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francophonie

  • Quand les écoles d’ingénieurs francophones s’éveilleront. Sera-t-il trop tard ?

    Tous les responsables politiques des pays développés ou émergents savent que la compétitivité se jouent dans la compétence des hommes. De plus, toutes les analyses montrent que les efforts en formation bénéficient du meilleur retour sur investissement.

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    Internet a totalement bouleversé les rapports sociaux et est en passe de révolutionner les méthodes pédagogiques. Les fondateurs de la Francophonie l’avaient compris en créant à Montréal en 1961 l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), un réseau qui compte aujourd’hui 779 établissements d'enseignement supérieur et de recherche francophones présents dans 94 pays.

    On doit cependant constater que les écoles françaises d’ingénieurs ne proposent aucune formation à distance diplômante de niveau Master dans le cadre de l’Agence. A fortiori, les écoles d’ingénieurs d’agronomie françaises en sont absentes. Par ailleurs, dans le domaine des sciences de la vie et de la terre, les offres d’enseignement supérieur à distance proposées par des universités françaises concernent toutes le secteur de la santé.

    Dans les domaines agricole et alimentaire, seul l’Institut Agronomique de Tunis fait une proposition de préparation à un Master recherche en « Valorisation Alimentaire et Gestion durable des ressources animales (VAGDRA) » http://foad.refer.org/article1138.html. De plus, il est programmé sur un modèle proche de l’organisation pédagogique universitaire traditionnelle pour des groupes de 15 apprenants… et l’Agence universitaire de la Francophonie n’accordera que 5 allocations d’études à distance pour l’année universitaire 2012-2013 !

    Des initiatives pédagogiques américaines de rupture

    Dans le même temps, les plus grandes universités américaines rivalisent d’innovations. L’article rédigé par Camille Rosay et Sébastien Rouif, conseillers scientifiques au consulat de France à San Francisco, est particulièrement instructif (1). Ces conseillers décrivent plusieurs initiatives privées des professeurs de Harvard, de Stanford et du MIT, initiatives susceptibles d’accroitre l’impérialisme de la langue anglaise auprès des futurs cadres.

    Ces initiatives sont parties du constat que grâce à la démocratisation de l'accès à Internet, les grandes universités n'ont plus vocation à dispenser leur enseignement à quelques milliers d'étudiants rigoureusement sélectionnés, mais des millions d'internautes, dispersés sur toute la surface du globe.

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    C'est d’ailleurs la démarche affichée par Harvard et le MIT lors de la conférence de lancement de leur projet commun edX.

    L’expérience du professeur Thurn est instructive : lors de la mise en ligne en 2011 de son cours "Introduction à l'intelligence artificielle", basé sur celui proposé aux étudiants de Stanford, 160.000 personnes se sont inscrites ! En janvier 2012, avec deux professeurs de Stanford, il a créé la start-up Udacity qui propose gratuitement sur Internet 11 cours d'informatique, mathématiques et physique de haut niveau. Si "seulement" 23.000 étudiants sont finalement arrivés au bout de son premier cours en ligne, c’est plus d'élèves que le professeur a formés en près de vingt ans de carrière !

    Comment est-ce possible en pratique ? Les étudiants suivent en différé le cours qui a été filmé. Pour s'exercer et attester de leur bonne progression, ils doivent répondre à des questions et résoudre des exercices au fur et à mesure.

    Avec plusieurs milliers d'étudiants inscrits, les professeurs ne sont évidemment pas en mesure de corriger les devoirs rendus par chacun de leurs élèves : les problèmes sont donc pensés pour pouvoir être corrigés automatiquement. L'élève suit le rythme habituel d'un cours et un travail personnel par semaine. Les étudiants peuvent toutefois choisir à quel rythme travailler chaque leçon selon leurs contraintes personnelles et des sessions de passage de l'examen final sont organisées régulièrement. Grâce au grand nombre d'inscrits répartis sur différents fuseaux horaires, plusieurs personnes sont connectées simultanément, de sorte qu'une question postée sur le site trouve rapidement une réponse provenant d'un autre élève.

    Ces formations ouvertes sont aussi un moyen d’attirer les jeunes. Ainsi le "High School Challenge"  permet à des lycéens de s'inscrire par équipe à des cours universitaires proposés par Udacity au cours d'une session d’été. Certains inscrits n'ont que 13 ans ! Les dix meneurs des groupes les plus actifs et performants gagneront une visite à Stanford.

    Quelles réactions pour les formations traditionnelles ?

    Ces innovations soulèvent de multiples questions :

    La simple validation d'un cours en ligne sera-t-elle reconnue par un employeur ?
    La réalisation de projets utilisant ces connaissances sera-t-elle nécessaire ?
    La voie classique des grandes universités risque-t-elle de perdre tout son intérêt ? De devenir de plus en plus onéreuse pour couvrir les frais fixes ?
    Quel mode de financement adopter ?
    Comment garantir qu'un examen a été passé de façon honnête et reflète bien le niveau d'un élève ?
    Quelle valeur un employeur accordera à terme à un diplôme obtenu en ligne ?

    Il semble tout de même que les nouveaux outils d'éducation, bien que très puissants, ne puissent pas remplacer totalement la relation professeur-étudiants, le travail en laboratoire et le contact avec le monde de la recherche, ou encore le travail par groupes d'élèves.

    Un diplômé de l'Ecole Centrale et de Stanford remarque : "l'expérience d'un campus américain comme Stanford va bien au-delà d'un simple apprentissage de connaissances. Le campus n'a pas seulement vocation à être un lieu d'enseignement, mais également de recherche, de créativité et d'innovation. La concentration géographique de gens brillants fait du lieu un environnement ultra-stimulant où se brassent en permanence de nouvelles idées et où l'on apprend d'abord à penser différemment aux contacts des autres."

    Certains pensent que les deux types de formations sont complémentaires : ainsi des professeurs de Los Altos (Sud de San Francsico) utilisent Khan Academy comme support de cours. Les élèves suivent à leur rythme les vidéos chez eux, tandis que les heures de classes sont utilisées pour faire des exercices et permettent un suivi personnalisé des élèves, qu'ils soient en difficulté sur une notion ou qu'ils la maîtrisent déjà : on parle dans ce cas de "flipped classroom". C’est ce modèle qui a conduit la Fondation Bill Gates à subventionner avec 1 million US$ la création d’un cours d’informatique par le MIT.

    J’attends avec impatience de connaître des initiatives comparables de professeurs des grandes écoles françaises et des universités francophones. L’avenir d’une langue est en effet aussi - peut être même surtout - dans l’innovation et la diffusion des nouvelles connaissances. L'enjeu sociétal est de taille. L'Histoire s'accélère. Sera-t-il trop tard lorsque les professeurs, les grandes écoles et les universités francophones s'éveilleront réellement au monde de "l'open-fac" ? Espérons que non...

    (1) http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70292.htm

  • A l’heure de la mondialisation et de la standardisation commerciale, vivre et s’épanouir en français, une utopie ?

    Québec accueille du 2 au 6 juillet le premier Forum mondial de la langue française et accueillera du 8 au 11 octobre le Sommet international des coopératives.

    Les 1.500 jeunes de 18-30 ans qui participent au Forum mondial vont tenter d’apporter une réponse à la question posée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) : « A l’heure de la mondialisation et de la standardisation commerciale, vivre et s’épanouir en français relèvent-ils de l’utopie ? ». 

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    Ancien président du Sénégal, aujourd’hui Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf dénonce dans son interview au quotidien Le Devoir le désintérêt des Français pour leur langue : « Les universitaires et les intellectuels se moquent de la Francophonie. C’est la nouvelle trahison des clercs. Et les hommes d’affaires s’en moquent encore plus… On a l’impression que seule la mondialisation les intéresse. » Alors que le français est théoriquement la langue de travail avec l’anglais dans les organisations internationales, 90% des documents sont écrits d’abord en anglais. Abdou Diouf trouve avec raison anormal que «les Français s’expriment eux-mêmes en anglais alors que leurs homologues hispaniques parlent en espagnol, et les arabes en arabe, par exemple à l’Unesco»

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    Pourtant, le français n’est pas en danger : 220 millions de personnes parlent aujourd’hui la langue de Molière et ils seront plus de 700 millions en 2050 grâce au dynamisme démographique africain.

    C’est d’ailleurs en République démocratique du Congo, à Kinshasa, que se tiendra du 12 au 14 octobre le 14e sommet de la Francophonie auquel participeront les chefs d’Etat et de gouvernement des 56 pays membres de l’OIF.

     

    On ne construit un développement durable qu’en s’appuyant sur ses racines culturelles. De plus, on ne se nourrit pas simplement de calories et de protéines. Les aliments sont également porteurs de symboles culturels. La diversité culturelle est aussi indispensable que la biodiversité. Aux intellectuels et aux dirigeants français d’intégrer cet élément pour penser et construire l’avenir !

     

    Commentaires échangés par mail après lecture de ce sujet :

    Séverin (du Benin) 

    Merci Michel. Je crois que le Français a toujours de l'avenir. 

    Echange avec Jean-Luc (Français)

    - Je ne pense pas que le fait de s'exprimer en français face à des gens qui ne comprennent pas cette langue soit le meilleur moyen de défendre le français.

    --C ertes, mais je connais un Français mis à la disposition de la FAO qui y anime un forum sur la sécurité alimentaire des villes. Tout le forum est en anglais. J'y ai lu une fois le commentaire d'un lecteur africain qui n'était pas "fluent" et écrivait s'être toujours abstenu de contribuer au débat en pensant que toutes les contributions devaient être en anglais... 
    J'ai entendu une autre fois un participant kenyan à un colloque de l'AFD remercier les anglais d'avoir colonisé son pays et de lui faciliter l'expression en public !....
    La monoculture ne conduirait-elle pas à un appauvrissement socio-culturel et ne constituerait-elle pas une incitation à moins faire attention à ce que disent les autres ? Sur ce plan, les Indiens et les Africains semblent avoir choisi une autre voie : inciter les gens à comprendre plusieurs langues.

    - Sur son dernier point, je suis entièrement d'accord.

    Christian

    Pour avoir bien connu ce problème de l'utilisation du français, je suis en mesure de faire le commentaire suivant :
    Ce n'est pas le français et la culture qu'il véhicule, qui est reconnue
    unaniment comme fabuleuse, mais vers quoi ouvre le français ...
    Pourquoi aujourd'hui de plus en plus de jeunes africains préfèrent aller aux USA qu'en France :
    1) pour 10% parce que c'est plus facile d'entrer aux USA
    2) pour 90% parce que l'anglais ouvre les portes du commerce... des affaires, du developpement economique
    Je suis surpris de voir comment le niveau moyen du français baisse chez les jeunes africains de l'Ouest...

    Trente deux années passées au service de la Coopération française, puis de la Banque Mondiale, du Ministère des Affaires Etrangères et de la CEDEAO ... et ce, à tous les niveaux, ca marque 
    Comme tout technicien, je me suis surtout intéressé là où j'avais le plus à apprendre : le culturel et j'y ai retenu une chose : ce ne sont pas les francophones qui abandonnent le français, c'est le français qui n'apporte plus aux francophones ce qu'ils attendent. La langue est un vecteur. Vecteur vers l'autre, vers soi-même en retour. Si la langue n'est pas portée et ne porte pas l'économie, elle reste un luxe pour une élite (russe, irakienne, américaine ou ... africaine). mais cà c'était déjà vrai il y a trois siecles. Qu'avons-nous fait, nous français, à part nous endormir sur nos lauriers d'autosatisfaction...???
    Le grand Diouf a raison sur ce point.

    Gisela (professeure chilienne de français au Chili)

    merci pour partager ton article...je ne suis pas d'accord avec " ce sont les français qui n'apportent plus aux francophones ce qu'ils attendent."....
    le gouvernement français fait de grandes dépenses à la diffusion de la langue ...je vois au Chili comme il y a toujours des cours, expositions, cycles de cinéma et tout ce qui a à voir avec l'apprentissage du francais... il y a même des bourses pour préparer les jeunes gens et les adultes pour passer soit le TCF, le DELF ou le DALF....je suis fière de parler français!...
    vous, les français, êtes trop critiques avec tout. Cela est bon mais, à l'extreme, c'est dangereux  


     
     

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