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refugies

  • Les consommateurs européens ne sont pas les seuls influencés par la météo

    La rigueur hivernale qui perdure a incité CLIMPACT, leader européen dela Business Intelligence  Climatique, à analyser l’impact de la météo du mois d’avril 2012 sur 305 catégories de produits de grande consommation. Par rapport aux ventes lors de la semaine 16 d’avril 2011 qui avait été doux, les écarts de volume sont très importants, en particulier en forte hausse pour les fromages à consommer chaud (jusqu’à +91%), les soupes (+66%), les légumes secs (+22%) ; en forte baisse les saucisses fraîches (-42%) et les crèmes glacées (-25%).

    Mais ces écarts de volume ont peu d’influence en Europe sur les prix de vente du fait que les entreprises des filières agroalimentaires négocient entre elles des contrats pluri-mensuels, voire annuels. Il n’en est pas de même pour les produits alimentaires de base dans les pays les moins développés.

    Les tensions liées à l’insécurité alimentaire nourrissent l’instabilité politique des pays d’Afrique sahélienne et tropicale (Guinée Bissau, Mali, Soudan/Soudan du Sud…). Le nouveau président sénégalais Macky Sall et son Premier Ministre l’ont bien compris en décrétant la semaine dernière une forte baisse des prix du riz, de l'huile et du sucre.

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    Ainsi, au Niger, la campagne agricole 2011/2012 s’est achevée par un déficit céréalier d’environ 520.000 tonnes soit 14% des besoins. Le bilan fourrager est déficitaire d’environ 10.000.000 tonnes de matières sèches. Toutes les régions du pays sont déficitaires à des degrés différents, toutefois les régions de Tillabéry, Tahoua, Diffa et Niamey sont les plus fortement touchées et 1.324.435 personnes sont en insécurité alimentaire sévère.

    Dans l’ouest du Tchad, les populations doivent une nouvelle fois se préparer à une période de soudure difficile entre la fin des précédentes récoltes et l’épuisement des stocks. A Mao, « Ça fait plus de dix ans qu’il n’y a pas de bonne pluie, explique une femme de paysan découragée. Même pour les animaux, il n'y a pas les herbes qu'ils doivent manger pour donner le lait, etc. Et des fois, ils meurent de faim ». Du fait de sa rareté, le prix du mil a triplé sur le marché depuis la récolte.

    Au Burkina Faso, la récolte céréalière de 2011-2012 est en baisse de 19,6% par rapport à la campagne agricole précédente et de 5,1% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Le bilan céréalier national brut dégage un déficit de 152 462 tonnes. La tension alimentaire qui s’annonce est aggravée par la crise au nord du Mali qui a entraîné un afflux massif de réfugiés maliens et de leur cheptel qu’il faut également nourrir…

    Les Egyptiens s’inquiètent des conséquences de la sécheresse qui a frappé l’Ethiopie etla Somalieoù le Nil prend sa source. Si l’eau vient à manquer, l’irrigation sera réduite dans le delta du Nil et les conséquences seront immédiates sur le volume de production agricole. D’ores et déjà, la production du pain est subventionnée par l’État pour pérenniser la distribution de cette denrée alimentaire de base. Selon un boulanger du Caire, une « nouvelle révolution » guette l’Égypte, si le gouvernement retire sa subvention.

    Comme on le voit, le monde entier est confronté aux incertitudes météorologiques, mais avec des incidences plus ou moins graves à court terme. S’il est vrai que le genre humain est encore soumis aux contraintes climatiques, il se distingue des autres espèces animales par une dignité qui lui est propre : il peut décider volontairement de faire preuve de solidarité et de générosité. Il appartient aux responsables politiques d’avoir le courage d’en faire prendre conscience à leurs électeurs. L’Histoire démontre que les murailles aux frontières ne résistent pas aux voisins affamés… Les antiques empereurs de Rome et Pékin pourraient en témoigner...

    M.F. 

     

  • Les effets secondaires désastreux de la crise de 2008

    La situation au Mali et l’insécurité qui s’est installée dans les pays du Sahel résulte en grande partie de la crise alimentaire qui a éclaté en 2008. L’instabilité politique s’y propage comme un feu de brousse sans que personne n’en maîtrise la propagation et rend la vie des populations toujours plus précaire.

    Les responsables politiques des pays occidentaux ont cru que la « révolution du jasmin » en Tunisie était simplement une révolte contre un dictateur. Beaucoup de commentateurs ont d’ailleurs qualifié de « printemps arabe » cette période qui a vu se multiplier les manifestations contre les gouvernements en place. Il y avait certes –et il y a encore- une aspiration très forte à plus de démocratie, comme les Français des années 1770 aspiraient à plus de liberté. Mais c’est oublier que c’est la rigueur des hivers 1788-89 avec la flambée du prix du pain et la disette qui a provoqué le soulèvement du peuple français, plus que les discours des philosophes. De la même manière, c’est la flambée des prix des céréales qui a incité le peuple tunisien à se soulever massivement, alors que des journalistes et des syndicalistes étaient emprisonnés et torturés jusqu’alors dans l’indifférence générale. 

    Les Tunisiens ont fait seuls leur révolution. La chute rapide du dictateur a donné des idées à leurs voisins libyens. Les Français, culturellement prédisposés à exporter leur conception de la démocratie –comme les nord-américains d’ailleurs- ont cru qu’ils allaient se racheter de leur attentisme en soutenant militairement les opposants au dictateur libyen. D’autant que les ressources pétrolières du pays offraient une motivation supplémentaire… 

    Or la Libyen’est pas la Tunisie. Chaquepays est différent par sa géographie, son histoire, sa structure sociologique, sa culture… A la satisfaction de beaucoup, le dictateur libyen a été tué. Mais, comme pour les soins médicamenteux, les effets secondaires sont souvent multiples et imprévus. Nous découvrons chaque jour ceux de l’intervention en Libye :
      - le retour forcé d’ouvriers égyptiens dans leur pays alors qu’ils étaient 1,5 millions à y travailler,
      - le retour massif des miliciens dans leur région d’origine avec tout leur armement,
      - le départ précipité de 200.000 réfugiés maliens en Mauritanie,
      - la remise en cause de l’émancipation des femmes en référence à la charia,
      - les menaces sur les minorités locales ethniques et religieuses jusqu’alors protégées,
      - les velléités d’indépendance avec le risque d’éclatement de plusieurs pays...

    L’embargo, une arme incompatible avec l’objectif de réduire la faim 

    Tirant l’expérience des aventures afghane (la culture de l’opium représente maintenant 90% de la valeur du produit national d’Afghanistan !) et irakienne, les pays occidentaux n’envisagent plus d’armer les opposants. La principale riposte pour arrêter la contagion à d’autres pays reste l’arme alimentaire en décrétant l’embargo aux frontières. C’est d’ailleurs l’arme qui a été mise en œuvre face à l’avancée des indépendantistes touaregs au Mali. Ce pays n’ayant quasiment pas de réserves alimentaires (moins d’une semaine de riz), cette arme devrait avoir un effet très rapide. Mais l’exemple somalien montre que l’arme alimentaire touche d’abord les plus pauvres qui ne trouvent de solution que dans la fuite et l’hébergement dans des camps de fortune. 

    Les pays occidentaux vivent la période actuelle comme une crise économique et financière. Mais, de manière encore plus grave à moyen terme, la crise que le monde vit depuis 2008 provoque un retour au Moyen-Âge sur d’immenses territoires avec un véritable chaos politique et le règne des bandes armées qui y terrorisent les populations. Se constituent ainsi des réservoirs de terroristes de tous poils. Dans un tel climat de violence, les investissements productifs sont exclus. De ce fait, l’objectif proclamé à l’ONU en 2000 de réduire de moitié la faim dans le monde d’ici 2015 s’éloigne toujours plus.

    Michel Foucault 

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