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  • L'ento-raffinerie, une démarche surprenante des chercheurs de l’INRA

    insectes,desirable,entomophagie,ento-raffinerie,bio-raffinerie,inra,viet-nam,benin,mexique,australie,élevage,poulets,poissons,samir mezdour,sabrina teyssier,frederic marion-poll,agronomePlus de 1.600 espèces d’insectes sont consommées par l’homme dans le monde et l’inventaire n’est pas exhaustif. Comme le relèvent les chercheurs de l’INRA, qu’ils vivent en Viet-Nam, au Benin, au Mexique ou en Australie, plus de 2 milliards d’habitants sur quatre continents consomment déjà des insectes crus, grillés, bouillis ou frits. Commercialisés frais, séchés, fumés ou en conserves, ils sont issus de captures ou des élevages artisanaux mais aucune filière de production à grande échelle n’a encore été créée. Or, personne en Europe ne sait encore produire des insectes à l’échelle industrielle et la recherche s’y intéresse depuis peu.


    Les orientations de recherches de l’INRA pour d’ici 2020 sont guidées par un objectif majeur : qu’en 2050, le monde mange sainement et durablement. Pour cela, 4 chantiers scientifiques prioritaires ont été identifiés :

    ·         Améliorer les performances économiques, sociales et environnementales de l’agriculture

    ·         Assurer des systèmes alimentaires sains et durables

    ·         Valoriser la biomasse

    ·         Atténuer le réchauffement climatique et s’y adapter

    La nutrition humaine étant le vecteur qui offre la plus grande valeur ajoutée de manière durable, on aurait pu penser qu’un programme de recherche parmi les plus innovants aura pour objectif d’optimiser les connaissances actuelles.

    En effet, bourrés de protéines et de bonnes matières grasses, les insectes seraient l’alimentation idéale, nutritive et écologique pour satisfaire une population en croissance sur des surfaces de terres cultivables en constante diminution. La FAO recommande même leur consommation ! Produire un kilo de bœuf nécessite en effet dix kilos de maïs, tandis qu'il ne faut qu'un kilo de maïs pour produire un kilo d'insectes

    Les laboratoires publics et privés du projet configurent des élevages à petite échelle, formulent la composition nutritionnelle et travaillent sur l’hygiène de l’aliment. Les coûts de production sont actuellement prohibitifs mais les premières pistes sont très encourageantes. De plus, l’extraction et la séparation des protéines et de la chitine des insectes est un véritable défi technologique.

    Le choix prioritaire de l’INRA : l’ento-raffinerie pour l’alimentation animale

    insectes,desirable,entomophagie,ento-raffinerie,bio-raffinerie,inra,viet-nam,benin,mexique,australie,élevage,poulets,poissons,samir mezdour,sabrina teyssier,frederic marion-poll,agronomeDepuis janvier 2013, les chercheurs de 5 laboratoires coordonnés par Samir Mezdour dans le cadre du projet quinquenal « Desirable » conçoivent ce qu’ils surnomment la bio-raffinerie de demain, capable de fabriquer des tonnes de protéines d’insectes pour les poulets et poissons d’élevage.

    Les scientifiques doivent imaginer les conditions économiquement viables d’élevage massif d’insectes, la formulation d’une farine optimale qui entrera dans l’alimentation des poissons ou des poulets, le bilan environnemental de ce nouvel élevage ainsi que la réaction des consommateurs.

    Pour le coordinateur du projet, « d’ici 2016, on a grand espoir de voir dans les auges de la farine d’insecte ! » Le menu mouches-vers de farine conviendra-t-il aux poissons et aux poulets ? Deux laboratoires de l’Inra étudient les caractéristiques nutritives et physicochimiques des farines d’insectes et leur impact sur la croissance des animaux. Une autre équipe se penche sur l’analyse sensorielle et l’appétence de ces farines pour les animaux. Sans oublier l’autre bout de la chaîne, le consommateur final. « Nous anticipons l’arrivée sur le marché de ces poissons et poulets nourris aux farines d’insectes : combien les consommateurs Occidentaux seront-ils prêts à payer et quels sont les mécanismes d’incitation pour changer les comportements ? » s’interroge Sabrina Teyssier économiste à l’Inra.

    2 espèces faciles à élever ont été choisies : le ver de farine, Tenebrio molitoret la mouche soldat Hermetia illucens. Le premier est élevé à l’échelle pré-industrielle pour les animaleries et la consommation humaine, et il a des besoins en température et en humidité très modestes. La seconde est capable de consommer des déchets carnés et du lisier : c’est le spécimen « développement durable » de l’INRA pour produire des protéines issues de déchets valorisables en alimentation animale ! Comme à l’époque pour le ver à soie, envisager une production industrielle de ces insectes nous engage dans un processus de domestication et c’est une aventure passionnante car il va falloir adapter et inventer de nouvelles techniques d’élevage, de nourrissage, d’extraction de protéines …» s’enthousiasme le chercheur Frédéric Marion-Poll.

    Mais on peut encore se demander pourquoi s’efforcer encore d’introduire un maillon supplémentaire dans la chaîne alimentaire. La culture d’agronome est décidément très puissante au sein de l’INRA. Le pire, c’est que ce modèle alimentaire risque d’être une nouvelle référence de « progrès » pour les consommateurs des pays du Sud qui consomment déjà couramment des insectes ! Est-ce servir ainsi au bien commun de l’humanité ? Je me le demande…

    Source : INRA

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