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  • La guerre des huiles végétales est engagée

    Palm oil fruits

    Les critiques à l’égard de l’huile de palme sont restées longtemps du domaine des idées. A titre d’exemple, on peut citer l’intervention d’Alain Rival, chercheur du CIRAD, qui titrait son intervention en 2010 lors d’un symposium international à Montpellier « Huile de palme, les idées reçues ont la peau dure…».

    Le 20 mars 2012, l’agence de presse Ecofin a publié un article intitulé « La guerre de l’information autour de l’huile de palme ». A la lecture du communiqué de lAssociation interprofessionnelle du palmier à huile de Côte d’Ivoire (AIPH) et au vu d’un spot publicitaire du Malaysian Palm Oil Council, le journaliste se demandait s’il s’agissait d’une nouvelle phase dans la guerre de l’information autour de l’huile de palme.

    Dans les colonnes d’Agro-Media, la chronique de Jean Tatouin du 18 avril était intitulée «Bientôt la fin de l’huile de palme ?». Il concluait en remarquant que « les arguments sont nombreux afin de renoncer à l’huile de palme ou, au moins, privilégier une huile durable et certifiée ».

    Ces débats alimentent maintenant une véritable guerre économique contre cette huile qui, en quelques décennies, est devenue la première au monde devant celles de soja, de colza, de tournesol et autres huiles alimentaires. Après un débat médiatique vigoureux, les adversaires ont en effet trouvé des alliés institutionnels aux Etats-Unis, alliés qui veulent protéger le marché intérieur des biocarburants évalué à 25 millions de tonnes en 2012.

    Pour ne pas être en infraction avec les règles de l’OMC, la meilleure arme réside dans les normes. C’est ainsi que l’Agence américaine pour la Protection de l’Environnement (EPA) a prévu que les émissions de gaz à effet de serre des biodiesels doivent être au moins inférieures de 20% à celles du pétrole. Estimant que celles de l’huile de palme ne seraient que de 17%, l’EPA l’a écartée de la liste des biocarburants répertoriés au Renewable Fuels Standard (RFS).

    Si l’EPA a clos sa consultation publique le 27 avril, le débat entre scientifiques ne l’est pas pour autant. Certains relèvent que l’estimation américaine se fonde sur la transformation de tourbières en plantations spécialisées. L’observation est exacte à court terme. Mais c’est oublier qu’un palmier est productif durant 25 ans, avec un maximum de rendement entre 8 et 13 ans. L’impact doit être évalué sur l’ensemble du cycle. La hauteur des arbres en production interdit par ailleurs l’exploitation mécanisée. Une étude au Cameroun en 2009 a montré ainsi qu’il faut compter 2 à 4 personnes par hectare. On comprend l’enjeu pour les pays producteurs, tous situés en zone tropicale : c’est ainsi que 5 millions d’indonésiens vivent de la production d’huile de palme

    De même, les grandes organisations non-gouvernementales de protection de l’environnement (symbolisé dans le cas particulier par l’orang-outang de Sumatra) adoptent des stratégies différentes vis-à-vis des entreprises : Rainforest veut protéger de manière radicale la forêt et la biodiversité alors que WWF promeut un management de la filière responsable et durable (RSPO), celui-ci incluant donc des critères socio-économiques. A court terme, le WWF pousse le gouvernement indonésien à faire cesser la conversion des tourbières et forêts primaires en plantations de palmiers à huile, et à planifier l'utilisation des terres déjà défrichées. Le succès de la stratégie de WWF est encore limité puisque la part de l’huile de palme sous logo RSPO ne représente encore que 11% des utilisations en Europe. Néanmoins, il atteint déjà 35% pour la fabrication de margarine et plusieurs grands groupes tels qu’Unilever se sont engagés à ce que toutes leurs utilisations soient certifiées en 2015.

    En fait, on peut s’interroger sur les mobiles des différents acteurs et les grands enjeux. La production mondiale a atteint le record de 50,3 millions de tonnes en 2011 dont 23,9 millions en Indonésie, 18,9 en Malaisie, 15 millions en Chine. Si les échanges internationaux représentent 70% de la production, le marché à 90% alimentaire est essentiellement asiatique puisque les principaux utilisateurs sont dans l’ordre l’Inde avec 6,7 millions de tonnes, l’Indonésie etla Chine 6,2 chacun, l’Europe 5,4 etla Malaisie 2 millions de tonnes. En Afrique, berceau du palmier à huile, la production y reste majoritairement traditionnelle et artisanale hormis au Nigeria, au Cameroun et en Cote d’Ivoire.

    Le palmier à huile dispose d’un atout agronomique majeur : son efficacité pour transformer l’énergie solaire en calorie nutritionnelle. En Indonésie, un hectare produit en moyenne 3,6 tonne/ha d’huile et le rendement y progresse du seul fait de la jeunesse des plantations, les surfaces plantées étant passée en 10 ans 2,2 à 6,6 millions d’hectares et devraient atteindre 7,3 millions ha en 2013.

    Si on ajoute les projets de raffineries pour le biocarburant en Malaisie et à Singapour, le dynamisme de la demande asiatique est tel qu’il entraînera le développement de la production de l’huile de palme. Il y a même là une opportunité pour les pays africains qui commencent à être prospectés par les grandes firmes asiatiques. Aux responsables de ces pays de faire en sorte de saisir cette opportunité de manière responsable. Il n’y a certes pas d’orangs-outangs dans la forêt équatoriale africaine humide, mais il faudra gérer les territoires dans une perspective durable et de manière responsable à l’égard des populations locales.

    MF 

  • L’avenir de l’agriculture intimement lié à celui du secteur agroalimentaire

    Stephane Le FollFinalement, la FNSEA, principal syndicat des agriculteurs, a été entendue : le gouvernement de Jean-Marc Eyrault comprend un « ministre de l’agriculture et de l’agroalimentaire ». Qui plus est le nouveau ministre, Stéphane Le Foll, breton membre du Parlement européen, est la personnalité socialiste qui connait le mieux les questions agricoles au niveau européen. Ses compétences reconnues par les responsables du secteur seront utiles au regard des négociations communautaires sur la réforme de la PAC et sur le budget prévues fin 2012 début 2013. Par ailleurs, il est sensible à la notion de filière puisqu’il avait créé, avec Edgard Pisani et plusieurs chercheurs, un groupe de réflexion dit « Saint Germain »  avec l’ambition de repenser le projet agricole.

    L’agroalimentaire était déjà dans le domaine de compétence du ministère de l’agriculture, mais simplement avec un service de la stratégie agroalimentaire au sein de l’une de ses directions alors qu’une direction générale était dévolue à l’alimentation. 

    La contractualisation mise en place non sans difficultés en 2011-2012 entre les différents maillons des filières agroalimentaires visait à donner plus de pouvoir de négociation aux agriculteurs dans la perspective de la réforme de la PAC en 2013. Cette contractualisation est restée cantonnée aux filières lait et fruits et légumes.

    Une grande partie du surplus commercial agroalimentaire français est généré par les céréales et le secteur des vins et spiritueux. Face à l'efficacité des concurrents, les autres filières doivent innover en s’appuyant sur les divers atouts naturels régionaux et se mobiliser de manière concertée si elles veulent satisfaire les marchés des pays émergents et retrouver le chemin de la croissance.

    M.F.

  • Les entreprises de 1ère transformation des œufs paient le prix fort du bien-être des poules pondeuses

    Certains diront qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Mais ceux qui travaillent dans les casseries d’œufs subissent aujourd’hui l’insuffisante coordination de la filière.

    oeufsSelon le SNIPO, faute de pouvoir payer les aviculteurs, le n°1 espagnol a été liquidé, deux entreprises allemandes sont en redressement judiciaire ainsi que le morbihanais Atlantic Ovo avec une période d’observation de six mois. 

    Quant aux entreprises utilisatrices d’ovo-produits (en particulier les fabricants de pâtes et pâtisseries aux œufs) elles auront constaté que les prix a doublé en un trimestre.

    En cause : non pas la hausse du prix des aliments pour volailles, mais la chute brutale de la production d’œufs par suite d’une exigence réglementaire européenne.

    Or cette exigence européenne a été publiée en juillet 1999, il y a 12 ans, pour améliorer les conditions d’élevage en cage des poules pondeuses. L’échéance du 1er janvier 2012 mentionnée dans la directive 1999/74/CE et adoptée par le Conseil des Ministres de l’Agriculture paraissait alors lointaine. Elle laissait le temps nécessaire aux producteurs pour adapter leurs poulaillers.

    Pourtant, le 19 mars 2010, dans sa réponse à une question posée par le député de Moselle Michel Liebgott, le ministre français a confirmé « les éleveurs doivent prendre les dispositions nécessaires pour que, dès le 1er janvier 2012, aucune cage non aménagée ne subsiste. Au 1er janvier 2010, environ 40 % des élevages sont déjà passés aux nouvelles normes. Il n'est pas envisagé de demander une dérogation à la mise en place de cette nouvelle mesure prévue au 1er janvier 2012. Le plan de modernisation des bâtiments d'élevage a été inscrit dans la nouvelle programmation du plan de développement rural hexagonal et, dans ce cadre, les interventions des collectivités territoriales sont ouvertes à l'ensemble des filières de production animale. Les producteurs de poules pondeuses peuvent ainsi bénéficier d'une aide des collectivités locales pour la modernisation de leurs bâtiments d'élevage. »

    Faute d’une concertation suffisante entre les aviculteurs et les casseurs d’œufs, il manque 10% de production pour satisfaire la demande des industriels de produits élaborés. D’où la flambée des prix des œufs pour l’industrie. Les experts estiment qu’il faudra un semestre pour que le marché retrouve son équilibre. Mais d’ici cet automne, faute de trésorerie et de pouvoir répercuter le coût des oeufs, plusieurs PME spécialisées n’auront pu résister à la crise et auront disparu. 

    M.F. 

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