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  • L'innovation frugale, une voie de développement aussi en agroalimentaire

    De plus en plus d’économistes soulignent que les populations pauvres peuvent être une source d’inspiration pour innover et sortir par le haut de la crise. Ils préconisent de partir de la base de la pyramide des ressources (Bottom of Pyramid - BoP), changer de paradigme pour s’ouvrir aux innovations frugales, c’est-à-dire faire de manière durable plus avec moins.

    Le BoP remet en cause les acquis, les représentations, les idéologies. Les clients pauvres deviennent des forces de proposition avec leurs stratégies alternatives de consommation.  Les projets BoP sont souvent vus par les entreprises industrielles comme un espace expérimental, y compris collaboratif, pour renouveler la conception des produits, le développement de nouveaux services, l’organisation du travail.

    innovation frugale,ingénierie frugale,jugaad,jeitinho,zizhu changxin,jua kali,bipbop,L’innovation frugale repose sur trois principes clés à respecter : la frugalité, l'agilité, et l'inclusivité.

    L'approche frugale est surtout un état d’esprit.

    Carlos Ghosn , PDG de Renault-Nissan, a conçu le terme "ingénierie frugale" en 2006 pour inciter les équipes R&D du constructeur à penser low cost.


    Pour Emmanuel Faber, CEO de Danone "c'est une source d'innovation, car cela relocalise nos recettes, nous permet d'innover dans nos solutions nutritionnelles, mais aussi dans les process de fabrication, dans notre façon de travailler de façon inclusive avec les populations locales".

    Force est cependant de constater que le contexte des pays émergents, où les pauvres sont nombreux et les contraintes fortes, lui est plus favorable.

    Les Indiens qualifient cette approche de jugaad, du terme populaire hindi qui peut se traduire par "solution innovante, improvisée, née de l'ingéniosité et de l'intelligence" ou art du système D. De leur côté, les Brésiliens ont leur propre terme : jeitinho, les Chinois l'appellent zizhu chuangxin, les Kenyans jua kali.

    L’exemple du modèle équatorien

    Le président socialiste équatorien Rafael Correa défend un développement productiviste frugal. Parfaitement francophone, il vient chaque année dans les amphis des grandes écoles françaises (Sorbonne, Sciences-Po…) exposer son projet politique du « Bien vivre » et ses solutions originales à la crise économique, sociale et environnementale.

    Sa politique est en complète rupture avec le dogme européen de l’austérité et de l’inféodation à la finance pour restaurer les équilibres budgétaires nationaux. Malgré les pressions du FMI, il a réussi à renégocier sa dette dans des conditions acceptables. Plutôt que des coupes dans les dépenses publiques, il a multiplié les investissements publics dans les infrastructures et a mis en œuvre des programmes de redistribution sans remettre en cause la législation sociale. Résultat : le taux d’extrême pauvreté a chuté de 16,9 % à 8,6 % en six ans avec un taux de croissance parmi les plus élevés d’Amérique latine.

    Les exemples industriels qui touchent à la Food supply chain

    Schneider Electric, dans le cadre de son programme BipBop (acronyme de "Business, Innovation & People at the Base of the Pyramid") a mis au point In-Diya, un éclairage à base de LED et les microcentrales Villasol de production électrique alimentées en énergie solaire.

     

    innovation frugale,ingénierie frugale,Q-DrumQ-Drum est un containeur en polyethylène conçu en Afrique du Sud sous forme de roue aux multiples usages. Des enfants peuvent aisément tracter ce container de 50 litres pour transporter de l’eau.  Plus volumineux et rempli d’eau, il peut même servir pour niveler un champ après le labour… 

    La société indo-américaine Prakti Design a analysé les différentes façons de manger et de cuisiner dans le monde et a constaté que les fours rudimentaires sont à l'origine de nombreuses maladies respiratoires graves dans les pays en voie de développement. Pour y remédier, elle a conçu des fours de cuisson innovants dans leurs formes, robustes, et réduisant jusqu'à 90% l'émission de fumées noires toxiques.

    En Inde, le lait de collecte n'est pas toujours assez riche et il faut y ajouter de l'amidon naturel, souvent importé. Pour remédier à cela, Danone a appris à fermenter d'autres sources de protéines que celles du lait de vache, par exemple, la lentille, dont la viscosité remplace l'amidon.

    Mitticool,réfrigérateurMitticool a conçu un réfrigérateur en argile qui ne nécessite aucune source d’énergie puisque fonctionnant sur le principe de l’évaporation de l’eau. Il permet d’entreposer 5 kg de fruits et légumes, 20 litres d’eau et 5 bouteilles de lait ou tout autre boisson pendant 2 à 3 jours sans dégradation de leur qualité en conservant leur goût original.
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    Source : « L'Innovation Jugaad - Redevenons Ingénieux ! »  par Navi Radjouet Jaideep Prabhu Jaideep Prabhu (Ed. Diateino, 2013)

  • Le marché de la restauration à un euro se développe en Espagne

    Un euro. Un chiffre rond, facile à retenir et encore plus facile à payer. Une seule pièce est nécessaire. Rapide et simple. Ce prix est devenu la nouvelle promotion de différentes marques alimentaires, à mi-chemin entre la réponse à la crise de la consommation et le marketing.

    Euroking,Burger King,restaurationUn tour dans les rayons de supermarché démontre le développement des offres à 1 € : packs de saucisses, pains et de yaourts. Des chaînes de restaurants fast-food comme Burger King, McDonald ou Rodilla offrent également des produits à ce prix.

    Danone estime que c'est une façon de s'adapter aux problèmes économiques des ménages espagnols. "Après des années de crise, nous sommes sensibles aux attentes des consommateurs», explique Alvaro Bordas, directeur des relations institutionnelles de la marque. Il affirme que le marché exige des prix plus bas sans baisser la qualité.

    Les habitudes d'achat ont également changé. «Aujourd'hui, la voiture n'est plus remplie tous les 15 jours" observe Jésus Alonso, responsable innovation chez Nestlé en précisant. "Pour le consommateur, les produits à un euro permettent de mieux contrôler son budget» 

    El Pozo, avec ses jambons, salamis, saucisses, et autres produits, estime que la situation économique a obligé les entreprises à s'adapter aux besoins et au pouvoir d'achat des familles. Unilever, avec ses marques Flora ou Frigo, a également cherché à s'adapter aux exigences  des consommateurs. «Nous devons offrir des alternatives intéressantes pour ce prix", affirme Ana Palencia, directeur de la communication en Espagne.

    Les chaînes de restaurants prennent le chiffre de 1 euro comme outil de communication et de marketing. Burger King a mis deux ans pour sortir sa gamme de 11 produits EuroKing. Cette initiative a permis d'atteindre de nouveaux clients qui identifient un plus grand éventail de l'offre.

    Rodilla cherche également de nouvelles niches de clientèle. Angel Fernandez, directeur commercial et du développement de cette entreprise de 75 ans, précise que la chaine «a dû changer son image de marque et  recherche un nouveau profil de consommateur».

    Rodilla veut attirer les moins de 35 ans, jusqu'ici très éloignés de ses sandwicheries. L'offre permet d'introduire d'autres produits connus des consommateurs. "Nous avons plus de 600"

    Une question : l’offre à 1 € est-elle viable à long terme ?

    Bien qu'aucun chiffre soit donné, beaucoup s'accordent à dire que les ventes de ces produits fonctionnent très bien. Même si elles peuvent sembler n'être que des promotions de court terme, toutes les marques estiment que ces offres persisteront. C'est ce que déclare Palencia, la représentante d'Unilever : "Notre intention est de toujours les garder quand elles fonctionnent et satisfont le consommateur".

    Cependant, Alonso de Nestlé convient que le problème est la hausse des coûts de production de ces produits à un euro qui peut les rendre non viables à l'avenir.

    Pour l'instant, les étiquettes à 1 € sur les paquets ou sur les promotions de Burger King et d'autres marques vont continuer à s'afficher dans les rues et les supermarchés espagnols.

    Les plats "faits maison" pour une pièce de monnaie

    Nostrum,restauration,catalogneManger le plat préparé à la maison n'est plus une option pour de nombreux travailleurs dans notre pays. La gamelle est l'option la plus utilisée, mais certaines entreprises proposent quelque chose de différent pour seulement un euro ! C'est le cas de Nostrum, une chaîne de cuisine catalane franchisée qui propose une "cuisine maison" pour ce prix.

    Déjeuner traditionnel de substitution. C'est le terme technique du secteur dans lequel se situe la société Nostrum à Sant Vicent de Castellet (Barcelone). Nous travaillons pour " les gens qui ne veulent plus cuisiner», explique le fondateur Quirze Salomo.

    Nostrum fonctionne comme un club. L'adhérent paie un abonnement annuel de 5 euros (3 lors du lancement) qui  donne droit à des plats pour la moitié du prix normal, avec une gamme de menus à 1, 2 et 3 euros.

    Créée en 1998, Nostrum a adopté fin 2012 ce modèle économique en offrant un produit à très bas coût. La chaine compte actuellement 80 établissements franchisés, dont 60 ouverts en 2013. Son fondateur estime qu'il "a démocratisé l'industrie." Quant aux prix, Salomo fait valoir qu'il ya une explosion de la publicité qui inonde les clients. Il voit l'avenir avec optimisme et projette d'ouvrir de nouvelles franchises avec des plats à 1 euro.

    Source : Cinco Dias

  • L’économie inclusive, nouvelle approche pour aider au développement proposée par Emmanuel Faber

    Emmanuel Faber, Danone, développementEmmanuel Faber est vice-président du conseil d'administration et directeur général délégué deDanone. Il est l'auteur, avec Jay Naidoo, syndicaliste sud-africain, d'un rapport commandé par le ministère des Affaires étrangères et remis le 20 juin dernier à Laurent Fabius. Ce texte, intitulé «Innover par la mobilisation des acteurs : 10 propositions pour une nouvelle approche de l'aide au développement », remet profondément en question la façon dont laFrance agit pour le sud. Il sera présenté à la conférence des ambassadeurs, en août.

     

    Interview d’ Emmanuel Faber par Serge Michel, grand reporter au Monde

    Comment se fait-il que le Quai d'Orsay demande un rapport sur l'aide au développement au numéro deux de Danone ?

    Danone a passablement innové en matière d'impact social et environnemental, de gouvernance, de co-création. J'ai porté un certain nombre de ces projets. Chez Danone, j'ai souvent le nez dehors, j'étais par exemple au forum social mondial de Belem en 2009. Pascal Canfin (ministre délégué au développement jusqu'au remaniement du 31 mars) en a entendu parler et nous avons eu des échanges fréquents. Il a dû avoir envie de prolonger la discussion en nous demandant ce rapport, à Jay Naidoo, ancien syndicaliste, ancien ministre du travail de Nelson Mandela, et à moi-même, dans la perspective de la conférence Paris Climat 2015 (Cop 21).

    Il n'est pourtant pas beaucoup question de climat dans votre rapport !

    Beaucoup au contraire, mais après quatre mois de recherche, nous sommes revenus vers Pascal Canfin avec cette conclusion : les enjeux climatiques sont importants, mais inaudibles pour des populations en difficulté. Notre proposition, c'est de viser un développement équitable avant d'être durable. Il ne sera durable que s'il est d'abord équitable. Pour cela, nous pensons qu'il faut concentrer l'aide française sur l'Afrique, ce qui est déjà en partie le cas, et sur cinq thématiques : les femmes dans le développement, la formation des jeunes, l'agriculture familiale, la gestion urbaine et les modèles énergétiques à faible intensité carbone.

    Les termes du rapport sont diplomatiques, mais vos propositions sont assez radicales!

    Nous refaisons un constat, qui est en vérité consensuel : le modèle d'aide publique au développement est à bout de souffle. D'abord en raison des montants, qui sont désormais inférieurs à ceux des transferts d'argent par les migrants, et risquent de devenir marginaux. Mais aussi parce que l'aide publique au développement passe en très grande partie d'Etat à Etat. L'expérience montre que dans bien des cas, cette formule n'est pas le moyen le plus efficace pour que l'argent bénéficie aux acteurs de terrain. Enfin, pour protéger ses marges budgétaires, l'Etat finit par limiter au maximum les risques qu'il prend dans l'aide au développement. Pour son avenir, il est impératif que l'aide publique ait un impact plus qualitatif, plus catalytique, plus durable.

    Notre proposition est de partir d'un postulat : chacun est acteur de son propre développement. Il faut sortir d'une logique d'aide souveraine pour aller vers l'accompagnement des coalitions d'acteurs susceptibles d' avoir un vrai impact sur le terrain. Nous proposons aussi d'utiliser, à cette nouvelle échelle, de vrais outils de mesure de l'impact de l'aide, afin de pouvoir attirer des investisseurs sociaux (fondations privées ou publiques, agences souveraines) avec des outils très innovants, comme les "development impact bonds", un système inventé en Grande Bretagne par Sir Ronald Cohen, qui déclenche le paiement en fonction des résultats. Il faut en effet faire en sorte que l'argent de plus en plus rare des contribuables des pays de l'OCDE soit utilisé si et seulement s'il est vraiment efficace.

    Vous pensez qu'il fautfairetable rase des mécanismes actuels ?

    Non. Nos propositions n'ont pas vocation à remplacer des outils qui existent. Ils ont tissé des relations institutionnelles et diplomatiques qui ont leur importance. Mais on peut imagnier par exemple que 10% des engagements de l'Agence française de développement (AFD), qui sont d'environ 7 milliards d'euros, soient consacrés au financement d'une économie inclusive, dans une logique d'innovation. Nous donnons des dizaines d'exemples de projets qui fonctionnent, comme la replantation de mangrove et de palétuviers au Sénégal ou en Asie, en Inde, en Indonésie, financée par les crédits carbone. Ce sont des dizaines de millions d'arbres plantés, des milliers de tonnes de poisson qui reviennent, des milliers de villages qui vivent mieux. Le secteur privé et les ONGs portent ces coalitions, en assumant la totalité des risques inhérents à ces modèles. Nous proposons que les pouvoirs publics modifient leurs modes d'intervention pour encourager ces nouvelles approches : en introduisant du paiement au résultat, en co-investissant dans des fonds qui financent ces projets d'économie inclusive, en soutenant des coalitions d'acteurs sur des solutions concrètes. Si la France y consacre 500 millions d'euros ces prochaines années, elle aura démontré l'attractivité et la viabilité de ce nouveau modèle, et aura donné envie aux autres de le répliquer.

    Vous donnez de nombreux exemples d'ailleurs. La France est-elle en retard dans l'usage d'outils performants pour l'aide au développement ?

    La France, comme d'autres pays d'Europe continentale, a longtemps considéré l'aide au développement comme une prérogative exclusive de l'Etat. Petit à petit, elle a reconnu la place que devait y tenir la société civile, les ONG, les fondations et la philanthropie. Mais elle tarde en effet à reconnaître une place à l'économie, aux entreprises. Les Anglo-saxons ont au contraire une capacité culturelle, historique, à allier l'institutionnel et les entreprises. Nous avons analysé les programmes de DFID (agence britannique) ou USaid (idem, aux Etats-Unis). Tous les acteurs se posent la question de l'efficacité de l'aide au développement, même si certains sont plus avancés que d'autres. Ce que nous proposons, c'est que l'AFD rejoigne le peloton de tête, mais aussi, dans une logique d'efficacité, qu'elle rassemble des budgets d'aide qui sont parfois éparpillés dans des ministères, au titre de l'assistance technique, afin d'accentuer son rôle d'opérateur principal de l'aide française.

    Vous proposez pour l'aide au développement des outils innovants que la France n'a pas expérimentés chez elle. La formation des jeunes, par exemple, est l'une de vos priorités pour l'Afrique, mais n'est pas un succès en France…

    On ne s'est pas posé la question de cette façon, et rien ne nous semble impossible s'il y a volonté d'innover et que l'innovation est vécue comme une opportunité, pas une menace. Sur le thème de la formation des jeunes en Afrique, on voit que le modèle allemand d'apprentissage dual a été transposé plutôt avec succès. Mais la France aussi a de très bons projets, dont l'un pour les jeunes maliens.

    Mais les social bonds, que vous préconisez, provoqueraient une levée de boucliers s'ils étaient appliqués en France, non ?

    Nous ne parlons pas de la France, mais de projets portés par des communautés en Afrique. Ce qui compte, c'est de savoir si ces schémas ont du sens pour eux ! Si oui, cela marchera. Prenons un exemple. En Ouganda, il y a de l'érosion dans une vallée parce que les gens coupent des arbres sur un coteau. Des sédiments tombent dans la rivière et cela fait perdre 8% de production à l'usine hydroélectrique qui se trouve là, ce qui renchérit l'électricité de la ville la plus proche. Remontons toute la chaîne : replanter des manguiers sur le coteau, sous un couvert forestier. La centrale hydroélectrique est prête à investir en fonction du résultat pour elle. La ville proche, qui voit sa facture d'électricité baisser, peut donc elle aussi investir. En haut de la vallée, les manguiers exploités par une coopérative créent de l'emploi et des exportations. Enfin, si les investisseurs de départ ont pris soin de faire «certifier carbone » ce bassin versant, ils pourront revendre leur crédit carbone dans sept ans et investir ailleurs. Tout cela existe!

    Vous pensez que le secteur privé est plus efficace que l'aide publique?

    Non et Jay Naidoo non plus, lui qui a été engagé dans la lutte syndicale et a été ministre de Nelson Mandela. Nous avons essayé de rendre compte de la richesse que représentaient ces coalitions d'acteurs, pas de classer les acteurs entre eux. Nous pensons que dans bien des cas, les modèles hybrides, intégrant une dimension économique à vocation sociale (ce que nous appelons l'économie inclusive) ont une plus grande chance de résilience que les simples subventions. Vous savez, personne ne détient à soi seul la solution, sinon, on ne serait pas là en train d'en parler. Malgré tous leurs efforts, les gouvernements n'ont pas réussi. Malgré toute leur bonne volonté, les ONG n'ont pas réussi. Malgré toutes leurs capacités, les entreprises n'ont pas réussi. Alors on se met tous autour de la table, on définit des objectifs et chacun engage sa responsabilité.

    … De toutes façons, nous avons la conviction que c'est inéluctable, car le cadre conceptuel actuel de l'aide est à bout de souffle.

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