurité alimentaire coûte aux personnes à très faibles ressources

    food security index,sécurité alimentaire,La sécurité alimentaire est pour le gouvernement russe à la fois un enjeu de sécurité nationale majeur et un outil d’influence internationale. Il faut rappeler que ce terme («Food Security» in English) s’applique d’abord à l’aspect quantitatif, alors qu’on parle surtout de qualité sanitaire des aliments («Food Safety») pour les aspects qualitatifs. On ne peut en effet parler de qualité que s’il y a quelque chose à manger dans l’assiette ! Plus la part de l'achat de nourriture est importante dans le budget familial (>50%), plus la préoccupation de sécurité alimentaire est prégnante, ce qui est le cas dans la majorité des pays.

    La sécurité alimentaire, un élément de la sécurité nationale

    L’importance de la politique intérieure de sécurité alimentaire a été soulignée en Janvier 2010 avec la signature par le président Medvedev de la «Doctrine de la sécurité alimentaire" qui affirme : «La sécurité alimentaire en Russie fait partie intégrante de la sécurité nationale du pays ». Cette phrase est à la base de la politique agricole russe sur la période 2013-2020.

    La balance commerciale agroalimentaire s’était gravement dégradée dans la première décennie avec un déficit qui avait quintuplé au cours des huit premières années du siècle pour atteindre 25 milliards $ en 2010. Il y avait une forte dépendance vis-à-vis de l’étranger. La part des importations était estimée à 41 % la consommation de viande bovine et à 27 % pour les produits laitiers.

    La nouvelle politique de sécurité alimentaire vise à atteindre 85% d'autosuffisance dans les secteurs de la viande et de la volaille, 90% pour les produits laitiers en 2020. Pour atteindre ces objectifs, la Russie a opté pour la mise en place de quotas d'importation et de fortes subventions pour l’élevage.

    Dès 2011, les quotas de viande porcine importée des USA ont été réduits de 100.000 à 57.000 tonnes et le déficit ramené à 19 milliards $. Par ailleurs, un budget de 58 milliards d’euros sur 7 ans est programmé pour la filière laitière pour soutenir l’augmentation du cheptel, l’entretien des animaux, la restructuration des bâtiments, l’achat de matériels. Surtout, une aide incitative a été prévue pour chaque litre de lait produit. Ainsi, la Russie espère faire décoller sa production et atteindre les 38Mt en 2020.

    Pour satisfaire la demande, toute la filière est mobilisée et attire les investisseurs étrangers. Ainsi Lactalis y exploite 4 usines ; quant à Danone-Unimilk, le groupe s’est engagé à investir 700 millions de dollars $ dans la période.

    L’envers de la médaille : la hausse des prix intérieurs

    babouchka,sécurité alimentaire,russieLes spécialistes avaient prévu que dès 2011 la demande allait en souffrir avec une hausse des prix et une baisse de la consommation de viande de porc. Poutine avait alors dit : "Nous avons pris une décision importante dans les intérêts des producteurs nationaux… Ce n'était pas une décision facile, mais nous l’avons prise en vue de réduire les importations en général et de renforcer l'agriculture familiale."

    Selon Ivan Starikov, professeur à l'Académie russe d’économie nationale et d'administration publique auprès du président de la Fédération de Russie, « la locomotive de l'économie russe s'est enrayée depuis de début de la décennie… la croissance économique est pratiquement nulle et, dans beaucoup de secteurs, on constate une récession. A l'heure actuelle, le déclin économique est très fort et dans ces conditions il est nécessaire de prendre des décisions pour réduire les dépenses publiques. Mais les autorités ne peuvent pas le faire pour des raisons politiques. Dans le même temps, 53 régions du pays connaissent de sérieux problèmes pour payer les salaires des fonctionnaires. »

    En 2013, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 6,2% pendant que la hausse se limitait en moyenne 1,4% dans l’Union Européenne. 

    Comme me l’écrit une moscovite, la photo ci-dessus de la babouchka est très touchante, son visage et ses yeux sont plein de la bonté. Mais en fait, elle est triste. Elle représente de façon très réaliste toutes ces personnes âgées qu’on rencontre dans les supermarchés russes. On voit ainsi des babouchkas ou des dedouchkas (dames et hommes âgés) qui cherchent dans les rayons les conserves aux prix les plus bas pour se nourrir. Certains donnent alors un coup de main à ces personnes dans la gêne en payant payer parfois pour eux eux ou en mettant dans leur panier quelques provisions, pas seulement des conserves et du pain. Malheureusement les pensions des retraités sont quelquefois insuffisantes pour payer le loyer, l’électricité, etc. et il ne leur reste alors rien pour manger !

     

    Les catastrophes naturelles peuvent alors être dramatiques. Anticipant une flambée des prix qui menaçaient après les inondations qui ont frappé cet été l’Extrême-Orient russe, le gouvernement a puisé pour la première fois dans les réserves stratégiques de viande, farine et céréales détenues par l'Agence fédérale des réserves d'Etat (Rosreserv) pour distribuer  dans les régions de Khabarovsk, du Birobidjan et de l'Amour. Toutefois, cette aide n'est pas gratuite : ce sont les régions concernées qui doivent payer ces produits. Les stocks devraient être reconstitués dès cette année.

    Le prolongement de la politique de sécurité alimentaire à l’étranger

    La Russie a présidé le G20 en 2013 et présidera le G8 en 2014. Par la voix du vice-ministre des Affaires étrangères Guennadi Gatilov, elle s’est engagée en novembre 2012 à maintenir la sécurité alimentaire et nutritionnelle parmi les principales priorités internationales, plus particulièrement à soutenir la réforme de la FAO et le Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS) créé en 2011 par le G20.

    La Fédération de Russie a demandé le 31 octobre 2013 son adhésion au FIDA en contribuant pour 6 millions de dollars US au fonds de cette institution financière basée à Rome et dépendant de l’ONU. Son adhésion témoigne de son engagement pour promouvoir la sécurité alimentaire et la nutrition dans un cadre international. Le Fonds groupe 172 membres. Depuis 1978, le FIDA a investi plus de 15 milliards de dollars en subventions et en prêts à faible intérêt aux pays en développement pour des projets pour aider plus de 410 millions de personnes à sortir de la pauvreté, contribuant ainsi à créer des communautés rurales dynamiques.

    Sources : RIA Novosti,
                   Food Security in a Sovereign State-Case of Russia, Internat. Conf, Yale University, 2013

  • Impressions de visite au Salon de l'Agriculture à Paris

    Le Salon International de l'Agriculture de Paris constitue une opportunité pour provoquer des rencontres et organiser des conférences.

    Ce matin, l'Institut de l'Elevage organisait une conférence au titre attrayant : "La Chine, nouvelle frontière pour l'Europe ?". Alors que l'Europe entière tente depuis 3 ans de sortir de la crise, la Chine poursuit une croissance presque insolente au yeux du monde. On y parle de ralentissement puisque depuis 20 ans le taux moyen de croissance est de 10%, mais le taux de 8% prévu pour 2012 laisse rêveur. D'ailleurs, les Chinois poursuivent leurs objectifs et vont envoyer cet été 3 astronautes dans l'espace alors que les Américains ont décidé d'arrêter les vols habités.

    L'objectif du gouvernement chinois reste l'autosuffisance alimentaire mais, avec l'explosion de la demande, la production de produits animaux ne satisfait que la moitié des besoins. Par ailleurs, le taux de transformation des produits agricoles n'est en moyenne que de 30% alors qu'il est des 2/3 en Europe. Par ailleurs, la population se concentre de plus en plus dans les villes et la demande des consommateurs s'y accroit rapidement. Les professionnels agricoles voient donc dans la Chine plus une opportunité qu'un redoutable concurrent. D'ailleurs, pour assurer leurs approvisionnements, certains groupes industriels chinois ont commencé à acheter des fermes et à prendre des participations financières en Nouvelle Zélande, en Australie, en Amérique latine.

    Par ailleurs, le scandale des fraudes sur la composition des poudres de lait infantiles a soulevé une telle émotion chez les parents qui ne sont autorisés à avoir qu'un enfant que le gouvernement chinois a provoqué la fermeture de très nombreuses entreprises laitières -ce dont ont profité quelques grandes entreprises locales- et a accru très fortement les exigences de qualité et de traçabilité. Dans ce domaine, le label "Made in France" sur les emballages est une véritable garantie de qualité très appréciée et un atoût pour les producteurs français et européens.

    Ces opportunités d'affaires ont incité l'Institut de l'Elevage à lancer le n°1 de "Idele-Chine", une lettre électronique de veille et d'analyse de l'économie de l'élevage en Chine.

    J'ai ensuite visité plusieurs halls d'exposition. Première impression d'ensemble : toujours autant de monde (environ 60.000 visiteurs/jour), mais très peu de visiteurs agriculteurs, hormis ceux qui présentent leurs animaux dans les concours. C'est une véritable foire où l'agriculture est l'acteur d'une fête pour les citadins. Peut être est-ce le fait que ce soient les vacances... mais beaucoup de jeunes enfants très attirés par les petits animaux. Les plus grands sont la cible vers laquelle toutes les organisations professionnelles diffusent leurs messages, permettant à certains groupes industriels comme Monsanto de ne pas provoquer la réaction des militants écologistes. Ce grand rassemblement festif est aussi une occasion en or pour les candidats aux élections présidentielles. Tous y passent de longues heures pour exposer leur programme.

    Quant aux produits régionaux, ils sont toujours aussi prisés. Par contre, pour la première fois, il n'y avait pas d'espace pour des exposants étrangers. C'est assez étonnant pour un salon dit "international". Les organisateurs du salon semblent avoir anticipé le discours politique de "manger local", de "produire français". Mais alors, ce salon méritera-t-il encore longtemps le qualificatif "international" ? Ce changement préluderait à une réorientation stratégique pour l'agriculture française dont les partenaires industriels devront tenir compte...

    En sortant, j'ai été interviewé par Jean-Louis Courleux. Ecouter sur
    http://www.courleuxsansfrontieres.com/Michel-Foucault-Secretaire-General-Commission-Internationale-des-Industries-Agricoles-et-Alimentaires-CIIA

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