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liberté

  • La sécurité alimentaire exige comme préalable une situation pacifiée

    Les événements vécus à Paris et sa banlieue ont été si intenses que je ne peux pas les passer ici sous silence.

    20 personnes tuées en 3 jours lors des attentats à Paris !

    Je partage la douleur de la famille de chacune de ces 20 personnes tuées les 7, 8 et 9 janvier lors des attentats terroristes à Montrouge, Dammartin-en-Goële et Paris.

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    Ces quelques lignes blanches semées de croix expriment ma compassion pour elles.

    Avant tout commentaire, je repense à chacune des victimes, les premières tuées alors qu’elles accomplissaient leur travail, les quatre dernières uniquement parce qu’elles étaient de religion juive :

    - Frédéric Boisseau, Stéphane Charbonnier, Jean Cabut, Georges Wolinski, Bernard Verlhac, Philippe Honoré, Bernard Maris, Michel Renaud, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet et Clarissa Philippe

    - Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada

    Ami lecteur, vous avez peut être été étonné en lisant le nombre 20. Pourtant, je le confirme car, même si les actes commis par les trois tueurs (1) Saïd et Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly sont condamnables, ceux-ci étaient également des personnes humaines.

    L’assassinat des 5 journalistes de Charlie Hebdo est apparu aussitôt comme étant un attentat contre la liberté d’expression et la démocratie. L’un des deux frères Kouachi a, en effet, clamé en sortant du journal que « le prophète a été vengé », en référence aux différentes caricatures publiées précédemment par l’hebdomadaire.

    Je suis profondément partisan de la liberté d’expression car elle est la condition de la liberté individuelle et collective. Toute censure est antinomique à la notion de liberté. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce qu’il en est dans de très nombreux pays. A cet égard, la France est exemplaire.

    sécurité alimentaire,attentat,paris,liberté,irresponsable,fraternité,caricature,ethique,Charlie hebdo,On sait que, par nature, la caricature force les traits. Même si leur périodique s’affichait comme « irresponsable », tous les professionnels de la communication doivent se comporter comme des personnes responsables, conscientes qu’il y a des mots, des slogans, des caricatures qui tuent ou qui incitent aux réactions meurtrières. Les peuples d’Afrique sont, à cet égard, les grandes victimes contemporaines des propagandes virulentes contre les minorités.

    Je m’étonne encore de la réflexion que Stéphane Charbonnier avait faite au Monde le 20 septembre 2012 après la publication d’une caricature de Mahomet : « Je n'ai pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre… Je ne mets pas de vies en danger.» Il avait ajouté « Je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C'est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. »

    Tous les journalistes qui connaissaient Charb le décrivent comme une personne très gentille, comme d’ailleurs tous les membres de l’équipe de rédaction du journal. Cependant, comme le constatait Gérard Biard, "L'attaque contre toutes les religions, c'est ce qui constitue notre identité… Et je pense que nous sommes tous athées. »

    Tous les membres de la rédaction de Charlie Hebdo étaient-ils prêts à mourir ? Si tel était le cas, je ne vois guère de différence avec un tueur  (1) qui est prêt à mourir pour la cause qu’il défend… Dommage que ces journalistes militants n’aient pas intégré les risques colatéraux mortels pour d’autres personnes.

    François Hollande avait témoigné en 2007 pour défendre Charlie Hebdo attaqué en justice par les associations musulmanes de France pour ses caricatures. La relaxe obtenue a probablement encouragé la rédaction à aller encore plus loin. La couverture de 2012 a été la provocation de trop. Elle a d’ailleurs été alors perçue comme telle par Laurent Fabius, Jean-Marc Ayrault et Rama Yade. D’où la décision d’une protection policière qui s’est avérée inadaptée et qui a coûté la vie du policier chargé de protéger Stéphane Charbonnier.

    Il faut maintenant surmonter l’émotion de ce drame et préparer l’avenir

    Les manifestations spontanées dans toute la France et la marche républicaine organisée aujourd’hui dans de nombreuses villes, en particulier à Paris avec la participation de 44 chefs d’Etat ou de gouvernement, ont exprimé l’attachement des Français aux valeurs de la République, à la démocratie, à la liberté d’expression ainsi que leur souhait de vivre de manière paisible avec toutes les communautés.

    Pourtant, ces attentats ont été perpétrés par des adultes français, qui ont fréquenté l’école publique. S’ils se sont laissés endoctriner, radicaliser, c’est probablement parce que ces trois hommes n’avaient pas de solides repères moraux.

    Au nom de la laïcité, les militants anticléricaux ont obtenu que l’enseignement de ces repères moraux soit supprimé dans les écoles publiques sous prétexte que cela ressort du domaine privé. Avec des familles disloquées et une société conditionnée par l’appât du gain, c’était laisser de nombreux jeunes désœuvrés en pâture aux gourous et trafiquants de tous poils.

    J’avais été étonné de constater, il y a quelque temps, que le mot « Fraternité » ait même été remplacé par celui de « Laïcité » sur le fronton d’une mairie. Preuve que l’intégrisme peut également être le lot de certains athées.

    L’un des fruits de cette immense marche républicaine aura été la restauration du mot « Fraternité », expression du profond souhait des Français de vivre ensemble, sereinement, dans le respect des différences.

    Au-delà de cet élan d’unité nationale, les cadres politiques français sont confrontés maintenant à une lourde responsabilité.

    Les centaines de jeunes Français qui sont partis s’aguerrir en Syrie, au Yémen ou en Afghanistan voudront revenir. Devront-ils être exilés ou emprisonnés à vie pour rassurer les autres Français ? Comment éviter que les trois kamikazes ne soient perçus par d’autres jeunes comme des héros et qu’ils fassent des émules ?

    Comment faire en sorte que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » de notre République et que le sens des mots qui ont été scandés aujourd’hui soient explicités auprès de tous les jeunes ? qu’ils trouvent une traduction concrète dans leur vie quotidienne ?

    sécurité alimentaire,attentat,paris,liberté,irresponsable,fraternité,caricature,ethiqueComment réinventer une « éthique laïque » fondée sur le respect de la dignité de tout membre de la famille humaine comme le déclare dès la première phrase la Déclaration Universelle des droits de l’homme ?

    Les chefs de gouvernements de toute l’Europe qui nous ont fait l’amitié de se joindre à la marche à Paris sont également confrontés à des risques similaires d’affrontements violents. Ils seront particulièrement attentifs à nos initiatives. La responsabilité de nos gouvernants, mais aussi de tous les édiles locaux est donc grande. Je souhaite qu’ils seront à la hauteur de l’attente des Français et de tous les Européens.

    (1) J'avais utilisé initialement le terme "kamikaze" qui était inapproprié puisque les tueurs n'ont pas cherché à tuer le maximum de personnes. D'ailleurs, à l'issue de sa mission, le chef du GIGN a employé celui de "combattants" à propos des frères Kaouchi.

  • Les effets secondaires désastreux de la crise de 2008

    La situation au Mali et l’insécurité qui s’est installée dans les pays du Sahel résulte en grande partie de la crise alimentaire qui a éclaté en 2008. L’instabilité politique s’y propage comme un feu de brousse sans que personne n’en maîtrise la propagation et rend la vie des populations toujours plus précaire.

    Les responsables politiques des pays occidentaux ont cru que la « révolution du jasmin » en Tunisie était simplement une révolte contre un dictateur. Beaucoup de commentateurs ont d’ailleurs qualifié de « printemps arabe » cette période qui a vu se multiplier les manifestations contre les gouvernements en place. Il y avait certes –et il y a encore- une aspiration très forte à plus de démocratie, comme les Français des années 1770 aspiraient à plus de liberté. Mais c’est oublier que c’est la rigueur des hivers 1788-89 avec la flambée du prix du pain et la disette qui a provoqué le soulèvement du peuple français, plus que les discours des philosophes. De la même manière, c’est la flambée des prix des céréales qui a incité le peuple tunisien à se soulever massivement, alors que des journalistes et des syndicalistes étaient emprisonnés et torturés jusqu’alors dans l’indifférence générale. 

    Les Tunisiens ont fait seuls leur révolution. La chute rapide du dictateur a donné des idées à leurs voisins libyens. Les Français, culturellement prédisposés à exporter leur conception de la démocratie –comme les nord-américains d’ailleurs- ont cru qu’ils allaient se racheter de leur attentisme en soutenant militairement les opposants au dictateur libyen. D’autant que les ressources pétrolières du pays offraient une motivation supplémentaire… 

    Or la Libyen’est pas la Tunisie. Chaquepays est différent par sa géographie, son histoire, sa structure sociologique, sa culture… A la satisfaction de beaucoup, le dictateur libyen a été tué. Mais, comme pour les soins médicamenteux, les effets secondaires sont souvent multiples et imprévus. Nous découvrons chaque jour ceux de l’intervention en Libye :
      - le retour forcé d’ouvriers égyptiens dans leur pays alors qu’ils étaient 1,5 millions à y travailler,
      - le retour massif des miliciens dans leur région d’origine avec tout leur armement,
      - le départ précipité de 200.000 réfugiés maliens en Mauritanie,
      - la remise en cause de l’émancipation des femmes en référence à la charia,
      - les menaces sur les minorités locales ethniques et religieuses jusqu’alors protégées,
      - les velléités d’indépendance avec le risque d’éclatement de plusieurs pays...

    L’embargo, une arme incompatible avec l’objectif de réduire la faim 

    Tirant l’expérience des aventures afghane (la culture de l’opium représente maintenant 90% de la valeur du produit national d’Afghanistan !) et irakienne, les pays occidentaux n’envisagent plus d’armer les opposants. La principale riposte pour arrêter la contagion à d’autres pays reste l’arme alimentaire en décrétant l’embargo aux frontières. C’est d’ailleurs l’arme qui a été mise en œuvre face à l’avancée des indépendantistes touaregs au Mali. Ce pays n’ayant quasiment pas de réserves alimentaires (moins d’une semaine de riz), cette arme devrait avoir un effet très rapide. Mais l’exemple somalien montre que l’arme alimentaire touche d’abord les plus pauvres qui ne trouvent de solution que dans la fuite et l’hébergement dans des camps de fortune. 

    Les pays occidentaux vivent la période actuelle comme une crise économique et financière. Mais, de manière encore plus grave à moyen terme, la crise que le monde vit depuis 2008 provoque un retour au Moyen-Âge sur d’immenses territoires avec un véritable chaos politique et le règne des bandes armées qui y terrorisent les populations. Se constituent ainsi des réservoirs de terroristes de tous poils. Dans un tel climat de violence, les investissements productifs sont exclus. De ce fait, l’objectif proclamé à l’ONU en 2000 de réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 s’éloigne toujours plus.

    Michel Foucault 

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