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urgence

  • La famine régresse en Afrique mais une solution durable reste à inventer

    La situation alimentaire en Afrique s'améliore mais reste préoccupante et une solution durable est à inventer.

    José Graziano Da Silva, nouveau directeur général de la FAO, a annoncé la fin de la famine en Somalie lors de son installation le 3 janvier 2012. Le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire d'urgence y a baissé en passant de 4 millions (dont 750 000 personnes en danger de mort) à 2,34 millions, soit encore 31% de la population...

    Quelques jours plus tard, un rapport conjoint de la FAO et du Programme Alimentaire Mondial a estimé que le niveau de sécurité alimentaire s'est fortement dégradé au Sud-Soudan, le nombre de victimes d'insécurité alimentaire étant passé de 3,3 millions en 2011 à 4,7 millions en 2012, dont 1 million en situation de grave insécurité alimentaire, contre 900.000 en 2011. « En cas de poursuite des conflits qui entraîneraient de vastes déplacements de population et de hausse des prix des aliments, que le nombre de personnes en situation de grave insécurité alimentaire pourrait doubler»

    La situation a été particulièrement dramatique en 2011 dans la Corne de l'Afrique, mais la sous-alimentation sévère est un risque permanent dans les pays du Sahel. Franck Galtier, chercheur du CIRAD, s’inquiète du niveau des prix actuels des céréales au Burkina Faso, au Mali et au Niger alors que, selon les chiffres officiels, la récolte de cet automne a été très bonne et a généré des excédents. Avec cet homme de terrain, on peut se demander si les déclarations de production n’ont pas été surestimées… A moins que ce soit l’impact de diverses décisions (achats massifs pour reconstituer des stocks nationaux, restrictions aux échanges entre pays voisins, spéculation de certains négociants…). Sans doute l’ensemble. Mais il y a plus inquiétant : les prix des céréales restent élevés sur les marchés internationaux et la soudure avant la récolte de l’automne prochain risque d’être difficile pour les plus pauvres.

    De toutes manières, comme l’a souligné M. Da Silva, "la faim demeurera une menace constante en raison des sécheresses récurrentes, à moins de prendre des mesures à long terme" visant à rétablir la sécurité alimentaire.

    Franck Galtier propose deux mesures : 

    1- pour limiter la hausse des prix sur les marchés des céréales locales (mil, sorgho et maïs) qui jouent un rôle déterminant pour la sécurité alimentaire des habitants du Sahel, Franck Galtier s’appuie sur le constat que le riz est dans cette région une alternative traditionnelle d’approvisionnement. Il suggère de détaxer, voire de subventionner temporairement les importations de riz pour ramener son prix à un niveau pertinent pour servir de plafond au prix des céréales sèches. Cette mesure aurait un coût très raisonnable (environ 90 millions d'euros pour subventionner 600.000 tonnes de riz), surtout si on prend en compte le fait qu'elle permettrait de réduire considérablement le volume d'aide d'urgence nécessaire pendant la période de soudure.

    2- pour restaurer le capital productif et la capacité de résilience des petits paysans, il propose  de mettre en place un filet de sécurité productif sur le modèle du Programme PSNP développé avec succès en Ethiopie depuis 2005 et aidé par la Banque Mondiale et à 20% par l’Union Européenne.

    Ces deux mesures sont pertinentes. Toutefois, je m’interroge sur la première proposition et sur la mobilisation des moyens financiers. En effet, les ressources propres des finances publiques des pays du Sahel sont en grande partie dépendantes des droits de douane perçus. Ne serait-ce pas entrer dans un cercle vicieux à l'image de ces économies budgétaires imposées à la Grèce qui entraînent mécaniquement une récession et une réduction des recettes fiscales et, en conséquence, un accroissement du déficit budgétaire, donc de la dette publique ? On a le même processus régressif dans ces entreprises qui font la chasse à tous les frais généraux dits non productifs jusqu'à ce qu'elles en meurent après la disparition des services d'appui (contrôle qualité, logistique, comptabilité, communication, prospective...). 

    La solution est peut être dans une affectation contractualisée des aides pour écrêter les flambées des prix des produits importés et donc, par conséquence, des produits locaux. La gouvernance d'une telle procédure mériterait une étude approfondie en impliquant toutes les grandes parties prenantes : les organisations régionales telles que la Banque africaine de développement (BAD), La Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l’East African Community (EAC) ainsi que les organisations en charge des programmes d’aide d’urgence et du développement.

    Un test pourrait être mené dans une grande région d’Afrique, puis être étendu à l’ensemble du continent s’il s’avère efficace et finalement inspirer des mesures à prendre dans d’autres régions d’Asie et d’Amérique centrale-Caraïbes où la sécurité alimentaire est également précaire.

    Michel Foucault

     

     
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