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défi démographique

  • 9 milliards d’hommes, un défi pour demain et pour chacun de nous

     

    Les présidents de l’INRA et du CIRAD abordent ensemble l’un des deux enjeux majeurs avec l’énergie que le monde doit résoudre dans les 40 prochaines années. Cet horizon est proche puisque tous les étudiants actuels seront encore en âge d’être considérés comme actifs !

     

    Marion Guillou, Présidente de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), et Gérard Matheron, Président du Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD viennent en effet de publier un ouvrage commun :
    « 9 milliards d’hommes à nourrir, un défi pour demain » édité par F. Bourin.

     

    Nous serons plus de 7 milliards d’êtres humains vivant sur terre avant la fin de cette année et il faudra nourrir 2 milliards d’habitants de plus en 2050. La grande majorité des agronomes estiment que c’est possible. Mais, pour éviter un véritable cataclysme humanitaire avec des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants confrontés à la faim, les dirigeants des deux principaux instituts de recherche agronomique français estiment qu’il est indispensable de changer nos habitudes de production et de consommation. 

     

    Le G20 a inscrit la gestion des prix agricoles à son ordre du jour. Cependant les décisions politiques pour redonner à l’agriculture l’importance nécessaire ne suffiront pas. Les Occidentaux constituent un modèle pour de nombreux pays en développement. S’ils copient notre mode de consommation et nos gaspillages individuels et collectifs, les hordes de la faim se formeront inéluctablement et déstabiliseront toutes les institutions.

     

    On peut se réjouir de l’avancée de la démocratie avec le « printemps arabe ». Mais celui-ci ne se serait certainement pas développé de la même manière s’il n’y avait pas eu auparavant la flambée des prix des produits alimentaires de base en 2008 et 2010. Les responsables politiques qui ne l’ont pas compris assez tôt ont été les premières victimes, comme les nobles français qui n’avaient pas compris les conséquences de la disette et de la flambée du prix du pain après le terrible hiver de 1788-89… 

     

    On estime que les pertes de produits agricoles et les gaspillages de produits alimentaires représentent 1/3 de la production. Il est donc théoriquement possible d’alimenter une population 30% plus nombreuse par la simple réduction de ces pertes et gaspillages. Surtout si, dans le même temps, on améliore encore les rendements. 

    Mais c’est oublier la dynamique de la demande. En effet si au fur et à mesure que leur pouvoir d’achat s’améliore – ce qui ne serait que justice - les Chinois, les Indiens, les Brésiliens, les Nigérians… consomment autant de viande et de poisson que les Européens, les Nord-Américains et les Japonais, la production agricole ne saura satisfaire la demande totale. La tension sur les prix sera inéluctable et les produits alimentaires deviendront inabordables pour les personnes à bas revenu. Il faut leur offrir un modèle moderne et durable.

    Les agronomes préconisent de développer en priorité la production agricole de proximité. Cette proposition a le double avantage d’être globalement plus respectueuse de l’environnement en diminuant l’impact des transports et d’élever le revenu des producteurs. C’est oublier les pauvres qui habitent en ville et qui, sans revenu, sont les premiers à manifester leur inquiétude pour survivre. Or, les 2 milliards d’habitants supplémentaires vivront pour l’essentiel dans les agglomérations urbaines, en particulier en Inde et en Afrique. Lors des flambées des prix alimentaires, ils forment un terreau privilégié pour nourrir les tentations terroristes et toutes les aventures politiques.

     

    Il ne s’agit pas que nous nous transformions en végétariens puisque nous sommes naturellement omnivores. Mais nous devons rapidement changer notre comportement. S’il y a autant d’obèses et de personnes en surpoids dans le monde qu’il y a de personnes qui souffrent de la faim et de sous-nutrition, c’est qu’il y a un problème évident. 

     

    Il est toujours difficile de changer ses habitudes. Les responsables politiques et les chefs d’entreprises doivent avoir le courage de promouvoir ce changement. Notre tranquillité et notre sécurité en dépendent, sinon même tout simplement notre santé. Au lieu de faire des régimes qui sont plus déstabilisants qu’autre chose, cessons de grignoter, mangeons de tout un peu à un rythme régulier et bougeons au moins une demi-heure chaque jour. Ce sera bénéfique pour tous !

     

  • Défi démographique en Afrique, incertitudes et urgence

    Nous serons 7 millions d’humains dès le mois prochain et près de 10 milliards en 2100. Un tiers d’entre eux sera alors africain.

    L’INED a choisi cette période estivale pour diffuser les résultats de son étude prospective sur la population mondiale en 2100, résultats dont se sont fait écho de nombreux journaux et sites sur Internet.

    Comme le souligne l’INED, les marges d’incertitudes sont faibles pour 2050. Même les pandémies comme les famines régionales et les pandémies telles que le SIDA ont un faible impact sur la population totale. En effet, celle-ci résulte essentiellement de la différence entre le taux de fécondité des femmes et le taux de mortalité, facteurs qui évoluent très lentement.

    Par contre, sur une très longue période, l’impact devient extrêmement important et une extrapolation serait vite absurde : avec la fécondité actuelle de 2,5 enfants/femme, celle-ci donnerait une population de 134.000 milliards d’êtres humains en 2300 !!! Cependant, il ne faut pas s’inquiéter car avec l’allongement de l’espérance de vie et donc le vieillissement de la population féminine, le taux de fécondité va mécaniquement diminuer. Par contre, il faut se souvenir qu’à long terme, si le taux moyen de fécondité est inférieur à 2 enfants/femme, l’espèce humaine est vouée à la disparition ! La gestion de l’équilibre démographique est donc très délicat.

    Une chose est sure : le taux de fécondité des femmes d’Afrique noire reste encore très élevé (une nigérienne a en moyenne actuellement 7 enfants, une somalienne 6,4, une congolaise 6,1… contre 1,6 en Europe) alors que l’espérance de vie des africains s’élève progressivement. Résultat : la population de l’Europe de la Russie et de la Chine va diminuer pendant que celle de l’Afrique va passer de 1 milliard d’habitants en 2011 à 2,3 milliards en 2050 et 3,5 milliards en 2100, voire avant cette date, sur une population mondiale de 9 à 10 milliards.

    Le poids des différents pays sera véritablement bouleversé par rapport à ce que nous connaissons. Avec plus de 430 millions d’habitants en 2050, le Nigeria sera le 3ème pays le plus peuplé derrière l’Inde (1.700 millions) et la Chine (1.300 millions) alors que l’ensemble de l’Europe ne pèsera guère plus de 510 millions d’habitants. Il faudra compter avec le Congo de Kinshasa et ses 150 millions d’habitants, avec 138 millions de Tanzaniens, 123 millions d’Egyptiens…

    Alors que l’opinion publique est aujourd’hui mobilisé par la famine qui menace plusieurs millions de Somaliens et de Kenyans du fait de la sécheresse mais aussi de l’insécurité qui règne dans cette région d’Afrique, il est urgent de réfléchir aux modalités du développement économique global de l’Afrique sub-saharienne, tant des villes que des campagnes. En 2050, Lagos sera l’agglomération la plus populeuse du monde. Les autres capitales risques de devenir autant de foyers d’instabilité politique. 

    Le continent africain est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises à cause de ses richesses minières et pétrolières mais aussi de son potentiel agronomique encore très sous-exploité. Des fonds d’investissements et des opérateurs d’Asie et du Moyen-Orient tentent d’assurer leurs propres approvisionnements par des concessions contractuelles conclues avec les gouvernements africains actuels. Mais n’est-ce pas préparer les conditions d’une révolution d’indignés africains ?

    En l’absence de pouvoirs politiques démocratiques forts –ce dont bénéficient les grands pays actuels- le défi posé en Afrique par l’évolution démographique est au moins aussi complexe que celui du réchauffement climatique.
    Il est urgent que des chercheurs de tous pays et de tous domaines scientifiques se mobilisent pour identifier les évolutions régionales très probables à l’horizon 2050 et pour faire des propositions d’actions à l’ensemble des gouvernants de ce monde en concertation étroite avec les responsables africains.

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