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  • La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont intimement liées

    Le VIe Forum mondial de l’eau est l’occasion de faire le point sur la gestion de l’eau, élément naturel indispensable à toutes les formes de vie sur cette terre. Ce nutriment est en effet si vital que l’on meurt beaucoup plus rapidement de soif que de faim.

    Après sa reconnaissance par l’ONU en juillet 2010, le droit universel de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement a été confirmé à Marseille par les représentants de 130 pays présents, à l’exception de quelques pays d’Amérique latine qui souhaitaient que l’eau soit déclarée en plus "ressource non privatisable". On peut écouter ici l'interview exclusif par Jean-Louis Courleux de M. Bruno Le Maire, Ministre de l'agriculture français.

    L’accent mis sur l’accès à l’eau potable se justifie par les enjeux sanitaires puisque l’eau est en même temps un vecteur de diffusion de nombreux microorganismes et produits polluants dangereux pour la santé. Les eaux insalubres sont d’ailleurs la première cause de mortalité dans le monde avec 3,6 millions de victimes par an, soit un mort toutes les 10 secondes, dont une majorité d'enfants.

    L’objectif du millénaire de réduire de moitié le nombre d'habitants sans eau potable d'ici 2015 par rapport à 1990 a été atteint dès 2010, contrairement à celui de réduire la faim dans le monde. Il n’empêche que, selon les derniers rapports de l'OMS, de l'Unicef et de l'ONU, 800 millions de personnes vivent encore sans accès à l'eau potable et 2,5 milliards sans installations sanitaires de base.

    De plus, il n’est pas sûr que cette eau soit « potable », avec une qualité conforme aux normes des pays développés. Par ailleurs, sur 3,8 milliards de personnes ayant accès à l'eau du robinet, près d’un milliard n'en disposent que quelques heures par jour, voire quelques jours par semaine. Enfin, 14% des africains n’ont à boire que l'eau des rivières, étangs ou lacs qu'ils partagent avec les animaux. 

    La gestion de l’eau est très complexe

    Pour établir un bilan global, les experts utilisent depuis une vingtaine d’années le concept d’eau « virtuelle » pour tenir compte du fait que l'eau est recyclable, que la même eau est utilisée plusieurs fois. De nombreux facteurs sont à prendre en compte :

    - L’eau, comme l’air, est un élément vital pour tous les êtres humains alors qu'ils ne peuvent accéder facilement qu’à 0,3% de l’eau douce disponible. Etant indispensable à la vie, elle ne peut pas être traitée comme une marchandise parmi d’autres. Son utilisation doit être rationnelle et solidaire. Les paysans de l’Antiquité l’avaient déjà compris en organisant des « tours d’eau », ancêtres des syndicats d’irrigation ;

    - L’accès à l’eau est si vital que la répartition géographique des populations s’est organisée depuis l’Antiquité près des sources, des cours d’eau et dans des plaines où la nappe phréatique est proche. Or, l’explosion démographique humaine des deux derniers siècles a entrainé une densification des populations qui excède les disponibilités naturelles dans certaines régions;

    - En inondant les parties basses des vallées et les deltas des fleuves, l'eau peut être à la fois bénéfique avec l'apport dans les zônes cultivées des limons arrachés plus haut et simultanément source de risques massifs pour les vies humaines et les biens dans les zônes urbanisées; 

    - L’eau est un produit très pondéreux. Le coût de son transport et de sa distribution est une forte contrainte. Il existe certes des solutions techniques innovantes capables de produire massivement de l’eau potable (dessalement par microfiltration de l’eau de mer pour les régions côtières) mais elles sont coûteuses et énergivores. Les régions tropicales bénéficient d'une importante pluviométrie alors que les besoins y sont beaucoup plus faibles que dans les régions tempérées ;

    - La disponibilité en eau varie très fortement selon les climats régionaux qui sont conditionnés par la latitude, le relief, le régime des vents et des courants océaniques... Les changements climatiques prévisibles vont accroître les écarts. Cette inégalité géographique est une contrainte et les tensions entre voisins risquent de devenir tels que l’accès à l’eau soit la source de conflits violents. Ce risque est d’autant plus grand que les habitants des pays soumis au stress hydrique le plus intense sont parmi les plus pauvres de la planète ;

    - Les termes de « consommation » et « eaux usées » donnent à penser que l’eau n’est plus disponible après usage. Or, cet élément est constamment recyclable. Les experts utilisent d’ailleurs le concept de « cycle de l’eau ». Il vaudrait mieux utiliser le terme « utilisation ». En effet, outre son usage pour l’irrigation qui n’a pas besoin de recourir à de l’eau potable si le sol est bien drainé (les microorganismes qui y vivent ont un fort pouvoir dépolluant), la qualité initiale de l’eau peut être reconstituée par électrolyse. Dans les situations les plus rudimentaires, les paysans pauvres font bouillir l’eau prélevée dans les mares et rivières. Finalement, il s’agit d’un problème de bilan énergétique ;

    - La consommation d’eau comme boisson n’est qu’une très faible partie de l’usage de l’eau, en particulier dans les pays développés. Les Suisses viennent d’évaluer leur « empreinte » réelle. Officiellement, chaque Suisse consomme 162 litres/jour pour la boisson, l'hygiène corporelle, la cuisine et l'entretien ménager, soit 10% de plus que la moyenne mondiale. Mais, en réalité, un Suisse utilise 4.200 litres/jour, soit 25 fois plus que ce qu’enregistre son compteur familial ;

    - L’eau est le liquide le plus abondant sur terre. Ses propriétés physiques sont variées : c’est un solvant ; comme tous les liquides, il est incompressible, etc. De ce fait, l’eau a des usages multiples, le plus récent étant l’extraction du pétrole et du gaz de schiste. Au total, l’industrie représente de 15 à 20% des utilisations globales de l’eau ;

    - La production agricole concentre la majeure partie de l’utilisation de l’eau (81% pour les Suisses, 86% pour les Français). Sachant que la production agricole doit augmenter de 70% pour assurer la sécurité alimentaire mondiale d’ici 2050, les besoins en eau s’accroîtraient d’au moins 55% si l’efficience des systèmes d’irrigation et la lutte contre les pertes poursuivent leur progression au rythme actuel ;

    - Les échanges internationaux des produits agricoles équivalent à des exportations et des importations d’eau. En exportant 1 tonne de riz, la Thaïlande exporte l’équivalent de 2.000 m3 d’eau. Les pays qui exportent leurs fruits tropicaux font de même. A contrario, l’Egypte importe un volume d’eau équivalent en important du blé européen et américain. De même, en important 1 tonne de viande de bœuf d’Argentine, l’Europe importe l’équivalent de 15.400 m3 d’eau. Ainsi, globalement, 82% de l'empreinte des Suisses sur le cycle de l'eau provient de l'étranger ;

    - L’eau obéit naturellement à la loi de la gravité et s'écoule de l'amont vers l'aval. Par ailleurs, les limites des bassins versants coïncident très rarement avec les frontières des Etats. Lorsque ce bassin est découpé entre plusieurs Etats (cf. en particulier le Nil, l’Euphrate, le Tigre, le Jourdain, le Niger, le Danube…), se pose le problème de la répartition de la ressource, les Etats situés à l’amont étant tentés de capter et d’utiliser le maximum de l’eau qui circule sur leur territoire. Cette contrainte et les échanges « virtuels » internationaux justifient la proposition émise par plusieurs pays de promouvoir une « véritable gouvernance mondiale de l'eau » serait une première étape très pertinente vers « une gouvernance mondiale de l'environnement ». L’un des premiers objectifs tel qu’exprimé par le Saint Siège à cette gouvernance rejoint en quelque sorte le vœu exprimé par le Ministre de Bolivie puisqu’il serait de « garantir une primauté de la politique, responsable du bien commun, sur l’économie et la finance ».

    Deux critères d’évaluation

    La sécurité alimentaire mondiale et la gestion de l’eau sont étroitement liées. Du fait des implications environnementales, sociales, économiques et politiques, je propose de retenir deux critères majeurs d’évaluation dans la gestion de l’eau :

    - un critère éthique visant à une juste répartition de l’accès pour tous

    - un critère d’efficacité visant à réduire les pertes et tous les gaspillages

    Michel Foucault

  • Des centaines de paysans français se suicident chaque année. A qui la faute ?

    Un ami m'a transmis ce soir l'interview de l'auteur du documentaire "Les fils de la terre" Edouard Bergeon et qui a été diffusé hier par Le Monde avec le titre : "Entre 400 et 800 agriculteurs se suicident chaque année". Cet ami me demande ce que j'en pense...

    Ma première réaction ne peut être évidemment que de la compassion. Mais peut-on aller plus loin et réfléchir sur les causes de ces drames ? 

    Certains utilisent l'image de l'herbe qui pousse sans bruit pour illustrer toutes les actions de solidarité dont personne ne parle. On pourrait de la même manière utiliser l'image de herbe qui fâne sans bruit sous les ardeurs du soleil d'été...

    Les statistiques publiées habituellement, y compris par les services de l'Union Européenne, se contentent de noter la diminuation du nombre d'agriculteurs comme celle d'ailleurs du nombre d'artisans (groupe social dont on parle encore moins. J'ai d'ailleurs connu le patron d'une petite entreprise du batiment qui n'a pas supporté de devoir licencier l'un de ses salariés et s'est pendu...). Elles se contentent de relever que le revenu agricole moyen est stable grâce à l'augmentation de la taille moyenne des exploitations, augmentation qui découle de la réduction du nombre de chefs d'exploitation.

    Il est vrai que l'âge moyen des agriculteurs est plus élevé que celui des actifs. Un bon indicateur du dynamisme de l'agriculture dans une région est le nombre d'installation de jeunes agriculteurs. Le syndicalisme agricole français est particulièrement vigilant sur ce sujet. Ce qui n'empêche pas que la relève est mal assurée et que la situation serait encore pire si une partie de la relève n'était pas assurée par des jeunes venus de la ville.

    Le nombre de suicides s'explique probablement par plusieurs raisons, entre autres :
    - beaucoup d'agriculteurs n'arrivent pas à trouver femme et à constituer une famille. Isolés, les déprimés ont peu de lieux où exprimer leurs difficultés d'être
    - la grande majorité sont des hommes. Or, les hommes se suicident beaucoup plus facilement que les femmes lorsqu'ils ne voient pas d'issue à leurs problèmes
    - les agriculteurs s'investissent totalement dans leur activité, au point que les difficultés sont vécues comme un échec personnel
    - la majorité des agriculteurs ne sont pas d'abord motivés par la perspective de gagner beaucoup d'argent, mais ont l'idée d'une mission à accomplir : nourrir les hommes. Peu d'entre eux acceptent la mission que voudraient leur attribuer les citadins : entretenir le paysage. Il en résulte un mal être. Si en plus ils sont confrontés à des entreprises qui veulent d'abord maximiser leur profit... ils sont complètement désemparés.

    Je pense -mais c'est à vérifier- que le taux de suicides est beaucoup plus faible parmi ceux qui participent activement dans les structures associatives locales et dans l'activité des coopératives, tout simplement parce qu'en plus de gagner en capacité de négociation et de valorisation de leur production, ils peuvent échanger leurs expériences, leurs idées... C'est sans doute le cas du producteur de lait du Lot décrit par Edouard Bergeon 

    Par contre, il ne faut pas s'arrêter au seul constat que l'agriculteur qui fait de la vente directe obtient un prix plus élevé. Compte-t-on le temps passé par lui ou un membre de sa famille dans l'activité de conditionnement et de commercialisation ? Au total, quelle est la valorisation du temps passé ? Il y a certes des réussites. Mais peut-on en faire un modèle généralisable ? Je ne le pense pas. Par contre, en testant des systèmes alternatifs innovants, ils nous incitent à nous interroger sur l'équilibre des forces le long de la chance de valeur pour s'assurer que certains n'abusent pas de leur position d'acheteur. On accuse facilement l'industriel et le commerçant. Mais, au bout de la chaine, le consommateur que nous sommes tous peut exercer aussi une pression excessive lorsqu'il se focalise sur la recherche des produits les moins chers... Ne serions pas tous un peu coupables de la situation actuelle où l'argent est devenu le seul guide ???...


    Michel Foucault 

     

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