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  • La valeur nutritionnelle affichée des denrées alimentaires peut être trompeuse parce que simplifiée

    Le règlement européen 1169/2011 rend obligatoire l’affichage de la valeur nutritionnelle des denrées alimentaires depuis le 13 décembre 2014. Les valeurs sont mentionnées sous la responsabilité de l’exploitant du nom sous lequel sont commercialisées les denrées. Or, estimer la valeur nutritionnelle n’est pas aussi simple qu’il y parait.

    valeur nutritionnelle,aliments,denrées,affichageLa valeur nutritionnelle varie selon de nombreux facteurs (âge, sexe, métabolisme individuel, caractéristiques du microbiote intestinal, rythme et horaires des prises alimentaires, stress…).

    Les bases de l’évaluation nutritionnelle des denrées

    Les denrées ne contiennent pas seulement des éléments nutritifs, bien que ceux-ci représentent plus de 90% de la matière sèche (MS) du produit (glucides, protéines, lipides, vitamines et minéraux).

    Sans compter les éléments allergènes, elles contiennent également des éléments sans « vocation nutritionnelle » ou pouvant même présenter un caractère "antinutritionnel" (fibres, tanins…)

    L’analyse chimique globale permet de caractériser les principaux composants qui représentent un « potentiel nutritionnel ». Mais ces composants ne sont pas utilisables en totalité. Différentes pertes digestives et métaboliques ont lieu lors de la prise alimentaire.

    L’évaluation de la digestibilité des nutriments selon la méthode du bilan digestif permet d’approcher l’utilisation réelle des nutriments.

    L’énergie brute d’une denrée correspond à l’énergie contenue dans la matière organique et dégagée lors de la combustion dans une bombe calorimétrique.

    Une partie de cette énergie brute ingérée ne franchit pas la barrière intestinale ou n’est pas métabolisé et est excrétée par voie fécale ou urinaire, voire gazeuse sous forme de méthane. On peut donc, pour l’homme comme pour le porc, mesurer l’énergie digestible par différence entre l’énergie brute et cette énergie excrétée. Pour tenir compte de la part d’énergie utilisée pour le dépôt protéique dans les muscles, il est possible d’établir un bilan azoté nul pour faciliter la comparaison de l’énergie digestible entre individus à des stades physiologiques différents (enfant, adolescent, adulte, senior).

    La mesure de la digestibilité de l’azote et des acides aminés est complexe

    Les acides aminés contenus dans les protéines alimentaires sont digérés, puis absorbés tout au long de l’intestin grêle. Ceux qui ne sont pas absorbés sont remaniés lors des fermentations microbiennes dans le caecum et le colon.

    L’influence des microorganismes intestinaux sur la valeur des coefficients d’utilisation digestive des protéines alimentaires est donc très importante au niveau fécal.

    Les acides aminés qui atteignent la fin de l’iléon n’ont plus d’intérêt nutritionnel. Pour évaluer la digestibilité des acides aminés, la mesure doit donc être faite dans la partie terminale de l’iléon. Cette mesure nécessite une préparation chirurgicale pour la pose d’une canule. Cette préparation chirurgicale est opérée en station expérimentale sur le porc. On imagine qu’il y a peu de candidats humains pour se prêter à cette mesure…

    Les avancées méthodologiques d’évaluation et leurs limites

    Les expérimentations menées sur des groupes d’animaux depuis plusieurs décennies par de multiples équipes de chercheurs et par les entreprises montrent combien le sujet est complexe. Les méthodes classiques sont lourdes et coûteuses.

    Des scientifiques de l’INRA, du CIRAD, de l’ITAVI, d’ARVALIS – Institut du Végétal et le groupe PROVIMI ont travaillé de 2011 à 2014 pour mettre au point une méthode d’évaluation de la digestibilité de l’aliment chez le poulet basée sur l’utilisation de la spectroscopie dans le proche infrarouge. La méthode offre une plus grande souplesse pour un moindre coût et est en cours d’expérimentation chez le porc.

    La comparaison des résultats obtenus en station expérimentale et en élevage montre une cohérence entre les estimations des digestibilités de l’amidon, de l’azote et de la matière grasse.

    Par contre, selon les sources, des écarts existent pour l’évaluation de la valeur énergétique des nutriments.

    De plus, si les conditions d’ingestion des aliments sont standardisables chez les animaux d’élevage, il n’en est pas de même chez les êtres humains.                    

     

    Source : Revue IAA n°11/12 2014

  • Le Cirad et l’INRA unissent leurs forces pour repenser la sécurité alimentaire mondiale

    D’ici la fin du siècle, la sécurité alimentaire restera un défi majeur pour faire face à la croissance démographique, aux changements climatiques, à l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, aux répartitions inéquitables...

    Cirad,recherche, securité alimentaire
    Le Cirad et l’Inra ont décidé d’unir leurs forces pour explorer des pistes innovantes dans le cadre du méta-programme pluriannuel de recherche GloFoodS en lien avec
    l’IRD et les écoles françaises d’agronomie.


    INRALa sécurité alimentaire mondiale constitue un enjeu majeur : nourrir durablement, sainement et équitablement tous les humains, dont le nombre avoisinera les dix milliards à l’horizon 2050.

     


    Selon la définition proposée par la Conférence Mondiale de l’Alimentation de 1996, la sécurité alimentaire repose sur quatre piliers :

    ·                       la disponibilité ( aspect productif et quantitatif) ;

    ·                       l’accès avec la capacité de produire sa propre alimentation ou de l’acheter ;

    ·                       la qualité de l’alimentation, du point de vue nutritionnel, sanitaire, gustatif; socio-culturel ;

    ·                       la régularité des disponibilités, fonction de l’accès à l’alimentation et de sa qualité.

     «La recherche a longtemps privilégié l’aspect de la disponibilité, sous l’angle quantitatif, observe Etienne Hainzelin, co-directeur Cirad du méta-programme.Désormais, il est nécessaire de s’intéresser aux trois autres piliers mais aussi surtout aux relations qui existent entre ces piliers.» Leméta-programme GloFoodSse focalisera donc sur les interfacesentre la sécurité alimentaire et les nombreux autres éléments.

     

    Quatre grandes questions et relations local/global

    ·                       Comment la gouvernance de la sécurité alimentaire affecte-t-elle les pratiques agricoles et l’usage des terres ?

    ·                       En quoi les transitions alimentaires – les façons de consommer - affectent-elles l’équation des besoins alimentaires, les pratiques agricoles et l’usage des terres ?

    ·                       Comment l’évolution des pratiques et des systèmes de la production agricole affecte les transitions alimentaires et l’accès à l’alimentation des ménages ?

    ·                       Comment les pratiques de production agricole interagissent avec l’efficience et la durabilité des procédés agro-alimentaires, en particulier ce qui concerne les pertes et gaspillages ?

     Le Cirad apportera sa connaissance internationale des terrains, de la diversité des contextes, des ménages ou encore des liens entre les petits producteurs du Sud ; l’Inra, avec son expérience française, celle sur les questions de nutrition et de la transformation.

    Il s’agira de s’interroger par exemple sur les liens existant entre le changement des modes de consommation, voire leur impact sur la nutrition et les changements agricoles, ou encore sur les liens existant entre les situations de pauvreté au sein des ménages et les politiques globales sur la sécurité alimentaire.

     

    Le méta-programme s’appuiera notamment sur les études Agrimonde et DuaLine réalisées précédemment ou encore Agrimonde Terra en cours et qui concerne les relations entre sécurité alimentaire et usage des terres. AgroFoodS s’appuie sur une cellule de pilotage de quatorze spécialistes du Cirad et de l’Inra.

     

    Source : CIRAD

  • La guerre des huiles végétales est engagée

    Palm oil fruits

    Les critiques à l’égard de l’huile de palme sont restées longtemps du domaine des idées. A titre d’exemple, on peut citer l’intervention d’Alain Rival, chercheur du CIRAD, qui titrait son intervention en 2010 lors d’un symposium international à Montpellier « Huile de palme, les idées reçues ont la peau dure…».

    Le 20 mars 2012, l’agence de presse Ecofin a publié un article intitulé « La guerre de l’information autour de l’huile de palme ». A la lecture du communiqué de lAssociation interprofessionnelle du palmier à huile de Côte d’Ivoire (AIPH) et au vu d’un spot publicitaire du Malaysian Palm Oil Council, le journaliste se demandait s’il s’agissait d’une nouvelle phase dans la guerre de l’information autour de l’huile de palme.

    Dans les colonnes d’Agro-Media, la chronique de Jean Tatouin du 18 avril était intitulée «Bientôt la fin de l’huile de palme ?». Il concluait en remarquant que « les arguments sont nombreux afin de renoncer à l’huile de palme ou, au moins, privilégier une huile durable et certifiée ».

    Ces débats alimentent maintenant une véritable guerre économique contre cette huile qui, en quelques décennies, est devenue la première au monde devant celles de soja, de colza, de tournesol et autres huiles alimentaires. Après un débat médiatique vigoureux, les adversaires ont en effet trouvé des alliés institutionnels aux Etats-Unis, alliés qui veulent protéger le marché intérieur des biocarburants évalué à 25 millions de tonnes en 2012.

    Pour ne pas être en infraction avec les règles de l’OMC, la meilleure arme réside dans les normes. C’est ainsi que l’Agence américaine pour la Protection de l’Environnement (EPA) a prévu que les émissions de gaz à effet de serre des biodiesels doivent être au moins inférieures de 20% à celles du pétrole. Estimant que celles de l’huile de palme ne seraient que de 17%, l’EPA l’a écartée de la liste des biocarburants répertoriés au Renewable Fuels Standard (RFS).

    Si l’EPA a clos sa consultation publique le 27 avril, le débat entre scientifiques ne l’est pas pour autant. Certains relèvent que l’estimation américaine se fonde sur la transformation de tourbières en plantations spécialisées. L’observation est exacte à court terme. Mais c’est oublier qu’un palmier est productif durant 25 ans, avec un maximum de rendement entre 8 et 13 ans. L’impact doit être évalué sur l’ensemble du cycle. La hauteur des arbres en production interdit par ailleurs l’exploitation mécanisée. Une étude au Cameroun en 2009 a montré ainsi qu’il faut compter 2 à 4 personnes par hectare. On comprend l’enjeu pour les pays producteurs, tous situés en zone tropicale : c’est ainsi que 5 millions d’indonésiens vivent de la production d’huile de palme

    De même, les grandes organisations non-gouvernementales de protection de l’environnement (symbolisé dans le cas particulier par l’orang-outang de Sumatra) adoptent des stratégies différentes vis-à-vis des entreprises : Rainforest veut protéger de manière radicale la forêt et la biodiversité alors que WWF promeut un management de la filière responsable et durable (RSPO), celui-ci incluant donc des critères socio-économiques. A court terme, le WWF pousse le gouvernement indonésien à faire cesser la conversion des tourbières et forêts primaires en plantations de palmiers à huile, et à planifier l'utilisation des terres déjà défrichées. Le succès de la stratégie de WWF est encore limité puisque la part de l’huile de palme sous logo RSPO ne représente encore que 11% des utilisations en Europe. Néanmoins, il atteint déjà 35% pour la fabrication de margarine et plusieurs grands groupes tels qu’Unilever se sont engagés à ce que toutes leurs utilisations soient certifiées en 2015.

    En fait, on peut s’interroger sur les mobiles des différents acteurs et les grands enjeux. La production mondiale a atteint le record de 50,3 millions de tonnes en 2011 dont 23,9 millions en Indonésie, 18,9 en Malaisie, 15 millions en Chine. Si les échanges internationaux représentent 70% de la production, le marché à 90% alimentaire est essentiellement asiatique puisque les principaux utilisateurs sont dans l’ordre l’Inde avec 6,7 millions de tonnes, l’Indonésie etla Chine 6,2 chacun, l’Europe 5,4 etla Malaisie 2 millions de tonnes. En Afrique, berceau du palmier à huile, la production y reste majoritairement traditionnelle et artisanale hormis au Nigeria, au Cameroun et en Cote d’Ivoire.

    Le palmier à huile dispose d’un atout agronomique majeur : son efficacité pour transformer l’énergie solaire en calorie nutritionnelle. En Indonésie, un hectare produit en moyenne 3,6 tonne/ha d’huile et le rendement y progresse du seul fait de la jeunesse des plantations, les surfaces plantées étant passée en 10 ans 2,2 à 6,6 millions d’hectares et devraient atteindre 7,3 millions ha en 2013.

    Si on ajoute les projets de raffineries pour le biocarburant en Malaisie et à Singapour, le dynamisme de la demande asiatique est tel qu’il entraînera le développement de la production de l’huile de palme. Il y a même là une opportunité pour les pays africains qui commencent à être prospectés par les grandes firmes asiatiques. Aux responsables de ces pays de faire en sorte de saisir cette opportunité de manière responsable. Il n’y a certes pas d’orangs-outangs dans la forêt équatoriale africaine humide, mais il faudra gérer les territoires dans une perspective durable et de manière responsable à l’égard des populations locales.

    MF 

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