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gouvernance

  • Des sociologues s’intéressent aux questions de sécurité alimentaire

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    Les économistes ne sont pas les seuls chercheurs à étudier les problèmes de sécurité alimentaire. Pour certains sociologues, la volatilité des prix ne constitue que le sommet de l’iceberg de cette question stratégique. La revue scientifique  « International Journal of Sociology of Agriculture and Food” vient d’ailleurs d’y consacrer un numéro spécial.
     

    Dans leur article “Renewal through Participation in Global Food Security Governance: Implementing the International Food Security and Nutrition Civil Society Mechanism to the Committee on World Food Security, Jessica Duncan et David Barling du Centre for Food Policy de l’Université de Londres étudient l’impact de l’élargissement de la gouvernance des questions de sécurité alimentaire aux représentants de la société civile. Ces sociologues estiment que cet élargissement lors de la mise en place du Committee on World Food Security (CFS) auprès de l’ONU permettra de corriger les excès –sans la remettre en cause- de l’analyse néolibérale des problèmes de sécurité alimentaire

    Marta G. Rivera-Ferre du Centre de recherche sur l’économie agro-alimentaire et le Développement à Castelldefels (Espagne) décrit le rôle des scientifiques dans l’élaboration des politiques de sécurité alimentaire, et finalement, la réalité de leur pouvoir à travers leurs propositions et l’évaluation des politiques menées...

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    De son côté, Michael Carolan de l’Université du Colorado (USA) propose de repenser l’analyse de la sécurité alimentaire et celle du développement humain durable en les liant dans un nouvel index
    composé de 5 macro-indicateurs nationaux (cf. ma note précédente).

    Alia Gana du CNRS-Université Paris 1 estime que l’insécurité alimentaire avec la flambée des prix de base en 2008 a cristallisé le mouvement de protestation sociale et alimenté la contestation du système socio-politique national en Tunisie.

    Behrooz Morvaridi de l’Université de Bradford (U.K) s’interrogent sur les motivations des capitalistes philanthropes qui, dans le cadre de partenariats avec des structures publiques soutiennent une nouvelle Révolution Verte avec l’adoption des pratiques innovantes plus productives pour assurer la sécurité alimentaire, en particulier en Afrique alors que Terry Marsden de l’Université de Cardiff (UK) met l’accent sur une approche spatiale avec ses aspects environnementaux qu'elle qualifie de bio-economiques..

  • Les entreprises agroalimentaires sélectionnées en 2012 parmi les World’s Most Ethical Companies sont toutes américaines

    L’Institut américain Ethisphere a présenté le 15 mars pour la 6ème année consécutive sa sélection des entreprises qui se distinguent comme les meilleures pou leur gouvernance éthique. 145 entreprises ont été sélectionnées parmi 5.000 multinationales. 43 ont leur siège social hors des USA dont 2 françaises: L'Oréal et Schneider Electric.

    Tous les groupes industriels agroalimentaires sélectionnés ont leur siège aux USA. Deux d’entre eux, PepsiCo et Solae, le sont régulièrement ces trois dernières années.

    Une section « Agriculture » a été inaugurée en 2012 avec l’entreprise britannique Ethical Fruit Company.

    Par contre, parmi les distributeurs détaillants de produits alimentaires, on compte 3 groupes européens en 2012 : Kesko (Finland), Sonae (Portugal) et The Co-operative Group (UK), les américains Wegmans et Whole Foods Market étant sélectionnés ces 3 dernières années.

    23 sociétés sont sélectionnées depuis l’origine de ce classement dont American Express (USA), Rabobank (NL) and Starbucks (USA).

    Sodexo en a été écarté depuis 2010. Alors que les groupes français cotés en Bourse comme Danone et Bongrain doivent inclure un chapitre de leur bilan annuel sur leurs actions dans le domaine de la Responsabilité Sociale et Environnementale, aucun n’a été distingué en 2012 par Ethisphere. Se contenteraient-ils d’« ethic washing » ? ou seraient-ils victimes, là encore, des agences de notation ?

    Ethisphere affiche clairement sa méthodologie. L’Institut ne classe pas les 145 entreprises distinguées. Elle se contente de les lister par ordre alphabétique dans leur secteur d’activité. Sa grille d’évaluation peut être ainsi résumée :
    - conformité avec les meilleures pratiques éthiques (25%) ;
    - réputation de la qualité et de l'innovation de l'engagement avec diverses parties prenantes selon le contexte de la taille de l'entreprise, du secteur et performance par rapport aux autres entreprises du secteur (20%) ;
    - solidité de la gouvernance (définie en particulier par l’U.S. Sentencing Commission, la Securities and Exchange Commission) en tenant compte des évaluations faites par les agences de notation de la gouvernance (10%) ;
    - citoyenneté d'entreprise et responsabilité, performances en matière de durabilité de la RSE, philanthropie d'entreprise, bien-être social interne, engagement de la supply-chain, qualité, transparence et efficacité des initiatives (25%) ;
    - culture de l'éthique vécue en interne par le personnel (20%)

    Mais, à la réflexion, l’absence des groupes français, espagnols et italiens dans ce type de classement est-elle surprenante lorsqu’on sait que les milliardaires américains n’hésitent pas à être des militants de la philanthropie et que les questions éthiques sont largement débattues dans les pays anglo-saxons.

  • La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont intimement liées

    Le VIe Forum mondial de l’eau est l’occasion de faire le point sur la gestion de l’eau, élément naturel indispensable à toutes les formes de vie sur cette terre. Ce nutriment est en effet si vital que l’on meurt beaucoup plus rapidement de soif que de faim.

    Après sa reconnaissance par l’ONU en juillet 2010, le droit universel de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement a été confirmé à Marseille par les représentants de 130 pays présents, à l’exception de quelques pays d’Amérique latine qui souhaitaient que l’eau soit déclarée en plus "ressource non privatisable". On peut écouter ici l'interview exclusif par Jean-Louis Courleux de M. Bruno Le Maire, Ministre de l'agriculture français.

    L’accent mis sur l’accès à l’eau potable se justifie par les enjeux sanitaires puisque l’eau est en même temps un vecteur de diffusion de nombreux microorganismes et produits polluants dangereux pour la santé. Les eaux insalubres sont d’ailleurs la première cause de mortalité dans le monde avec 3,6 millions de victimes par an, soit un mort toutes les 10 secondes, dont une majorité d'enfants.

    L’objectif du millénaire de réduire de moitié le nombre d'habitants sans eau potable d'ici 2015 par rapport à 1990 a été atteint dès 2010, contrairement à celui de réduire la faim dans le monde. Il n’empêche que, selon les derniers rapports de l'OMS, de l'Unicef et de l'ONU, 800 millions de personnes vivent encore sans accès à l'eau potable et 2,5 milliards sans installations sanitaires de base.

    De plus, il n’est pas sûr que cette eau soit « potable », avec une qualité conforme aux normes des pays développés. Par ailleurs, sur 3,8 milliards de personnes ayant accès à l'eau du robinet, près d’un milliard n'en disposent que quelques heures par jour, voire quelques jours par semaine. Enfin, 14% des africains n’ont à boire que l'eau des rivières, étangs ou lacs qu'ils partagent avec les animaux. 

    La gestion de l’eau est très complexe

    Pour établir un bilan global, les experts utilisent depuis une vingtaine d’années le concept d’eau « virtuelle » pour tenir compte du fait que l'eau est recyclable, que la même eau est utilisée plusieurs fois. De nombreux facteurs sont à prendre en compte :

    - L’eau, comme l’air, est un élément vital pour tous les êtres humains alors qu'ils ne peuvent accéder facilement qu’à 0,3% de l’eau douce disponible. Etant indispensable à la vie, elle ne peut pas être traitée comme une marchandise parmi d’autres. Son utilisation doit être rationnelle et solidaire. Les paysans de l’Antiquité l’avaient déjà compris en organisant des « tours d’eau », ancêtres des syndicats d’irrigation ;

    - L’accès à l’eau est si vital que la répartition géographique des populations s’est organisée depuis l’Antiquité près des sources, des cours d’eau et dans des plaines où la nappe phréatique est proche. Or, l’explosion démographique humaine des deux derniers siècles a entrainé une densification des populations qui excède les disponibilités naturelles dans certaines régions;

    - En inondant les parties basses des vallées et les deltas des fleuves, l'eau peut être à la fois bénéfique avec l'apport dans les zônes cultivées des limons arrachés plus haut et simultanément source de risques massifs pour les vies humaines et les biens dans les zônes urbanisées; 

    - L’eau est un produit très pondéreux. Le coût de son transport et de sa distribution est une forte contrainte. Il existe certes des solutions techniques innovantes capables de produire massivement de l’eau potable (dessalement par microfiltration de l’eau de mer pour les régions côtières) mais elles sont coûteuses et énergivores. Les régions tropicales bénéficient d'une importante pluviométrie alors que les besoins y sont beaucoup plus faibles que dans les régions tempérées ;

    - La disponibilité en eau varie très fortement selon les climats régionaux qui sont conditionnés par la latitude, le relief, le régime des vents et des courants océaniques... Les changements climatiques prévisibles vont accroître les écarts. Cette inégalité géographique est une contrainte et les tensions entre voisins risquent de devenir tels que l’accès à l’eau soit la source de conflits violents. Ce risque est d’autant plus grand que les habitants des pays soumis au stress hydrique le plus intense sont parmi les plus pauvres de la planète ;

    - Les termes de « consommation » et « eaux usées » donnent à penser que l’eau n’est plus disponible après usage. Or, cet élément est constamment recyclable. Les experts utilisent d’ailleurs le concept de « cycle de l’eau ». Il vaudrait mieux utiliser le terme « utilisation ». En effet, outre son usage pour l’irrigation qui n’a pas besoin de recourir à de l’eau potable si le sol est bien drainé (les microorganismes qui y vivent ont un fort pouvoir dépolluant), la qualité initiale de l’eau peut être reconstituée par électrolyse. Dans les situations les plus rudimentaires, les paysans pauvres font bouillir l’eau prélevée dans les mares et rivières. Finalement, il s’agit d’un problème de bilan énergétique ;

    - La consommation d’eau comme boisson n’est qu’une très faible partie de l’usage de l’eau, en particulier dans les pays développés. Les Suisses viennent d’évaluer leur « empreinte » réelle. Officiellement, chaque Suisse consomme 162 litres/jour pour la boisson, l'hygiène corporelle, la cuisine et l'entretien ménager, soit 10% de plus que la moyenne mondiale. Mais, en réalité, un Suisse utilise 4.200 litres/jour, soit 25 fois plus que ce qu’enregistre son compteur familial ;

    - L’eau est le liquide le plus abondant sur terre. Ses propriétés physiques sont variées : c’est un solvant ; comme tous les liquides, il est incompressible, etc. De ce fait, l’eau a des usages multiples, le plus récent étant l’extraction du pétrole et du gaz de schiste. Au total, l’industrie représente de 15 à 20% des utilisations globales de l’eau ;

    - La production agricole concentre la majeure partie de l’utilisation de l’eau (81% pour les Suisses, 86% pour les Français). Sachant que la production agricole doit augmenter de 70% pour assurer la sécurité alimentaire mondiale d’ici 2050, les besoins en eau s’accroîtraient d’au moins 55% si l’efficience des systèmes d’irrigation et la lutte contre les pertes poursuivent leur progression au rythme actuel ;

    - Les échanges internationaux des produits agricoles équivalent à des exportations et des importations d’eau. En exportant 1 tonne de riz, la Thaïlande exporte l’équivalent de 2.000 m3 d’eau. Les pays qui exportent leurs fruits tropicaux font de même. A contrario, l’Egypte importe un volume d’eau équivalent en important du blé européen et américain. De même, en important 1 tonne de viande de bœuf d’Argentine, l’Europe importe l’équivalent de 15.400 m3 d’eau. Ainsi, globalement, 82% de l'empreinte des Suisses sur le cycle de l'eau provient de l'étranger ;

    - L’eau obéit naturellement à la loi de la gravité et s'écoule de l'amont vers l'aval. Par ailleurs, les limites des bassins versants coïncident très rarement avec les frontières des Etats. Lorsque ce bassin est découpé entre plusieurs Etats (cf. en particulier le Nil, l’Euphrate, le Tigre, le Jourdain, le Niger, le Danube…), se pose le problème de la répartition de la ressource, les Etats situés à l’amont étant tentés de capter et d’utiliser le maximum de l’eau qui circule sur leur territoire. Cette contrainte et les échanges « virtuels » internationaux justifient la proposition émise par plusieurs pays de promouvoir une « véritable gouvernance mondiale de l'eau » serait une première étape très pertinente vers « une gouvernance mondiale de l'environnement ». L’un des premiers objectifs tel qu’exprimé par le Saint Siège à cette gouvernance rejoint en quelque sorte le vœu exprimé par le Ministre de Bolivie puisqu’il serait de « garantir une primauté de la politique, responsable du bien commun, sur l’économie et la finance ».

    Deux critères d’évaluation

    La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont étroitement liées. Du fait des implications environnementales, sociales, économiques et politiques, je propose de retenir deux critères majeurs d’évaluation dans la gestion de l’eau :

    - un critère éthique visant à une juste répartition de l’accès pour tous

    - un critère d’efficacité visant à réduire les pertes et tous les gaspillages

    Michel Foucault

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