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démographique

  • La sécurité alimentaire sera au menu des J.O. de Londres

    logo, JO 2012

    Lors du compte rendu du G8 et du Sommet de l’OTAN qu’il a fait devant la Chambre des Communes, le Premier Ministre britannique Cameron a annoncé qu’il va organiser un événement majeur sur le thème de la sécurité alimentaire pendant les Jeux Olympiques qui se dérouleront cet été à Londres.

    Le Premier Ministre a défendu l’initiative de « Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition » (New Alliance for Food Security and Nutrition ) lancée par le Président Obama. En partenariat avec plusieurs dizaines d’entreprises privées, cette initiative a l’ambition de sortir 50 millions d’Africains à sortir de la pauvreté dans les dix prochaines années. M. Cameron a ensuite confirmé devant les députés que, contrairement à ce qui a pu être dit, le Royaume-Uni respecte ses engagements d’aides.

    Si les détails de l’événement annoncé sont encore inconnus, il est certain qu’avec leur audience populaire mondiale les Jeux Olympiques sont une opportunité incomparable pour communiquer sur les enjeux de la sécurité alimentaire, condition indispensable à la sécurité civile. Il suffit pour s’en persuader, d’observer la situation actuelle dans le Sahel.

    Certaines organisations de producteurs africains contestent le bien-fondé de l'initiative lancé par Obama, comme d'ailleurs les programmes comme celui d'AGRA auquel s'est associé la Fondation Bill Gates et tous ceux qui impliquent des entreprises. Elles considèrent que la révolution verte africaine ne réussira que si elle est menée par les paysans africains aux-mêmes. Il est certain que rien ne pourra être fait sans eux. Il est dommage que certains s'interdisent tout action en partenariat. L'explosion démographique en Afrique, en particulier dans les grandes agglomérations, impose d'urgence d'y instaurer une véritable sécurité alimentaire.

  • Après avoir vu l’émission « Rendez-vous en Terre inconnue » en Ethiopie

    Frédéric Lopez a fait découvrir à l’actrice Zabou Breitman et, le 8 mai, aux téléspectateurs de France 2, la vie d’une tribu Nyangatom qui vit aux confins de l’Ethiopie, près de la frontière du Soudan du Sud. L’excellente émission « Rendez-vous en Terre inconnue » n’est pas un documentaire ethnographique. Son caractère « aventure » est plutôt une aventure intérieure vécue pendant deux semaines par une personnalité. Pour Zabou Breitman, elle a été l’événement qui l’a la plus marquée après la naissance de son enfant. Selon elle, « il n’a pas changé ma vie, mais il m’a incité à prendre du recul pour identifier ce qui est le plus important, les gens n’étant finalement pas très différents de nous ».

    Ethiopie, Terre inconnue, Frederic Lopez, Zabou Breitman,

     

     

     

    Quelques observations en tant que téléspectateur sur cette séquence pétrie d’humanité :

    -         le cadre naturel de vie du village est semi-désertique (pas un brin d’herbe et le petit bétail se nourrit du feuillage des arbustes) ;

    -         l’affluent voisin du Nil charrie une importante quantité d’alluvions latéritiques peu propice à la vie halieutique;

    -         les Nyangatom se sont adaptés à ce milieu par une vie pastorale semi-nomade, la tribu d’accueil de l’émission ayant découvert très récemment l’intérêt de l’agriculture. L’occupation du territoire est très extensive : la parcelle cultivée est située à15 km du village et les pâturages à 2 jours de marche ;

    -    le bétail est à la fois un capital social qui exprime l'importance du chef de village et une réserve alimentaire en cas de besoin;

    -    les ravageurs qui s'attaquent aux cultures sont nombreux, non seulement avant la récolte mais probablement aussi après faute d'installations de stockage appropriées; 

    -         le degré d’armement des gardiens du troupeau, chacun étant doté d’une arme de guerre moderne alors qu’il n’y a pas d’autre prédateurs majeurs que les voisins qualifiés d’ennemis !..

    -         la forte segmentation sociale avec une multitude d’interdits sociaux entraîne une forte différenciation des régimes alimentaires : au village, les femmes et enfants mangent une bouillie de sorgho au lait de chèvre matin, midi et soir alors que les hommes affectés au gardiennage du troupeau consomment un mélange de sang frais et lait de zébu...

    Chacun aura pu relever le nombre d’enfants dans le village. Les Nyangatom sont polygames mais la dynamique démographique trouve sa source dans le comportement des femmes : ce sont elles qui prennent l’initiative en disant au mari « je veux de l’argent », expression qui signifie « je veux un enfant »… L’émission a montré des séquences fortes et intéressantes. Les téléspectatrices auront pu imaginer la force de la mère qui a accouché seule de Zabou dans sa case alors qu’en France les sages-femmes n’ont pas le droit de pratiquer d’accouchement à domicile ! 
    Les commentaires émis par Frédéric Lopez lors de la réunion des chefs de tribus pour rechercher un accord de paix au sein de l’ethnie, montrent combien il est difficile de construire une vie paisible dans un milieu naturel hostile. Enfin, il est dommage qu’aucune allusion n’ait été faite aux croyances de ce peuple et qu’il n’ait pas été indiqué à combien d’heures de marche est installée l’école. 

    M.F. 

  • La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont intimement liées

    Le VIe Forum mondial de l’eau est l’occasion de faire le point sur la gestion de l’eau, élément naturel indispensable à toutes les formes de vie sur cette terre. Ce nutriment est en effet si vital que l’on meurt beaucoup plus rapidement de soif que de faim.

    Après sa reconnaissance par l’ONU en juillet 2010, le droit universel de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement a été confirmé à Marseille par les représentants de 130 pays présents, à l’exception de quelques pays d’Amérique latine qui souhaitaient que l’eau soit déclarée en plus "ressource non privatisable". On peut écouter ici l'interview exclusif par Jean-Louis Courleux de M. Bruno Le Maire, Ministre de l'agriculture français.

    L’accent mis sur l’accès à l’eau potable se justifie par les enjeux sanitaires puisque l’eau est en même temps un vecteur de diffusion de nombreux microorganismes et produits polluants dangereux pour la santé. Les eaux insalubres sont d’ailleurs la première cause de mortalité dans le monde avec 3,6 millions de victimes par an, soit un mort toutes les 10 secondes, dont une majorité d'enfants.

    L’objectif du millénaire de réduire de moitié le nombre d'habitants sans eau potable d'ici 2015 par rapport à 1990 a été atteint dès 2010, contrairement à celui de réduire la faim dans le monde. Il n’empêche que, selon les derniers rapports de l'OMS, de l'Unicef et de l'ONU, 800 millions de personnes vivent encore sans accès à l'eau potable et 2,5 milliards sans installations sanitaires de base.

    De plus, il n’est pas sûr que cette eau soit « potable », avec une qualité conforme aux normes des pays développés. Par ailleurs, sur 3,8 milliards de personnes ayant accès à l'eau du robinet, près d’un milliard n'en disposent que quelques heures par jour, voire quelques jours par semaine. Enfin, 14% des africains n’ont à boire que l'eau des rivières, étangs ou lacs qu'ils partagent avec les animaux. 

    La gestion de l’eau est très complexe

    Pour établir un bilan global, les experts utilisent depuis une vingtaine d’années le concept d’eau « virtuelle » pour tenir compte du fait que l'eau est recyclable, que la même eau est utilisée plusieurs fois. De nombreux facteurs sont à prendre en compte :

    - L’eau, comme l’air, est un élément vital pour tous les êtres humains alors qu'ils ne peuvent accéder facilement qu’à 0,3% de l’eau douce disponible. Etant indispensable à la vie, elle ne peut pas être traitée comme une marchandise parmi d’autres. Son utilisation doit être rationnelle et solidaire. Les paysans de l’Antiquité l’avaient déjà compris en organisant des « tours d’eau », ancêtres des syndicats d’irrigation ;

    - L’accès à l’eau est si vital que la répartition géographique des populations s’est organisée depuis l’Antiquité près des sources, des cours d’eau et dans des plaines où la nappe phréatique est proche. Or, l’explosion démographique humaine des deux derniers siècles a entrainé une densification des populations qui excède les disponibilités naturelles dans certaines régions;

    - En inondant les parties basses des vallées et les deltas des fleuves, l'eau peut être à la fois bénéfique avec l'apport dans les zônes cultivées des limons arrachés plus haut et simultanément source de risques massifs pour les vies humaines et les biens dans les zônes urbanisées; 

    - L’eau est un produit très pondéreux. Le coût de son transport et de sa distribution est une forte contrainte. Il existe certes des solutions techniques innovantes capables de produire massivement de l’eau potable (dessalement par microfiltration de l’eau de mer pour les régions côtières) mais elles sont coûteuses et énergivores. Les régions tropicales bénéficient d'une importante pluviométrie alors que les besoins y sont beaucoup plus faibles que dans les régions tempérées ;

    - La disponibilité en eau varie très fortement selon les climats régionaux qui sont conditionnés par la latitude, le relief, le régime des vents et des courants océaniques... Les changements climatiques prévisibles vont accroître les écarts. Cette inégalité géographique est une contrainte et les tensions entre voisins risquent de devenir tels que l’accès à l’eau soit la source de conflits violents. Ce risque est d’autant plus grand que les habitants des pays soumis au stress hydrique le plus intense sont parmi les plus pauvres de la planète ;

    - Les termes de « consommation » et « eaux usées » donnent à penser que l’eau n’est plus disponible après usage. Or, cet élément est constamment recyclable. Les experts utilisent d’ailleurs le concept de « cycle de l’eau ». Il vaudrait mieux utiliser le terme « utilisation ». En effet, outre son usage pour l’irrigation qui n’a pas besoin de recourir à de l’eau potable si le sol est bien drainé (les microorganismes qui y vivent ont un fort pouvoir dépolluant), la qualité initiale de l’eau peut être reconstituée par électrolyse. Dans les situations les plus rudimentaires, les paysans pauvres font bouillir l’eau prélevée dans les mares et rivières. Finalement, il s’agit d’un problème de bilan énergétique ;

    - La consommation d’eau comme boisson n’est qu’une très faible partie de l’usage de l’eau, en particulier dans les pays développés. Les Suisses viennent d’évaluer leur « empreinte » réelle. Officiellement, chaque Suisse consomme 162 litres/jour pour la boisson, l'hygiène corporelle, la cuisine et l'entretien ménager, soit 10% de plus que la moyenne mondiale. Mais, en réalité, un Suisse utilise 4.200 litres/jour, soit 25 fois plus que ce qu’enregistre son compteur familial ;

    - L’eau est le liquide le plus abondant sur terre. Ses propriétés physiques sont variées : c’est un solvant ; comme tous les liquides, il est incompressible, etc. De ce fait, l’eau a des usages multiples, le plus récent étant l’extraction du pétrole et du gaz de schiste. Au total, l’industrie représente de 15 à 20% des utilisations globales de l’eau ;

    - La production agricole concentre la majeure partie de l’utilisation de l’eau (81% pour les Suisses, 86% pour les Français). Sachant que la production agricole doit augmenter de 70% pour assurer la sécurité alimentaire mondiale d’ici 2050, les besoins en eau s’accroîtraient d’au moins 55% si l’efficience des systèmes d’irrigation et la lutte contre les pertes poursuivent leur progression au rythme actuel ;

    - Les échanges internationaux des produits agricoles équivalent à des exportations et des importations d’eau. En exportant 1 tonne de riz, la Thaïlande exporte l’équivalent de 2.000 m3 d’eau. Les pays qui exportent leurs fruits tropicaux font de même. A contrario, l’Egypte importe un volume d’eau équivalent en important du blé européen et américain. De même, en important 1 tonne de viande de bœuf d’Argentine, l’Europe importe l’équivalent de 15.400 m3 d’eau. Ainsi, globalement, 82% de l'empreinte des Suisses sur le cycle de l'eau provient de l'étranger ;

    - L’eau obéit naturellement à la loi de la gravité et s'écoule de l'amont vers l'aval. Par ailleurs, les limites des bassins versants coïncident très rarement avec les frontières des Etats. Lorsque ce bassin est découpé entre plusieurs Etats (cf. en particulier le Nil, l’Euphrate, le Tigre, le Jourdain, le Niger, le Danube…), se pose le problème de la répartition de la ressource, les Etats situés à l’amont étant tentés de capter et d’utiliser le maximum de l’eau qui circule sur leur territoire. Cette contrainte et les échanges « virtuels » internationaux justifient la proposition émise par plusieurs pays de promouvoir une « véritable gouvernance mondiale de l'eau » serait une première étape très pertinente vers « une gouvernance mondiale de l'environnement ». L’un des premiers objectifs tel qu’exprimé par le Saint Siège à cette gouvernance rejoint en quelque sorte le vœu exprimé par le Ministre de Bolivie puisqu’il serait de « garantir une primauté de la politique, responsable du bien commun, sur l’économie et la finance ».

    Deux critères d’évaluation

    La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont étroitement liées. Du fait des implications environnementales, sociales, économiques et politiques, je propose de retenir deux critères majeurs d’évaluation dans la gestion de l’eau :

    - un critère éthique visant à une juste répartition de l’accès pour tous

    - un critère d’efficacité visant à réduire les pertes et tous les gaspillages

    Michel Foucault

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