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  • L’affichage environnemental des produits alimentaires est toujours en débat méthodologique

    cycle de vie,ACV

    Afin de pouvoir être généralisé, l'affichage environnemental des produits agro-alimentaires doit encore résoudre des points méthodologiques d'analyse du cycle de vie (ACV) : calcul des empreintes carbone via le stockage, mise au point des indicateurs eau et biodiversité.

    Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a fait le point sur l'affichage environnemental des produits agro-alimentaires, expérimenté en France de juillet 2011 à juillet 2012, qui se heurte à des difficultés méthodologiques liées à l'analyse du cycle de vie (ACV) des produits.

    L'affichage vise à fournir une information environnementale "cycle de vie" (phases du processus de production) du ''produit alimentaire-emballage", basée sur une approche multicritère des impacts, jusqu’au consommateur.

    281 produits agro-alimentaires ont été concernés par l'expérimentation : céréales, fruits, légumes, charcuterie, œufs, volaille, yaourt, sodas, pain, eau minérale, café, jus de fruits, huile, bière mais aussi aliments pour animaux.

    Agribalyse

    L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a présenté l’an dernier la base de données d'inventaires de cycle de vie (ICV) Agribalyse pour 137 produits agricoles bruts (sortie de ferme), résultat de plus de trois ans de travaux avec quatorze partenaires.

    En tenant compte des déclinaisons (systèmes de productions spécifiques), la base de données contient au total 137 ICV, 57 ICV de productions végétales et 80 de productions animales.

    Enjeux environnementaux et référentiel méthodologique

    Développée depuis 2008 par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'Association française de normalisation (Afnor), la méthode de l'ACV permet d'évaluer quantitativement des indicateurs relatifs à différents enjeux environnementaux.

    Un référentiel a été élaboré. Il reprend cette méthode d'ACV et fixe les règles de calcul des indicateurs environnementaux pour les produits pour l'alimentation humaine et aliments pour animaux domestiques. L’unité de référence pour le calcul des impacts environnementaux est "100 gr ou 100 ml de produit ou à la portion" (unité fonctionnelle).

    L'impact sur le changement climatique (émissions de gaz à effet de serre du produit comme le dioxyde de carbone, le méthane, l'oxyde nitreux), la pollution de l'eau (eutrophisation et éco-toxicité aquatiques) et les prélèvements d'eau contribuant au stress hydrique ainsi que l'impact sur l'érosion de la biodiversité sont les trois enjeux environnementaux pris en compte dans le référentiel.

    L’indicateur d’impact sur la biodiversité reste à élaborer

    Le socle méthodologique "nécessaire à l'affichage reste à parfaire", a conclu en novembre 2013 le rapport du Gouvernement présenté au Parlement qui doit décider de la généralisation ou non du dispositif.

    Cet avis est partagé par le CGDD. Il rappelle la "complexité" du secteur qui présente la particularité d'induire "des impacts environnementaux pas seulement négatifs, mais également positifs sur l'environnement".

    biodiversite,agriculture

    Certains "débats techniques" sont toujours en cours. Par exemple, pour l'enjeu "biodiversité", il n'existe pas, à l'heure actuelle, d'indicateur "unique et consensuel" permettant de calculer l'impact d'un produit sur la biodiversité, souligne le Commissariat. Comment prendre en compte la biodiversité "alors qu'il n'y a pas de méthode robuste en France ou au niveau européen ou international ?", s'interroge-t-il.

    La production d'un indicateur de biodiversité des produits bute sur le fait que les experts en ACV "sont peu au fait de l'enjeu « biodiversité » tandis que la communauté des naturalistes et écologues est éloignée de la problématique « produits »" , ajoute le CGDD. Or, la mise au point d'un indicateur "pertinent" s'avère "nécessaire avant un déploiement réglementaire de l'affichage environnemental".

    Les clés de répartition des impacts le long des filières posent question

    L’indicateur d’impact pour un produit moyen français n’a pas toujours pu être obtenu, et il est nécessaire de tenir compte de la représentativité et du domaine de validité des ICV pour leur utilisation. Le système considéré pour les ICV d’AGRIBALYSE® s’étend du berceau jusqu’à la sortie du champ (pour les inventaires de productions végétales) ou sortie de l’atelier de production (pour les inventaires de productions animales). Les processus de transformations et de distributions ne sont donc pas inclus.

    Quid également des "allocations des impacts environnementaux entre produits et coproduits d'une même filière" ? Selon quel critère faut-il allouer les émissions de polluants associées aux vaches entre le lait et la viande ? "En d'autres termes, quelle est la règle d'allocation pertinente ? Faut-il considérer la masse du lait et de la viande ? Leur valeur économique respective ? Leur contenu protéique ? Leur contenu énergétique ? Ces questions continuent d'être débattues", ajoute le Commissariat.

    stockage du carbone,sols,France

    Le CGDD souligne aussi "la nécessité" de prendre en compte le stockage / déstockage de carbone dans les sols agricoles et de prairies pour le calcul des empreintes carbone des produits agricoles. Les approches ACV peinent encore à prendre en compte le stockage de carbone, faute de méthode adéquate et compte tenu des incertitudes sur les quantités stockées et la dynamique du stockage (la variation du stock dans l'espace et dans le temps, sa variation en fonction du climat et en fonction des pratiques agricoles). Les experts d'Agribalyse ont temporairement préféré ne pas inclure le stockage de carbone dans les sols, dans le calcul de l'empreinte carbone des produits agricoles.

    Le Gouvernement et le CGDD appellent également à finaliser l'indicateur "eau" afin de prendre en compte le stress hydrique. "Les travaux méthodologiques en cours au niveau international sur l'indicateur eau visent à faire en sorte que cet indicateur reflète le stress hydrique plutôt qu'une simple consommation brute. Prélever de l'eau dans un milieu riche en eau et facilement rechargé est en effet moins problématique que de prélever cette même quantité dans des milieux où l'eau est rare ou dans les stocks d'eau épuisables", précise le Gouvernement.

    De nouveaux projets d'expérimentation pour conclure fin 2016

    L'affichage environnemental des produits agro-alimentaires "même sous l'option volontaire, ne pourra voir le jour qu'à la condition d'avancer sur ces points techniques", a souligné le rapport gouvernemental.

    La poursuite de travaux de recherche est indispensable avant tout déploiement réglementaire. Le nouveau programme triennal Agribalyse2, en "cours de discussion" devrait se pencher sur la prise en compte du stockage de carbone, selon le CGDD. Agribalyse sera complété par le projet de base de données en cours "Acyvia" (mené par l'Ademe) mesurant les impacts "en aval des exploitations agricoles, dans le secteur de la transformation agroalimentaire afin de baisser les coûts des entreprises du secteur".

    Par ailleurs, une expérimentation européenne sur l'empreinte environnementale des produits agro-alimentaires a débuté en juin 2014 et se terminera fin 2016. Elle sera suivie par la plateforme Ademe-Afnor. D'ici fin 2016, la mise au point d'un indicateur biodiversité "opérationnel" est également une priorité, souligne le CGDD. La question des allocations des impacts environnementaux entre produits et coproduits devra être arbitrée pour "finaliser les divers référentiels".

    Les impacts sur l’Homme semblent oubliés !

    On peut penser que les experts prennent en compte l’enjeu environnemental de la durabilité dans l’analyse du cycle de vie des produits, en particulier les intrants non renouvelables (potasse, sable calcaire...) nécessaires à la production des produits bruts et de leur conditionnement.

    Par contre, les impacts sur la santé de l’homme (par exemple via la pollution de l’air) et sur les traditions socioculturelles semblent totalement oubliés.

    Les travaux menés par des experts depuis 6 ans montrent que l’élaboration d’un indicateur d’impact environnemental est une tâche ardue et complexe. L’ambition d’un faire un outil d’information compréhensible par le consommateur est louable si ce n'est utopique. De toutes manières, il ne fautl ne pas oublier l’Homme dans cet exercice ! L'Homme est en effet non seulement le seul être vivant à avoir un impact sur l'environnement terrestre et capable de le modifier, alors qu'il est autant impacté que les autres êtres vivants par ce qu'il ingère !

    Sources : actu-environnement, Ademe

  • L’affichage environnemental, une attente consommateur difficile à satisfaire

    La traduction en anglais d’un article en français est souvent un indicateur de l’importance qui lui est attribuée. Ainsi en est-il de l’article d’Antonin Vergez diffusé ce mois-ci par le Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement. Il fait la synthèse de la problématique de l’affichage environnemental pour les produits alimentaires.

    L’attente des consommateurs est très forte puisque 85 % des Français souhaitent une information sur les étiquettes concernant l’impact environnemental des produits ! Mais la question est extrêmement complexe, en particulier pour des produits dont les conditions de production sont très variées. Toute information simple peut rapidement est erronée. Ainsi que le souligne M. Vergez, l’évaluation environnementale des produits agricoles et alimentaires ne peut être représentative de la durabilité globale qu’à la double condition d’être à la fois multicritères et basée sur une approche « cycle de vie ».

    La majorité des 44 méthodes d’analyse d’impact recensées est consacrée à l’impact « carbone » des produits (cf. en particulier le Guide des Bonnes Pratiques X30-323 de 2008). Des expériences pilotes d’affichage sont en cours en Europe et en Asie alors même qu’il n’y a pas consensus sur la méthode d’analyse ! Or, une réponse prématurée à l’attente d’information des consommateurs risque de discréditer pour longtemps toute démarche objective.

    Certaines associations britanniques ont ainsi promu le concept des kilomètres alimentaires (food miles) pour défendre les circuits courts et proposent même un calculateur en ligne ! Abstraction faite de tout autre aspect, en particulier socio-économique, M. Vergez démontre « qu’il s’agit, en définitive, d’un indicateur peu pertinent des impacts environnementaux des chaînes alimentaires».

    Antonin Vergez a eu la précaution de soumettre son article à de nombreux experts (1). Pourtant, l’eau est toujours présentée comme "un environnement" en tant que tel et non comme un élément de base à l’image du carbone, alors qu’il serait plus exact de parler de milieu aquatique. Les termes utilisés sont le symptôme d’une erreur conceptuelle dominante à propos de "l'empreinte sur l'eau". 

    A la différence des émissions de gaz à effet de serre qui impactent le climat, il n’existe pas d’indicateur consensuel pour calculer l’impact d’un produit sur la biodiversité. Les indicateurs d'eutrophisa­tion et d'écotoxicité aquatiques pourraient, à terme, être regroupés au sein d’un seul indica­teur. 

    La mesure d’un volume d’eau est par contre aisée. Serait-ce la raison pour laquelle le volume de "consommation" d’eau est identifié par le référentiel français comme étant l’un des 5 enjeux environnementaux les plus pertinents ? Faut-il rappeler que s’il y a des stress hydriques locaux et de l’eau polluée, le « bilan quantitatif global du cycle de vie » de l’eau est constamment équilibré ? 

    Au-delà des multiples usages de l’eau la restauration éventuelle de son employabilité est finalement un problème de coûts d’usage et de gestion de l’énergie. Seule la question énergétique impacte de manière durable l'environnement. J’y reviendrai.

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    M.Foucault 

    (1) Martin Bortzmeyer, Philippe Rogier, Nadia Boeglin, Jérôme Mousset, Florence Scarsi, Gaetan Dubois, Sylvain Chevassus, Doris Nicklaus, Yvan Aujollet et Gabrielle Pollet, ainsi que les relecteurs de la revue Notes et Études Socio­Économiques).

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