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sorgho

  • Après avoir vu l’émission « Rendez-vous en Terre inconnue » en Ethiopie

    Frédéric Lopez a fait découvrir à l’actrice Zabou Breitman et, le 8 mai, aux téléspectateurs de France 2, la vie d’une tribu Nyangatom qui vit aux confins de l’Ethiopie, près de la frontière du Soudan du Sud. L’excellente émission « Rendez-vous en Terre inconnue » n’est pas un documentaire ethnographique. Son caractère « aventure » est plutôt une aventure intérieure vécue pendant deux semaines par une personnalité. Pour Zabou Breitman, elle a été l’événement qui l’a la plus marquée après la naissance de son enfant. Selon elle, « il n’a pas changé ma vie, mais il m’a incité à prendre du recul pour identifier ce qui est le plus important, les gens n’étant finalement pas très différents de nous ».

    Ethiopie, Terre inconnue, Frederic Lopez, Zabou Breitman,

     

     

     

    Quelques observations en tant que téléspectateur sur cette séquence pétrie d’humanité :

    -         le cadre naturel de vie du village est semi-désertique (pas un brin d’herbe et le petit bétail se nourrit du feuillage des arbustes) ;

    -         l’affluent voisin du Nil charrie une importante quantité d’alluvions latéritiques peu propice à la vie halieutique;

    -         les Nyangatom se sont adaptés à ce milieu par une vie pastorale semi-nomade, la tribu d’accueil de l’émission ayant découvert très récemment l’intérêt de l’agriculture. L’occupation du territoire est très extensive : la parcelle cultivée est située à15 km du village et les pâturages à 2 jours de marche ;

    -    le bétail est à la fois un capital social qui exprime l'importance du chef de village et une réserve alimentaire en cas de besoin;

    -    les ravageurs qui s'attaquent aux cultures sont nombreux, non seulement avant la récolte mais probablement aussi après faute d'installations de stockage appropriées; 

    -         le degré d’armement des gardiens du troupeau, chacun étant doté d’une arme de guerre moderne alors qu’il n’y a pas d’autre prédateurs majeurs que les voisins qualifiés d’ennemis !..

    -         la forte segmentation sociale avec une multitude d’interdits sociaux entraîne une forte différenciation des régimes alimentaires : au village, les femmes et enfants mangent une bouillie de sorgho au lait de chèvre matin, midi et soir alors que les hommes affectés au gardiennage du troupeau consomment un mélange de sang frais et lait de zébu...

    Chacun aura pu relever le nombre d’enfants dans le village. Les Nyangatom sont polygames mais la dynamique démographique trouve sa source dans le comportement des femmes : ce sont elles qui prennent l’initiative en disant au mari « je veux de l’argent », expression qui signifie « je veux un enfant »… L’émission a montré des séquences fortes et intéressantes. Les téléspectatrices auront pu imaginer la force de la mère qui a accouché seule de Zabou dans sa case alors qu’en France les sages-femmes n’ont pas le droit de pratiquer d’accouchement à domicile ! 
    Les commentaires émis par Frédéric Lopez lors de la réunion des chefs de tribus pour rechercher un accord de paix au sein de l’ethnie, montrent combien il est difficile de construire une vie paisible dans un milieu naturel hostile. Enfin, il est dommage qu’aucune allusion n’ait été faite aux croyances de ce peuple et qu’il n’ait pas été indiqué à combien d’heures de marche est installée l’école. 

    M.F. 

  • La baguette de pain, un symbole de l'alimentation française qui s'internationalise

    La  baguette de pain de 250 g a été longtemps qualifiée de parisienne. Certaines caricatures représentent traditionnellement le Français coiffé d'un béret avec une baguette de pain sous le bras et un verre de vin à la main. Or, plusieurs peuples des anciennes colonies françaises en Afrique et en Asie l'ont adoptée et popularisée jusque dans les villages les plus reculés. 

    Mais beaucoup de Français seront certainement étonnés d'apprendre que les plus gros mangeurs de baguettes résident aujourd'hui au sud de la Méditerranée !...

    Le 9 avril dernier, le président de l’Union nationale des boulangers algériens, Youssef Kelafat, a déclaré que «les Algériens consomment quotidiennement plus de 49 millions de baguettes de pain, soit une baguette et demie par personne» ou 400 g/personne. Quant aux Français s'ils mangeaient chaque jour 900 grammes de pain en 1900, ils n'en consomment plus en moyenne que 130 grammes/jour !

    Dans son souci de s'adapter -du moins en partie- aux cultures locales, la filiale française du groupe McDonald's lance aujourd'hui son sandwich McBaguette parallèlement à ses hamburgers.

    Serait-ce un premier pas vers l'internationalisation du traditionnel sandwich baguette jambon-beurre à l'instar de la pizza italienne à emporter ? On peut l'imaginer avec la diversité des pains spéciaux proposés par les boulangers français, mais aussi par certains artisans africains qui propose des baguettes fabriquées avec de la farine de blé associée à de la farine de céréales locales telles que mil, sorgho et de la fariune de niébé.  

    MF 

     

     

     

  • La famine régresse en Afrique mais une solution durable reste à inventer

    La situation alimentaire en Afrique s'améliore mais reste préoccupante et une solution durable est à inventer.

    José Graziano Da Silva, nouveau directeur général de la FAO, a annoncé la fin de la famine en Somalie lors de son installation le 3 janvier 2012. Le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire d'urgence y a baissé en passant de 4 millions (dont 750 000 personnes en danger de mort) à 2,34 millions, soit encore 31% de la population...

    Quelques jours plus tard, un rapport conjoint de la FAO et du Programme Alimentaire Mondial a estimé que le niveau de sécurité alimentaire s'est fortement dégradé au Sud-Soudan, le nombre de victimes d'insécurité alimentaire étant passé de 3,3 millions en 2011 à 4,7 millions en 2012, dont 1 million en situation de grave insécurité alimentaire, contre 900.000 en 2011. « En cas de poursuite des conflits qui entraîneraient de vastes déplacements de population et de hausse des prix des aliments, que le nombre de personnes en situation de grave insécurité alimentaire pourrait doubler»

    La situation a été particulièrement dramatique en 2011 dans la Corne de l'Afrique, mais la sous-alimentation sévère est un risque permanent dans les pays du Sahel. Franck Galtier, chercheur du CIRAD, s’inquiète du niveau des prix actuels des céréales au Burkina Faso, au Mali et au Niger alors que, selon les chiffres officiels, la récolte de cet automne a été très bonne et a généré des excédents. Avec cet homme de terrain, on peut se demander si les déclarations de production n’ont pas été surestimées… A moins que ce soit l’impact de diverses décisions (achats massifs pour reconstituer des stocks nationaux, restrictions aux échanges entre pays voisins, spéculation de certains négociants…). Sans doute l’ensemble. Mais il y a plus inquiétant : les prix des céréales restent élevés sur les marchés internationaux et la soudure avant la récolte de l’automne prochain risque d’être difficile pour les plus pauvres.

    De toutes manières, comme l’a souligné M. Da Silva, "la faim demeurera une menace constante en raison des sécheresses récurrentes, à moins de prendre des mesures à long terme" visant à rétablir la sécurité alimentaire.

    Franck Galtier propose deux mesures : 

    1- pour limiter la hausse des prix sur les marchés des céréales locales (mil, sorgho et maïs) qui jouent un rôle déterminant pour la sécurité alimentaire des habitants du Sahel, Franck Galtier s’appuie sur le constat que le riz est dans cette région une alternative traditionnelle d’approvisionnement. Il suggère de détaxer, voire de subventionner temporairement les importations de riz pour ramener son prix à un niveau pertinent pour servir de plafond au prix des céréales sèches. Cette mesure aurait un coût très raisonnable (environ 90 millions d'euros pour subventionner 600.000 tonnes de riz), surtout si on prend en compte le fait qu'elle permettrait de réduire considérablement le volume d'aide d'urgence nécessaire pendant la période de soudure.

    2- pour restaurer le capital productif et la capacité de résilience des petits paysans, il propose  de mettre en place un filet de sécurité productif sur le modèle du Programme PSNP développé avec succès en Ethiopie depuis 2005 et aidé par la Banque Mondiale et à 20% par l’Union Européenne.

    Ces deux mesures sont pertinentes. Toutefois, je m’interroge sur la première proposition et sur la mobilisation des moyens financiers. En effet, les ressources propres des finances publiques des pays du Sahel sont en grande partie dépendantes des droits de douane perçus. Ne serait-ce pas entrer dans un cercle vicieux à l'image de ces économies budgétaires imposées à la Grèce qui entraînent mécaniquement une récession et une réduction des recettes fiscales et, en conséquence, un accroissement du déficit budgétaire, donc de la dette publique ? On a le même processus régressif dans ces entreprises qui font la chasse à tous les frais généraux dits non productifs jusqu'à ce qu'elles en meurent après la disparition des services d'appui (contrôle qualité, logistique, comptabilité, communication, prospective...). 

    La solution est peut être dans une affectation contractualisée des aides pour écrêter les flambées des prix des produits importés et donc, par conséquence, des produits locaux. La gouvernance d'une telle procédure mériterait une étude approfondie en impliquant toutes les grandes parties prenantes : les organisations régionales telles que la Banque africaine de développement (BAD), La Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l’East African Community (EAC) ainsi que les organisations en charge des programmes d’aide d’urgence et du développement.

    Un test pourrait être mené dans une grande région d’Afrique, puis être étendu à l’ensemble du continent s’il s’avère efficace et finalement inspirer des mesures à prendre dans d’autres régions d’Asie et d’Amérique centrale-Caraïbes où la sécurité alimentaire est également précaire.

    Michel Foucault

     

     
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